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« Nous sommes totalement isolés, l’accès humanitaire est urgent » : le Tigré, une terre chrétienne de nouveau confrontée à la guerre

Des pèlerins chrétiens orthodoxes éthiopiens autour de l’église Saint-Georges de Lalibela, en Éthiopie -  Depositphotos
Des pèlerins chrétiens orthodoxes éthiopiens autour de l’église Saint-Georges de Lalibela, en Éthiopie - Depositphotos
Alors que l'Égypte, le Soudan, l'Érythrée et la Somalie tentent de contenir les tensions dans la Corne de l'Afrique, l'Éthiopie se retrouve au centre de plusieurs différends régionaux. Une situation préoccupante pour cette terre où le christianisme s'est implanté dès le IVe siècle et dont les communautés ont déjà lourdement souffert des guerres récentes

Le 4 octobre dernier, les dirigeants de l’Égypte, du Soudan, de l’Érythrée et de la Somalie se sont retrouvés à El Alamein, sur la côte méditerranéenne égyptienne, pour tenter de prévenir une nouvelle déstabilisation de la Corne de l’Afrique. Comme le rapporte l’Agence Fides, les discussions ont porté sur la sécurité régionale, les différends territoriaux et le partage des ressources en eau, avec, en toile de fond, les tensions grandissantes autour de l’Éthiopie, pourtant absente de cette rencontre. Les relations d’Addis-Abeba avec plusieurs de ses voisins se sont considérablement dégradées, faisant craindre une extension des conflits qui frappent déjà cette partie du continent.

Une perspective particulièrement préoccupante pour les populations civiles, surtout pour les communautés chrétiennes d’Éthiopie et d’Érythrée, héritières d’une tradition religieuse remontant au IVe siècle, dont les fidèles, les églises et les monastères ont déjà payé un lourd tribut aux guerres de ces dernières années.

L’histoire religieuse de l’Éthiopie remonte aux premiers siècles de notre ère. Au IVe siècle, sous le règne du roi Ezana, le royaume d’Aksoum adopte le christianisme, sous l’influence notamment de saint Frumence, consacré évêque par saint Athanase d’Alexandrie. Cette conversion fait de l’Éthiopie l’un des premiers États à avoir officiellement embrassé la foi chrétienne. L’Église orthodoxe éthiopienne Tewahedo, issue de cette tradition, demeure aujourd’hui l’une des grandes institutions religieuses du pays. Elle possède une liturgie ancienne, une tradition monastique particulièrement riche et un patrimoine exceptionnel, dont témoignent les églises creusées dans la roche de Lalibela et les monastères du Tigré.

À ses côtés, l’Église catholique éthiopienne, de tradition orientale, et les communautés catholiques de rite latin participent à la vie religieuse et sociale du pays, notamment à travers leurs écoles, leurs établissements de santé et leurs œuvres caritatives. Cet enracinement historique explique pourquoi les tensions régionales dépassent les seules considérations diplomatiques. Dans certaines provinces, les églises, les monastères et les communautés religieuses constituent depuis des siècles des éléments essentiels de la vie locale.

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Le Tigré, une terre chrétienne de nouveau confrontée à la guerre

La situation est particulièrement préoccupante dans le Tigré, région septentrionale de l’Éthiopie frontalière de l’Érythrée. Entre 2020 et 2022, une guerre opposant les forces fédérales éthiopiennes et leurs alliés, notamment érythréens, aux forces tigréennes a provoqué une catastrophe humanitaire. Des massacres de civils, des déplacements massifs de population et des destructions d’édifices religieux ont été documentés. Les affrontements ont repris en septembre 2026, ravivant les craintes d’un embrasement régional.

Le 1er octobre, Monseigneur Tesfaselassie Medhin, éparque catholique d’Adigrat, a lancé un appel particulièrement alarmant : « Nous sommes totalement isolés, l’accès humanitaire est urgent ».

Le prélat décrit des communications interrompues, des banques fermées et des difficultés croissantes pour assurer le fonctionnement des écoles, des séminaires et des missions. Malgré ces conditions, les prêtres et les religieux demeurent auprès des habitants, tandis que l’Église tente de poursuivre son œuvre d’assistance. Le 1er octobre également, les évêques catholiques d’Éthiopie ont appelé à la cessation des hostilités, au dialogue et à la réconciliation. Leur déclaration souligne particulièrement les souffrances des enfants, des femmes, des personnes âgées et des malades, premières victimes des violences.

Les tensions actuelles ne se limitent cependant pas au Tigré. L’Égypte et l’Éthiopie s’opposent depuis plusieurs années sur la gestion des eaux du Nil, notamment autour du Grand barrage de la Renaissance éthiopienne. Le Caire redoute les conséquences de cet ouvrage sur son approvisionnement en eau, tandis qu’Addis-Abeba défend son importance pour le développement énergétique du pays. La question de l’accès à la mer constitue un autre point de friction. Privée de littoral depuis l’indépendance de l’Érythrée en 1993, l’Éthiopie cherche à diversifier ses débouchés commerciaux. Ses ambitions autour du port de Berbera, au Somaliland, inquiètent la Somalie, qui considère ce territoire comme partie intégrante de son État.

La rencontre d’El Alamein a permis aux quatre dirigeants de réaffirmer leur attachement à l’intégrité territoriale des États, à la liberté de navigation en mer Rouge et à la coopération sur les ressources hydriques. Elle n’a toutefois débouché sur aucune alliance militaire officiellement annoncée. Le 5 octobre, l’Union européenne a également mis en garde contre l’escalade des violences en Éthiopie et les tensions avec l’Érythrée, susceptibles de provoquer un conflit régional plus étendu.

Face à cette dégradation, l’Église catholique ne demeure pas silencieuse. Mercredi 30 septembre, à l’issue de l’audience générale, Léon XIV a exprimé sa profonde inquiétude devant la reprise des hostilités dans le Tigré.

Le Saint-Père a exhorté les parties à privilégier le dialogue et demandé à la communauté internationale de faciliter l’acheminement de l’aide humanitaire. Dans une région où les frontières politiques sont relativement récentes au regard de l’histoire religieuse, les Églises chrétiennes ont traversé les siècles, les invasions et les changements de régime. Elles se trouvent aujourd’hui confrontées à de nouvelles violences, alors même que certaines communautés peinent encore à se relever de la précédente guerre. L’enjeu dépasse donc les rivalités entre gouvernements. Il concerne aussi la survie quotidienne de populations chrétiennes éprouvées par les combats, la préservation d’un patrimoine religieux exceptionnel et la possibilité, pour les Églises locales, de poursuivre leur mission auprès des plus démunis. Au Tigré, où le christianisme est présent depuis seize siècles, les appels à la paix des évêques rappellent combien la stabilité de cette région demeure une nécessité humaine autant que spirituelle.

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