Depuis 2000 ans

Pourquoi le cardinal Zuppi veut-il faire entrer l’islam dans les cours de religion catholique ?

Cardinal Zuppi , président des évêques italiens  capture écran
Cardinal Zuppi , président des évêques italiens capture écran
"L’enseignement catholique n’est pas un cours de religions comparées" : Alors que Léon XIV appelait récemment à redécouvrir les racines chrétiennes de l’Europe, le cardinal Matteo Zuppi, président des évêques italiens, introduit l’étude de l’islam dans les cours de religion catholique. Une initiative qui suscite l’incompréhension

Le 21 octobre 2026, à l’ambassade d’Italie près le Saint-Siège, le cardinal Matteo Zuppi, président de la Conférence épiscopale italienne (CEI), a présenté un projet pour le moins déconcertant. Onze fiches consacrées à l’islam, élaborées avec l’Institut pontifical d’études arabes et d’islamologie (PISAI) et des spécialistes musulmans, sont proposées aux enseignants de religion catholique et à leurs élèves. Ces documents présentent l’histoire de l’islam, sa théologie, ses rapports avec le christianisme et son implantation en Italie. Le cardinal Zuppi entend combattre les préjugés et favoriser une connaissance partagée , qu’il oppose au choc des civilisations.

Mais pourquoi cette mobilisation de l’épiscopat italien pour enseigner l’islam dans des cours dont la vocation première est précisément de faire connaître le catholicisme ? Dans son édition du 23 octobre, le quotidien catholique italien La Nuova Bussola, sous la plume de Riccardo Cascioli, dénonce « une véritable capitulation devant l’islam. » Le journaliste reproche aux documents de présenter une vision excessivement favorable de cette religion, notamment en minimisant les questions du fondamentalisme, des persécutions antichrétiennes et des restrictions à la liberté religieuse dans plusieurs pays musulmans.

Ces critiques méritent d’être prises au sérieux. Comment prétendre enseigner objectivement l’islam sans aborder franchement la condition des chrétiens dans les pays où cette religion exerce une influence déterminante sur les institutions et la législation ?

Une autre difficulté concerne les origines mêmes de l’islam. L’historiographie contemporaine continue de débattre de la formation du texte coranique, de la fiabilité des traditions biographiques relatives à Mahomet et de la reconstitution des premières décennies de l’expansion musulmane. Les sources disponibles ne permettent pas de confirmer indépendamment tous les détails du récit traditionnel. Ces débats scientifiques ne signifient pas que l’existence historique de Mahomet ou l’émergence de l’islam au VIIe siècle seraient dépourvues de fondements. Ils imposent néanmoins de distinguer les affirmations de la tradition religieuse des conclusions établies par la recherche historique. Une présentation véritablement rigoureuse de l’islam devrait aussi faire place à ces interrogations, sans les dissimuler derrière une vision exclusivement consensuelle.

Lire aussi : https://tribunechretienne.com/nous-comptons-sur-vous-les-eveques-sadressent-aux-jeunes-catholiques/

Mais le problème le plus préoccupant est ailleurs. En Italie, l’enseignement de la religion catholique dans les écoles publiques repose sur un cadre concordataire reconnaissant la place du christianisme dans l’histoire et la culture nationales. Il est parfaitement légitime d’y évoquer les autres religions. Encore faut-il que cet enseignement conserve son identité catholique. Or, des fiches consacrées au judaïsme ont déjà été préparées et d’autres religions devraient suivre. On peut donc légitimement s’interroger sur la direction prise. À ce stade, aucune réforme officielle ni obligation générale d’utiliser ces documents n’est établie.

Mais faut-il attendre que l’enseignement catholique soit progressivement vidé de sa spécificité pour s’inquiéter de son évolution ?

La comparaison avec le cardinal Giacomo Biffi, prédécesseur de Matteo Zuppi à Bologne, est particulièrement éclairante. le prélat Biffi avait averti l’Europe du danger de perdre son identité chrétienne. Zuppi privilégie aujourd’hui une démarche de dialogue dont les conséquences pédagogiques méritent d’être examinées avec attention. Le concile Vatican II, dans Nostra aetate, appelle au respect des musulmans. Mais il n’a jamais demandé aux catholiques de relativiser leur foi. La déclaration Dominus Iesus rappelle au contraire le caractère unique et universel du salut en Jésus-Christ.

Le dialogue n’exige ni l’effacement de la vérité chrétienne ni la mise entre parenthèses des différences doctrinales.

La question n’est pas de refuser aux élèves la connaissance de l’islam. Elle est de savoir pourquoi les évêques italiens semblent accorder une telle priorité à cette initiative. Car avant d’apprendre aux jeunes catholiques ce que croient les autres, encore faudrait-il s’assurer qu’ils savent ce que croit l’Église. Et cette responsabilité incombe d’abord aux évêques.

Le 28 septembre dernier, à Metz, Léon XIV rappelait pourtant avec force : « On ne peut donc pas parler de l’Europe sans évoquer le christianisme. » Le Pape soulignait également que, sans l’héritage monastique de saint Benoît, « la civilisation européenne, telle que nous la connaissons, n’existerait pas ». Ces paroles prennent aujourd’hui une résonance particulière. Alors que le Souverain pontife invite l’Europe à redécouvrir les fondements spirituels de sa civilisation, pourquoi le président des évêques italiens semble-t-il faire de la connaissance de l’islam une nouvelle priorité pédagogique ?

La question n’est pas de refuser le dialogue, mais de rappeler une évidence : on ne peut transmettre aux autres le respect de son héritage lorsqu’on ne prend plus suffisamment soin de le transmettre à ses propres enfants.

Recevez chaque jour notre newsletter !