Saint Barthélemy appartient au cercle très restreint des Douze, mais il demeure paradoxalement l’un des apôtres les plus discrets du Nouveau Testament. Son nom apparaît dans les listes apostoliques de Matthieu, Marc et Luc, ainsi que dans les Actes des Apôtres. Une tradition ancienne l’identifie à Nathanaël, le disciple originaire de Cana en Galilée dont saint Jean raconte avec une remarquable précision la rencontre avec Jésus. Benoît XVI rappelait lui-même cette identification traditionnelle lors de son audience générale du 4 octobre 2006.
Tout commence par Philippe. Celui-ci vient annoncer à Nathanaël qu’il a trouvé celui dont parlent Moïse et les prophètes : Jésus de Nazareth. La réponse est immédiate et sans précaution : « De Nazareth, peut-il sortir quelque chose de bon ? » Philippe ne cherche pas à argumenter longuement. Il lui répond simplement : « Viens et vois. »
Cette franchise explique peut-être les mots étonnants par lesquels Jésus accueille Nathanaël : « Voici vraiment un Israélite sans détour. » Puis le Christ ajoute : « Avant que Philippe t’appelât, quand tu étais sous le figuier, je t’ai vu. » Ce qui s’est passé sous ce figuier demeure inconnu. Mais Nathanaël comprend aussitôt que celui qui se tient devant lui connaît ce qu’aucun homme ne pouvait connaître. Sa profession de foi jaillit : « Rabbi, tu es le Fils de Dieu ! Tu es le roi d’Israël ! »
Le passage dit beaucoup de la vocation chrétienne. Barthélemy n’est pas présenté comme un homme crédule. Il questionne, doute même, mais accepte de venir voir. Benoît XVI voyait dans sa réaction une leçon sur la liberté de Dieu, qui se manifeste parfois précisément là où les hommes ne l’attendent pas.
Après la Résurrection, saint Jean mentionne encore Nathanaël parmi les disciples présents au bord du lac de Tibériade lorsque le Christ ressuscité leur apparaît. Les Actes placent ensuite Barthélemy dans la chambre haute à Jérusalem, avec les autres apôtres et la Vierge Marie, dans l’attente de l’Esprit Saint. La suite de son existence relève largement de la tradition. Plusieurs récits lui attribuent de longs voyages missionnaires vers la Mésopotamie, la Perse, l’Inde et surtout l’Arménie, sans qu’il soit possible d’en reconstituer avec certitude l’itinéraire. Une tradition arménienne situe son martyre à Albanopolis. Il aurait été écorché vif avant d’être décapité, raison pour laquelle l’iconographie chrétienne le représente souvent avec un couteau et sa propre peau.
Michel-Ange lui a donné une place saisissante dans le Jugement dernier de la chapelle Sixtine : Barthélemy y tient sa peau entre ses mains, sur laquelle l’artiste aurait peint son propre visage.Ses reliques connurent elles aussi une longue histoire. Après plusieurs translations, une partie importante d’entre elles est traditionnellement vénérée à Rome, dans la basilique Saint-Barthélemy-en-l’Île, sur l’île Tibérine. L’homme qui demandait si quelque chose de bon pouvait venir de Nazareth aura finalement consacré sa vie à annoncer que de Nazareth était venu le Sauveur.


