À l’approche de l’élection présidentielle prévue pour octobre prochain, les évêques du Cameroun prennent fermement position pour une moralisation de la vie politique. Lors d’une conférence de presse tenue à Yaoundé, Monseigneur Paul Nyaga, secrétaire général de la Conférence épiscopale nationale, a présenté une lettre pastorale dans laquelle les évêques définissent les qualités indispensables que doit incarner le futur président :
« intégrité, humilité, modestie et leadership moral ».
Ce futur chef d’État, insistent-ils, ne devra « ni utiliser son pouvoir pour s’enrichir ni asservir la population ». Il devra aussi être proche de son peuple, parcourant l’ensemble du pays pour « comprendre les besoins et les désirs des Camerounais ».
L’Agence Fides précise que les évêques dénoncent les carences structurelles du système électoral en vigueur, pourtant régi par la Constitution et le Code électoral de 2012. Les critiques récurrentes sur le manque de transparence, de justice et d’équité émanent tant de la société civile que de l’opposition, mais sont également reprises depuis plusieurs années par les pasteurs de l’Église. Ces derniers alertent notamment sur des fraudes persistantes : falsification des listes électorales, achats de votes, violences pendant les campagnes ou encore rejet de certains candidats dans plusieurs circonscriptions.
Face à ces dérives, la Conférence épiscopale propose l’adoption d’un code de conduite électorale, un ensemble de règles destiné à garantir des élections « libres, crédibles et transparentes ». Ce code vise à établir un climat de confiance, de respect mutuel et de responsabilité entre les différents acteurs politiques et électoraux.
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Cette prise de parole des évêques s’inscrit dans une continuité d’engagement social et moral. En janvier dernier, ils dénonçaient déjà un fardeau fiscal « qui étrangle les citoyens », en soulignant l’absence de services publics de qualité en contrepartie des impôts prélevés, notamment en matière de santé et d’infrastructures (voir Fides 15/01/2025).
La situation politique reste incertaine : le président Paul Biya, au pouvoir depuis 1982 et âgé de 92 ans, n’a pas encore annoncé s’il se porterait candidat pour un nouveau mandat. Après une absence de sept semaines en 2024, qui avait alimenté de nombreuses spéculations sur son état de santé son silence actuel ne fait qu’ajouter à l’attente d’un peuple en quête de renouveau.
Dans ce contexte, l’appel des évêques résonne comme une invitation urgente à la conversion des cœurs et à la refondation éthique du pouvoir. Une démarche évangélique, au service du bien commun, dans un pays qui aspire à la paix et à la justice.