Lors de l’élection présidentielle du 5 novembre 2024, les électeurs catholiques des États-Unis ont joué un rôle crucial dans la réélection de Donald Trump. Ce soutien massif a permis au candidat républicain de compenser un recul de l’enthousiasme parmi les évangéliques, traditionnellement favorables aux républicains.
Mais qu’est-ce qui a poussé les catholiques à voter en si grand nombre pour Donald Trump, un candidat pourtant controversé ? Plusieurs raisons se dessinent, allant de la défense des valeurs pro-vie à l’inquiétude face aux politiques de son adversaire Kamala Harris.
Un électorat mobilisé pour la défense des valeurs pro-vie
Pour les catholiques conservateurs, la question de la protection de la vie est centrale. Depuis la décision Dobbs en 2022, qui a laissé la réglementation de l’avortement aux États, de nombreux catholiques sont restés sensibles aux politiques pro-vie. Bien que Donald Trump ait relativisé cette question dans sa campagne de 2024, les catholiques n’ont pas oublié qu’il est le président qui a permis la nomination de juges de la Cour suprême favorables à cette cause, contribuant ainsi à renverser Roe v. Wade. Pour ces électeurs, Trump reste un président qui a su prendre des décisions concrètes et durables en faveur de la vie.
Brian Burch, président de l’organisation Catholic Vote, estime que « les électeurs catholiques ont joué un rôle décisif dans la victoire historique de Donald Trump et JD Vance… Ces chiffres sont surprenants et pourraient représenter la plus grande mobilisation des catholiques depuis des décennies dans une élection présidentielle ». Cette mobilisation pro-vie a été perçue comme une réponse aux craintes des catholiques face aux positions pro-choix de Kamala Harris, très ancrées dans sa campagne.
La question de la liberté religieuse et la préservation des valeurs morales
Les catholiques américains ont également été motivés par les enjeux de liberté religieuse. Sous l’administration Biden, certains catholiques ont vu se développer des politiques jugées contraires à leur liberté de culte et à leurs valeurs familiales, notamment avec la montée de l’agenda LGBTQIA+ et des questions autour de l’idéologie de genre. La position de Donald Trump et de son colistier JD Vance sur ces questions s’est révélée plus rassurante pour une large part de l’électorat catholique. Trump a ainsi bénéficié d’un soutien accru parmi ceux qui perçoivent dans sa réélection une possibilité de freiner certaines réformes perçues comme radicales.
La réélection de Donald Trump est aussi perçue comme une réponse au soutien de l’administration Biden à des lois favorisant les droits LGBTQIA+, notamment dans le domaine de l’éducation et des services publics. La préservation des valeurs traditionnelles a été un moteur important pour de nombreux catholiques, qui voyaient dans Donald Trump un défenseur des valeurs morales ancrées dans leur foi.
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Le rôle controversé de Kamala Harris
L’attitude de Kamala Harris envers les catholiques a également pesé dans la balance. Ancienne procureure et sénatrice en Californie, Harris a souvent pris des positions perçues comme hostiles par les catholiques, notamment en poursuivant des centres pro-vie et en remettant en question l’aptitude des membres des Chevaliers de Colomb pour des postes publics. Son refus de participer à la traditionnelle soirée de charité de la Fondation Al Smith, très respectée dans la communauté catholique, a également été mal perçu par certains électeurs, accentuant leur sentiment d’aliénation face à une administration jugée éloignée de leurs valeurs.
Bill Donohue, de la Ligue Catholique, a exprimé ces craintes en soulignant que Harris démontrait « une animosité claire envers les catholiques ». Ce sentiment a renforcé l’idée que les catholiques conservateurs, pour défendre leurs valeurs et leur liberté de culte, devaient se tourner vers Trump.
Un soutien inattendu de l’électorat latino
Par ailleurs, une partie significative de l’électorat catholique aux États-Unis est composée de Latinos. Contrairement aux attentes, Donald Trump a obtenu de bons résultats parmi eux, avec un soutien oscillant entre 40 % et 45 %, en nette hausse par rapport à 2020 et 2016. Ce soutien accru peut s’expliquer par des préoccupations socio-économiques et des questions de sécurité, qui ont trouvé un écho favorable dans le discours de Donald Trump.
Une mobilisation inédite pour des raisons économiques et de sécurité
Enfin, au-delà des questions purement religieuses et morales, de nombreux catholiques se sont aussi tournés vers Donald Trump pour des raisons économiques. Avec un contexte inflationniste et des préoccupations liées à la sécurité, une grande partie des électeurs de la classe ouvrière, dont une part importante de catholiques, ont jugé que Trump proposait une réponse plus adaptée à leurs attentes.
Les catholiques américains ont donc voté pour Donald Trump non seulement par adhésion à ses positions pro-vie et de liberté religieuse, mais aussi par crainte de voir leurs valeurs marginalisées dans une société en pleine transformation culturelle. Leur mobilisation s’explique par des préoccupations spirituelles et morales, mais aussi par une volonté de préserver des valeurs perçues comme fondatrices. Cette élection souligne ainsi l’importance croissante de l’électorat catholique, qui pourrait bien peser durablement dans les choix politiques des États-Unis.