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Procès de la Famille missionnaire de Notre-Dame : quand la justice civile franchit les frontières de la vie religieuse

Crédit FMND
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Le procureur a requis deux ans de prison avec sursis contre le père Bernard, ainsi que la fermeture provisoire de la maison mère de la FMND

Le procès du père Bernard et de la Famille missionnaire de Notre-Dame, qui s’est tenu du 19 au 22 janvier 2026 à Privas, marque un tournant préoccupant dans le rapport entre la justice civile et la vie religieuse catholique. Dans un communiqué publié à l’issue des audiences, la communauté exprime une inquiétude grave face à ce qu’elle perçoit comme une remise en cause frontale de la liberté religieuse.

La procureure de la République a requis :

  • Deux ans de prison avec sursis contre le père Bernard (Gérard Pinède à l’état civil), supérieur de la Famille missionnaire de Notre-Dame
  • Interdiction d’exercer la prêtrise pendant cinq ans, sans précision canonique ou pratique à ce stade
  • Fermeture provisoire d’un an de la maison mère de la communauté, à Saint-Pierre-de-Colombier (Ardèche)

La Famille missionnaire rappelle d’abord le déroulement des audiences, soulignant que « un évêque, des médecins, des parents et des membres de la congrégation ont pu témoigner en faveur de la Famille Missionnaire, et confirmer l’absence de toute emprise ou dérive sectaire dans la communauté ». Ces témoignages, nombreux et concordants, dessinent une réalité bien différente de celle retenue par l’accusation : celle d’une communauté structurée, insérée dans l’Église, et vécue par ses membres comme un lieu de liberté et d’accomplissement spirituel.Or, selon le communiqué, ces éléments n’ont pas été pris en compte. La communauté déplore que « le procureur de la République a requis des peines aberrantes (…) et n’a tenu aucun compte des témoignages apportés, ni des débats ». Une affirmation lourde de sens, qui pose la question du poids réel accordé à la parole de ceux qui vivent cette forme de vie religieuse de l’intérieur.

Plus encore, la défense a dû renoncer à faire entendre douze témoins supplémentaires, « pourtant dûment cités, faute de temps ». Dans un procès portant précisément sur la notion d’emprise et de consentement, cette limitation interroge sur l’équilibre même de la procédure.

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Le cœur du désaccord apparaît clairement dans l’analyse que fait la Famille missionnaire de l’approche judiciaire de la vie consacrée. Ses avocats ont démontré « l’évidence de la conformité de la vie de la Famille Missionnaire avec ses Constitutions reconnues et saluées par le Saint-Siège et promulguées par l’évêque de Viviers en 2015 ». Autrement dit, ce qui est aujourd’hui mis en cause par la justice civile relève d’un cadre ecclésial pleinement reconnu.La communauté pointe surtout une « incompréhension gravissime des vœux de pauvreté, chasteté et obéissance, pourtant constitutifs de la vie religieuse ». Ces vœux, loin d’être des instruments de domination, sont au cœur de la tradition chrétienne et relèvent d’un engagement libre, personnel et spirituel, protégé par le droit fondamental à la liberté religieuse.

C’est dans ce contexte que la Famille missionnaire parle sans détour d’« une atteinte sans précédent à la liberté de religion, et d’une immixtion inacceptable et dangereuse de la justice laïque dans la vie de l’Église et d’une de ses congrégations ».

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Une affirmation qui ne relève pas d’un réflexe défensif, mais d’une analyse de fond : lorsque la justice civile prétend interpréter la signification spirituelle des vœux religieux, la légitimité d’une autorité ecclésiale ou la conformité d’une règle de vie approuvée par l’Église, elle sort de son champ de compétence.La mise en garde formulée par la communauté dépasse d’ailleurs son seul cas. « Demain, de nombreuses communautés feront l’objet des mêmes attaques », avertit le communiqué. À travers cette condamnation, c’est bien la radicalité évangélique elle-même qui risque d’être progressivement assimilée à une pathologie sociale ou à une dérive systémique.

Dans l’attente de la suite de la procédure, la Famille missionnaire de Notre-Dame affirme qu’elle « garde confiance et demeurera fidèle à sa mission ». Elle remercie ceux qui l’ont soutenue et appelle à poursuivre la prière « pour que la vérité triomphe ». Une attitude qui contraste avec la sévérité du jugement rendu et rappelle que la vie religieuse ne peut être comprise ni évaluée sans être regardée de l’intérieur, selon ses propres critères spirituels.

En prétendant protéger la liberté individuelle, la justice civile prend ici le risque d’affaiblir une autre liberté fondamentale : celle de l’Église de vivre, transmettre et organiser la foi selon sa tradition, son droit propre et son discernement. Une frontière délicate, que ce procès aura, de toute évidence, contribué à déplacer.

Communiqué de Presse de la Famille Missionnaire de Notre Dame

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