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Pape Léon XIV : « Mettre le Christ au centre de notre mission : proclamer l’Évangile, c’est placer Jésus-Christ au centre » ( traduction française intégrale du discours de clôture )

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Le Saint-Père a tenu à préciser que certains sujets majeurs, bien que non évoqués durant les travaux du Consistoire, notamment la liturgie et la réforme de la Curie romaine, « n’ont pas été oubliés et ne le seront pas »

À la clôture du Consistoire extraordinaire des 7 et 8 janvier 2026, le pape Léon XIV a prononcé une intervention substantielle, révélatrice des premières orientations de son pontificat ; ce texte, publié en italien ce samedi 10 janvier 2025 par le Vatican, nous vous en proposons ici la traduction intégrale en français.

Sans annoncer de décisions immédiates, le Saint-Père a recentré son propos sur l’essentiel : le Christ comme centre de la mission de l’Église et fondement de toute crédibilité pastorale. L’annonce de l’Évangile, a-t-il rappelé, suppose une vie spirituelle authentique et cohérente chez ceux qui en sont les témoins.

« Mettre le Christ au centre de notre mission. Proclamer l’Évangile, nous le savons tous bien, c’est placer Jésus-Christ au centre » – Pape Léon XIV consistoire des 7 et 8 janvier 2025

Le pape a souligné l’importance de poursuivre fidèlement le chemin ouvert par le Concile Vatican II, compris comme un processus vivant de conversion et de renouvellement ecclésial. La synodalité y est présentée non comme une méthode organisationnelle, mais comme un chemin de communion, d’écoute et de relations au service de la mission.

Dans ce cadre, le Saint-Père a tenu à préciser que certains sujets majeurs, bien que non évoqués durant les travaux du Consistoire, notamment la liturgie et la réforme de la Curie romaine, « n’ont pas été oubliés et ne le seront pas ».

La liturgie demeure ainsi au cœur de la vie de l’Église, en lien étroit avec l’Eucharistie, tandis que la réforme de la Curie, à la lumière de Praedicate Evangelium, est appelée à se poursuivre comme un service authentique rendu au Saint-Père et aux Églises locales.Abordant avec gravité la crise des abus sexuels, le pape a insisté sur l’importance décisive de l’écoute des victimes, condition indispensable de la crédibilité pastorale. Enfin, ouvrant son regard vers l’avenir, il a rappelé que « nous sommes appelés à assumer ce chemin d’espérance », une espérance chrétienne enracinée dans le Christ, solidaire des souffrances du monde et porteuse de responsabilité envers les générations futures.

Intervention du Saint-Père à la conclusion du Consistoire extraordinaire (7-8 janvier 2026), 10.01.2026

« Lorsque chacun de nous a été créé cardinal, le Saint-Père l’a chargé d’être « intrépide témoin du Christ et de son Évangile dans la Ville de Rome et dans les régions les plus lointaines » (cf. Rite de la création des cardinaux). Cette mission constitue véritablement le cœur, l’essence même de ce à quoi nous nous engageons tous. Ce Consistoire a représenté un moment privilégié pour exprimer la mission de l’Église et pour le faire ensemble, dans la communion. Au cours de ce dernier jour et demi, l’Esprit Saint a manifestement prodigué avec générosité ses dons multiformes. Je suis profondément reconnaissant pour votre présence et pour votre participation, toutes deux orientées à me soutenir dans mon service de successeur de Pierre. Je remercie les plus âgés d’entre vous, qui ont fait l’effort de venir : leur témoignage est véritablement précieux. En même temps, je suis proche aussi, et de manière particulière, des cardinaux provenant de diverses parties du monde qui, pour différentes raisons, n’ont pas pu venir. Nous sommes avec vous et nous vous sentons proches !

Cette rencontre est intimement liée à ce que nous avons vécu lors du Conclave. Vous aviez exprimé, déjà avant le Conclave, avant l’élection du successeur de Pierre, le désir de faire connaissance et de pouvoir offrir votre contribution et votre soutien. Nous avons fait une première expérience le 9 mai. Puis, au cours de ces deux jours, selon une méthode simple, mais pas nécessairement facile, qui pouvait nous aider à nous rencontrer et à mieux nous connaître. Personnellement, j’ai ressenti une profonde communion et une grande harmonie avec vous tous et à travers les nombreuses interventions. Nous avons aussi fait une expérience de synodalité, vécue non comme une technique organisationnelle, mais comme un instrument pour grandir dans l’écoute et dans les relations. Et, bien sûr, nous devons continuer et approfondir ces rencontres.

Je reprendrai plus concrètement, à la fin de cette intervention, quelques idées sur la manière dont nous pourrions poursuivre. Mais auparavant, je voudrais revenir sur certains des points qui ont émergé au cours de ces journées. Peut-être en commençant par des paroles qui ont été prononcées à plusieurs reprises, y compris lors de cette dernière session.

Mettre le Christ au centre de notre mission. Proclamer l’Évangile, nous le savons tous bien, c’est placer Jésus-Christ au centre

Nous voulons annoncer sa Parole, et donc souligner l’importance de vivre nous-mêmes une vie spirituelle authentique, capable d’être un témoignage dans le monde d’aujourd’hui.

Les thèmes qui ont été choisis sont profondément enracinés dans le Concile Vatican II et dans tout le cheminement qui a découlé du Concile. Nous ne soulignerons jamais assez l’importance de poursuivre le chemin ouvert par le Concile. Je vous y encourage. J’ai choisi ce thème, comme vous le savez, les documents et l’expérience du Concile, pour les audiences publiques de cette année. Et ce chemin est un processus de vie, de conversion, de renouvellement de toute l’Église. Evangelii gaudium et la synodalité sont des éléments importants de ce chemin.

Je voudrais dire également que, dans le même temps, les deux autres thèmes qui ont été proposés, mais qui n’ont pas été nécessairement centraux au cours de ces deux jours de travail, sont fortement liés aux autres thèmes et au Concile. Ils n’ont pas été oubliés et ne le seront pas.

Le cardinal Semeraro a bien rappelé le lien entre la synodalité et l’Eucharistie. D’ailleurs, un groupe d’étude lié à l’Assemblée synodale approfondit précisément ce thème. Le cardinal Castillo a maintenant évoqué l’Assemblée de 2028. Certes, le travail en cours avec le Secrétariat du Synode se poursuit avec les groupes d’étude.

Le chemin de la synodalité est un chemin de communion pour la mission, dans lequel nous sommes tous appelés à participer. C’est pourquoi les liens entre nous sont importants. Vous avez souligné l’importance de la relation du Saint-Père en particulier avec les Conférences épiscopales et avec les Églises locales, ainsi que l’importance des Assemblées continentales. Celles-ci, cependant, ne doivent pas devenir des réunions « en plus » à ajouter à une liste, mais des lieux de rencontre et de relations entre évêques, avec les prêtres et les laïcs, et entre Églises, qui aident grandement à promouvoir une véritable créativité missionnaire.

Nous nous rattachons ensuite à l’autre thème : le travail des dicastères dans l’esprit de Praedicate Evangelium, avec leur service au Saint-Père et aux Églises particulières. Praedicate Evangelium met en évidence la nécessité de « mieux harmoniser l’exercice actuel du service de la Curie avec le chemin d’évangélisation que l’Église, surtout en cette période, est en train de vivre » (I, 3). Dans cette perspective, je vous réaffirme mon engagement à faire ma part et à offrir, à vous et à toute l’Église, une structure de relations et de service capable de vous soutenir, ainsi que les Églises locales, afin d’affronter ensemble avec plus de pertinence et d’efficacité les défis actuels de la mission.

Vous avez parlé, pour poursuivre ce chemin, de l’importance de la formation. Formation à l’écoute, formation à une spiritualité de l’écoute. En particulier, avez-vous souligné, dans les séminaires, mais aussi pour les évêques !

Ici, même si ce n’a pas été un thème spécifique de dialogue lors de notre rencontre, je veux mentionner le problème qui demeure aujourd’hui une véritable blessure dans la vie de l’Église en de nombreux lieux : la crise provoquée par les abus sexuels. Nous ne pouvons ni fermer les yeux ni fermer les cœurs. Je voudrais dire, en vous encourageant à le partager à votre tour avec les évêques, que bien souvent la douleur des victimes a été aggravée par le fait qu’elles n’ont pas été accueillies et écoutées. L’abus lui-même provoque une blessure profonde qui dure parfois toute une vie ; mais bien souvent, le scandale dans l’Église vient du fait que la porte a été fermée et que les victimes n’ont pas été accueillies ni accompagnées avec la proximité de véritables pasteurs. Une victime, il y a peu de temps, m’a dit que ce qui avait été pour elle le plus douloureux, c’était précisément qu’aucun évêque n’avait voulu l’écouter. Là aussi, l’écoute est profondément importante.

La formation de tous. La formation dans les séminaires, celle des prêtres, des évêques, des laïcs collaborateurs, doit être enracinée dans la vie ordinaire et concrète de l’Église locale, des paroisses et de tant d’autres lieux significatifs où les personnes se rencontrent, en particulier celles qui souffrent. Comme vous l’avez vu ici, un ou deux jours ne suffisent pas, pas plus qu’une semaine, pour entrer en profondeur dans un tel thème et le vivre réellement. Il serait donc important que notre manière ordinaire de travailler ensemble soit une occasion de formation et de croissance pour ceux avec qui nous travaillons, à tous les niveaux, du niveau paroissial à la Curie romaine. Un exemple de lieu où l’on peut grandir de manière ordinaire dans un style synodal est celui des visites pastorales ; de même, tous les organismes de participation doivent être revitalisés.

Tout cela est toutefois lié au chemin de mise en œuvre du Synode, qui se poursuit et connaîtra une étape fondamentale avec l’Assemblée ecclésiale prévue en 2028. Je vous encourage à être le ferment de ce chemin. C’est un chemin pour la mission de l’Église, un chemin au service de l’annonce de l’Évangile du Christ.

Voilà, chers confrères. Ce ne sont cependant que de premières résonances de ce que j’ai entendu de votre part. Le dialogue est appelé à se poursuivre. Je vous invite de nouveau à transmettre par écrit vos évaluations sur les quatre thèmes, sur le Consistoire dans son ensemble et sur la relation des cardinaux avec le Saint-Père et avec la Curie romaine. De mon côté, je me réserve de lire calmement les rapports et les messages personnels, puis, ultérieurement, de vous donner un retour, une réponse, et de poursuivre le dialogue.

Je voudrais déjà proposer que notre prochaine occasion de Consistoire ait lieu à proximité de la solennité des saints Pierre et Paul de cette année. Je voudrais également suggérer que, pour cette année, nous organisions une seconde fois deux jours, en envisageant pour l’avenir de poursuivre les rencontres, peut-être sur une durée plus longue, une fois par an : trois ou quatre jours, comme certains groupes l’ont suggéré. Un premier jour de réflexion, de prière, de rencontre, puis deux ou trois jours de travail. Mais pour cette année, nous continuerions de cette manière.

Pour poursuivre, en ce qui concerne l’aide que je crois sincèrement que vous pouvez offrir, pensons au prochain Consistoire de juin. J’ajoute ici que, si certains d’entre vous rencontrent des difficultés en raison, disons, de ressources économiques limitées, qu’ils en parlent. Je pense que moi aussi, que nous aussi, nous pouvons vivre un peu de solidarité les uns avec les autres, et qu’il y aura des moyens, avec l’aide de personnes généreuses, pour soutenir cela.

Bien. Au terme de ce Consistoire, je désire réaffirmer ce que j’ai dit dans l’homélie de l’Épiphanie : « Dieu se révèle et rien ne peut rester immobile. Un certain type de tranquillité prend fin, celle qui fait répéter aux mélancoliques : “Il n’y a rien de nouveau sous le soleil” (Qo 1,9). » Telle est l’espérance qui nous est donnée.

Une espérance que nous ressentons le besoin de transmettre à notre monde. Et avec cela, nous voulons tous ensemble manifester la préoccupation que nous avons partagée dans les dialogues et les rencontres personnelles, ainsi que dans certaines interventions en groupe, pour tous ceux qui souffrent dans le monde. Nous ne sommes pas réunis ici sourds à la réalité de la pauvreté, de la souffrance, de la guerre, de la violence qui affligent tant et tant d’Églises locales. Et ici, avec eux dans nos cœurs, nous voulons dire aussi que nous leur sommes proches. Beaucoup d’entre vous êtes venus de pays où vous vivez cette souffrance de la violence et de la guerre.

Nous sommes appelés à assumer ce chemin d’espérance également devant les jeunes générations : ce que nous vivons et décidons aujourd’hui ne concerne pas seulement le présent, mais a des répercussions sur l’avenir proche et lointain.

C’est l’espérance que nous avons vécue dans le Jubilé qui vient de s’achever. C’est véritablement un message que nous voulons offrir au monde : nous avons fermé la Porte Sainte, mais souvenons-nous, la porte du Christ et de son amour demeure toujours ouverte !

Et maintenant, prions les uns pour les autres, comme le Saint-Père a prié pour nous le jour où il nous a créés cardinaux : « Accorde par ta grâce ce que la faiblesse humaine ne peut atteindre, afin que ces tes serviteurs, en édifiant sans cesse ton Église, resplendissent par l’intégrité de la foi et la pureté de l’esprit » (cf. Rite de la création de nouveaux cardinaux). Et que saint Pierre intercède pour nous, tandis que, dans un esprit collégial, nous cherchons à servir sa Barque, l’Église ! »

Source Vatican

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