Sur la Côte d’Opale, plusieurs villages du Montreuillois ont choisi d’ouvrir leurs églises à des artistes contemporains, dans le cadre de la manifestation estivale « Des clochers, des artistes ». Le Pèlerin y voit une heureuse manière de redonner vie à des édifices trop souvent fermés et désertés. Mais cette présentation flatteuse ne saurait masquer la question de fond : l’Église est-elle destinée à devenir un musée ou une salle d’exposition ?
L’article paru dans le magazine catholique souligne la beauté des lieux, l’enthousiasme des visiteurs et la joie des familles qui découvrent sous les voûtes anciennes des sculptures, des peintures et des céramiques. Tout cela peut sembler sympathique, culturellement enrichissant, voire « missionnaire ». Mais la réalité demeure : ces églises sont vides non pas de visiteurs, mais de fidèles. Elles s’animent non pas au son de l’orgue, mais du bavardage mondain. Elles ne célèbrent pas le mystère eucharistique, elles offrent un décor aux artistes du moment.
On ne rappellera jamais assez que l’église, bâtiment sacré, n’est pas une salle polyvalente. Elle est le lieu où Dieu demeure, où le Saint-Sacrement est présent, où le peuple chrétien s’unit au sacrifice du Christ. Faire de ce sanctuaire un espace d’exposition, même avec une charte de respect « ne rien poser sur l’autel », c’est déjà admettre que la finalité première de ces murs est secondaire. On croit sauver l’église en la transformant, alors qu’on ne fait que constater la disparition de sa véritable mission.
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Il ne s’agit pas de mépriser l’art, bien au contraire. L’Église a toujours été la grande inspiratrice des artistes, de Giotto à Matisse, de Bach à Messiaen. Mais l’art, dans son expression authentique, était au service de la liturgie, de l’adoration et de l’élévation des âmes. Aujourd’hui, l’art est devenu un prétexte touristique, un « vecteur de culture et de lien », pour reprendre les mots des élus locaux. Mais où est la foi ? Où est la prière ? Où est le silence sacré qui devrait habiter ces lieux ?
En vérité, ces initiatives, loin de rendre service à l’Église, renforcent un malentendu : on accepte que le religieux soit relégué au rang de patrimoine, et on se satisfait que l’église soit « vivante » dès lors qu’elle attire des curieux. Pourtant, ce n’est pas la curiosité culturelle qui sauvera les âmes, mais la rencontre avec le Christ vivant.Il est urgent de retrouver le sens de ce que sont nos églises : des lieux consacrés, mis à part, où l’art n’a de place que dans la mesure où il conduit à Dieu. Sinon, l’église n’est plus qu’un décor pittoresque, vidé de sa raison d’être, et la foi, elle, continue de se dessécher.