À quelques jours du premier tour de l’élection présidentielle brésilienne, Notre-Dame d’Aparecida, patronne du Brésil, s’est retrouvée au centre d’une vive controverse politique. Une information attribuant à Flávio Bolsonaro l’intention de remettre en cause son titre de patronne, démentie par le candidat, a provoqué une bataille politique et judiciaire qui révèle surtout le poids considérable de l’électorat catholique dans le scrutin.
Notre-Dame d’Aparecida pouvait difficilement rester longtemps un simple sujet périphérique de la campagne présidentielle brésilienne. À quelques jours du premier tour, la patronne du pays est devenue l’un des sujets les plus sensibles de la bataille politique opposant notamment le président Lula à Flávio Bolsonaro.
À l’origine de la polémique : la diffusion sur les réseaux sociaux d’affirmations selon lesquelles Flávio Bolsonaro, candidat du Parti libéral (PL), serait lié à un projet visant à retirer à Notre-Dame d’Aparecida son titre de patronne du Brésil.
« La plus grande fake news de la campagne a été celle concernant Notre-Dame d’Aparecida. Il n’y a jamais eu de mouvement pour lui retirer le titre de patronne du Brésil », a-t-il déclaré.La controverse repose notamment sur la remise en circulation d’un ancien projet parlementaire datant de 2007, mais qui n’avait pas été présenté par Flávio Bolsonaro. Le sujet a pourtant rapidement pris une ampleur nationale. La Conférence nationale des évêques du Brésil (CNBB) s’est elle-même retrouvée au cœur de l’affrontement après que Flávio Bolsonaro eut accusé des personnes « à l’intérieur de la CNBB » d’avoir contribué à diffuser cette information.
La CNBB affirme n’avoir « produit, autorisé ou participé à l’élaboration ou à la diffusion » d’informations fausses relatives au processus électoral. Elle rappelle également qu’elle « n’intègre aucune structure politico-partisane, de parti ou de candidature ». La Conférence épiscopale précise que ses interventions dans le débat public découlent de sa mission pastorale et des principes qu’elle défend, notamment « la dignité humaine, le bien commun, la démocratie et la liberté de conscience ».
L’affaire est révélatrice de la place délicate occupée par l’Église dans une campagne où l’appartenance religieuse des électeurs constitue désormais un enjeu politique considérable.
La polémique a également gagné les tribunaux. Le Tribunal supérieur électoral (TSE) a été saisi de publications associant Flávio Bolsonaro à une éventuelle suppression du titre de patronne du Brésil. Plusieurs décisions contradictoires se sont succédé autour de leur maintien sur les réseaux sociaux et de la protection de la liberté d’expression. Le 1er octobre, le juge André Mendonça a notamment modifié son vote concernant une publication de l’humoriste Antonio Tabet, estimant finalement qu’elle devait rester accessible. Le TSE a cependant maintenu des restrictions concernant certains contenus attribuant concrètement au candidat une initiative visant Notre-Dame d’Aparecida.
Derrière ces batailles judiciaires apparaît surtout la puissance symbolique du sujet : toucher à Notre-Dame d’Aparecida, ou simplement être accusé de vouloir remettre en cause son statut, revient à toucher à l’une des figures les plus profondément enracinées dans l’histoire religieuse et populaire du Brésil.
Lula à 50 % chez les catholiques, Flávio Bolsonaro à 52 % chez les évangéliques
Les derniers chiffres du Datafolha permettent de comprendre l’intensité de la bataille. Dans l’enquête publiée le 1er octobre, Lula recueille 50 % des intentions de vote parmi les électeurs catholiques au premier tour, contre 32 % pour Flávio Bolsonaro.
Le rapport de forces s’inverse spectaculairement chez les évangéliques : Flávio Bolsonaro y atteint 52 %, contre 26 % pour Lula. Le sondage a été réalisé auprès de 2 506 électeurs entre le 29 septembre et le 1er octobre. La marge d’erreur générale est de deux points, et elle est supérieure lorsque l’échantillon est divisé selon l’appartenance religieuse.Ces données ne permettent pas d’attribuer à la seule controverse autour de Notre-Dame d’Aparecida les évolutions observées dans l’électorat catholique. Elles montrent cependant pourquoi les références religieuses occupent une telle place dans les derniers jours de campagne.
Pour les catholiques, l’épisode pose une question plus profonde que celle de son éventuel bénéfice électoral pour l’un ou l’autre candidat. Notre-Dame d’Aparecida n’est pas un emblème partisan. Son histoire appartient à la foi et à la piété d’un peuple. Depuis la découverte en 1717, dans les eaux du Paraíba do Sul, de la petite statue devenue objet d’une immense dévotion, Aparecida occupe une place singulière dans le catholicisme brésilien. La Vierge a été proclamée patronne principale du Brésil par Pie XI en 1930. Son sanctuaire est devenu l’un des grands lieux de pèlerinage marial du monde.
Que son nom surgisse aujourd’hui au centre d’une campagne présidentielle montre l’importance persistante du catholicisme dans la société brésilienne. Mais cette importance explique précisément la prudence qui devrait entourer l’utilisation politique d’un symbole religieux aussi profondément inscrit dans la foi populaire.À quelques jours du vote, Notre-Dame d’Aparecida est ainsi devenue, bien malgré elle, l’un des symboles d’une autre réalité du Brésil contemporain : la compétition croissante entre les forces politiques pour un électorat chrétien désormais fortement structuré entre catholiques et évangéliques.


