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Saint Gautier

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Il se retire ensuite sur un îlot de la Loire, près de Tours, espérant y trouver enfin le silence. Là encore, un pèlerin l’identifie et ses moines viennent le chercher.

Abbé de Saint-Martin de Pontoise (+ 1099)

Né en Picardie vers 1030, probablement à Andainville dans l’actuelle Somme, Gautier appartient à cette génération de moines du XIe siècle marquée par un profond renouveau spirituel. Entré à l’abbaye bénédictine de Rebais, en Brie, il se distingue très tôt par une interprétation exigeante de l’Évangile, jusque dans ses conséquences les plus concrètes.

Encore novice, il n’hésite pas à ouvrir la porte de la prison du monastère à un homme retenu captif. À l’abbé qui s’en étonne, il répond simplement par une parole de l’Écriture, « Donne à qui te demande ». Le geste, audacieux, révèle déjà un tempérament spirituel porté vers la radicalité évangélique.

Douze années plus tard, sa réputation conduit à sa nomination comme abbé. Le roi Philippe Ier confirme en 1069 les possessions de l’abbaye de Saint-Germain de Pontoise, dont Gautier prend la direction. Sous son impulsion, la communauté quitte l’enceinte urbaine pour s’établir autour de l’église Saint-Martin, hors les murs, sur un axe reliant Paris à la Normandie. Il devient ainsi le premier abbé de ce nouvel établissement vers 1070.L’abbaye acquiert rapidement un certain renom et bénéficie de nombreuses donations. Mais cette reconnaissance ne dissipe pas la tension intérieure qui habite Gautier. Soucieux de répondre aux demandes de ses moines, il se montre attentif et disponible, tout en étant profondément attiré par la solitude et la vie cachée.

À plusieurs reprises, il tente de se soustraire à sa charge. Il quitte discrètement Pontoise pour chercher un lieu où vivre plus retiré, selon l’idéal évangélique de « la dernière place ». Il se rend notamment à l’abbaye de Cluny, alors l’un des plus grands centres monastiques d’Occident, où vivent des centaines de moines. Mais il y est reconnu, puis ramené à son monastère par sa propre communauté. Il se retire ensuite sur un îlot de la Loire, près de Tours, espérant y trouver enfin le silence. Là encore, un pèlerin l’identifie et ses moines viennent le chercher. À chaque tentative, la même issue, le retour à Pontoise, où l’attend sa responsabilité d’abbé.

Dans cette tension persistante entre vie active et désir de retrait, Gautier décide de se rendre à Rome afin de demander au pape Grégoire VII d’être relevé de sa charge. Le pontife refuse et lui enjoint de demeurer à son poste. Gautier obéit, acceptant de porter jusqu’au bout cette mission reçue.

Son gouvernement est marqué par cette double exigence, fidélité à sa communauté et aspiration à une vie plus retirée. Ceux qui l’ont connu soulignent son humilité et sa simplicité. Il meurt le 8 avril 1099, profondément estimé de ses moines.Canonisé en 1153, saint Gautier de Pontoise demeure une figure singulière du monachisme médiéval. Son itinéraire spirituel illustre une tension constante dans la vie religieuse, entre l’appel à servir et le désir de se tenir seul devant Dieu. Les diocèses d’Île-de-France le célèbrent aujourd’hui le 4 mai, tandis que certaines traditions le commémorent le 9 avril.

Avec nominis

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