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Ouverture du procès Rupnik : Le Vatican va-t-il enfin rendre justice ou s’agit-il d’un procès de façade ?

Marko Rupnik avec le pape François - DR
Marko Rupnik avec le pape François - DR
Une décision qui suscite des interrogations quant à la transparence et la rigueur de la procédure, compte tenu des liens étroits de Rupnik avec les plus hautes autorités vaticanes, dont le pape François lui-même.

Samedi 22 mars , le cardinal Víctor Manuel Fernández, préfet du Dicastère pour la doctrine de la foi, a annoncé que le procès de l’ancien prêtre jésuite slovène allait enfin débuter, après des mois d’enquête approfondie. Cette procédure judiciaire est perçue comme une étape cruciale pour la crédibilité de l’Église dans sa lutte contre les abus, même si certains redoutent un procès pour la forme, étant donné la proximité notoire de Rupnik avec plusieurs hautes autorités ecclésiastiques, dont le pape François lui-même.

Les faits reprochés au Père Rupnik remontent aux années 1985 à 1993. Les accusations sont particulièrement graves : abus spirituels, psychologiques et sexuels sur une trentaine de femmes, en majorité des religieuses. Il est notamment reproché au prêtre d’avoir utilisé de prétendues visions mystiques et des symboles religieux pour justifier ses actes.

L’affaire avait éclaté en 2018 lorsqu’une femme avait signalé des agressions sexuelles de la part du prêtre au Dicastère pour la doctrine de la foi. En janvier 2020, Rupnik avait été reconnu coupable d’« absolution du complice » un délit entraînant une excommunication automatique. Cependant, cette peine avait été rapidement levée par le Saint-Siège, soulevant déjà à l’époque des soupçons sur la manière dont l’affaire était traitée.

Après de nouvelles révélations en 2021 et malgré la crédibilité des témoignages, le dossier avait été clos en octobre 2022 pour cause de prescription. Ce n’est qu’en octobre 2023, après la levée de la prescription canonique par le pape François, que l’enquête a pu reprendre. La réouverture du dossier a été suivie de nouvelles plaintes déposées au printemps 2024, notamment pour des abus spirituels – un concept que le Vatican envisage de reconnaître comme un crime spécifique au sein de l’Église.

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La Compagnie de Jésus, pour sa part, avait pris des mesures disciplinaires contre Rupnik en décembre 2022, lui interdisant la confession, l’accompagnement spirituel et la prédication de retraites. Face à son refus d’obéir, il avait été expulsé en juin 2023. Pourtant, en août 2023, il avait été incardiné dans le diocèse de Koper en Slovénie, une décision qui avait de nouveau fait polémique.

Alors que le procès s’ouvre enfin, nombreux sont ceux qui espèrent qu’il ne s’agira pas d’une simple formalité destinée à apaiser les critiques sans véritablement affronter la vérité. La nomination d’un tribunal indépendant et extérieur au Dicastère, comme l’a affirmé le cardinal Fernández, est un signe encourageant, mais les attentes restent fortes quant à l’impartialité de cette démarche judiciaire. Nombreux sont ceux qui craignent que l’Église cherche davantage à protéger son image qu’à rendre justice aux victimes.Le cardinal Fernández a précisé que « le Dicastère doit maintenant créer un tribunal » et que les juges seront extérieurs pour garantir l’objectivité. « Il faut trouver des juges ; nous avons fait une liste », a-t-il déclaré, semblant vouloir rassurer sur la transparence du processus.

Les observateurs attendent désormais des gestes concrets qui démontreront que l’Église est prête à aller jusqu’au bout de cette affaire, en dépit des relations privilégiées qu’entretenait le Père Rupnik avec le sommet de la hiérarchie ecclésiastique.

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