Dans un contexte de tensions croissantes autour de l’affaire judiciaire du Cardinal Giovanni Angelo Becciu, l’ancien substitut à la Secrétairerie d’État a récemment réagi à un éditorial d’Andrea Tornielli, directeur éditorial du Dicastère pour la Communication du Saint-Siège, qui défendait la décision du tribunal vatican. Le Cardinal Becciu, qui fait appel de la condamnation qui l’a frappé en première instance, a choisi de répondre de manière ferme et détaillée, dans une intervention publiée par Vatican News et L’Osservatore Romano.
Le Cardinal Becciu a d’abord pris position contre ce qu’il perçoit comme une « morale » véhiculée par Andréa Tornielli, notamment en ce qui concerne la question des investissements financiers du Saint-Siège et de la gestion des fonds. Dans un passage de son intervention, le Cardinal Becciu a souligné qu’il n’était pas d’accord avec l’argument de Tornielli selon lequel les réformes financières du Vatican seraient exemptes de toute faille. « Avant, il y avait une autonomie de gestion confiée à la Secrétairerie d’État; aujourd’hui, la Secrétairerie d’État n’a plus le pouvoir de gérer de l’argent, mais cela ne signifie pas qu’il n’y ait plus un centre avec des autonomies décisionnelles. Il a simplement été déplacé ailleurs », a précisé le Cardinal.
L’ancien substitut à la Secrétairerie d’État a également contesté la manière dont andréa Tornielli a abordé la question de la responsabilité financière au sein du Saint-Siège. Pour le Cardinal Becciu, l’argument selon lequel avant il n’était pas nécessaire de rendre des comptes sur les investissements, alors qu’aujourd’hui il faudrait le faire, est problématique. « Il semble que, selon Tornielli, avant on ne devait rendre des comptes à personne des investissements, et aujourd’hui, si », a écrit le Cardinal, soulignant que le système actuel de contrôle des investissements n’était peut-être pas nécessairement meilleur que celui qui prévalait avant.
Le Cardinal Becciu a ensuite dénoncé ce qu’il considère comme une absence de présomption d’innocence dans le traitement médiatique de son procès. « Il est tout à fait évident qu’un article comme celui de Tornielli me considère, ainsi que tous les accusés, déjà condamnés de manière définitive. Il n’est jamais mentionné que le procès est en première instance, que tous les accusés ont droit à un appel, et que nous sommes tous, pas seulement moi, présumés innocents », a-t-il ajouté.
Ce point de désaccord entre les deux hommes met en lumière un débat plus large sur la manière dont les affaires judiciaires sont traitées dans les médias vaticans, notamment lorsqu’elles touchent des figures de l’Église.
Lire aussi
Le Cardinal a également exprimé son scepticisme face à ce qu’il perçoit comme une volonté politique d’achever rapidement le processus judiciaire afin de protéger l’image du Vatican. « Il semble que la volonté politique soit uniquement de clore la narration du procès en essayant de ne pas nuire au Saint-Siège ou au Pape. C’est dommage, cependant, que sur cet autel, la vérité doive être sacrifiée. Mais la vérité, selon un proverbe attribué à saint Augustin, est comme un lion et elle se défendra toute seule », a-t-il écrit, appelant à ce que la vérité, indépendamment des considérations politiques, prévale dans le traitement du dossier.
Le Cardinal Becciu a également défendu ses actions passées en tant que responsable des investissements au Vatican, rappelant qu’il avait agi dans le cadre d’une stratégie visant à sortir le Saint-Siège d’une situation financière difficile. « Je suis certain que ce n’est pas seulement à cause de l’investissement de Sloane Avenue, qui était potentiellement un excellent investissement », a-t-il affirmé, rejetant les critiques qui ont été formulées à ce sujet. Selon lui, il n’était pas seul responsable des choix financiers effectués à cette époque, et il a souligné qu’il avait toujours cherché à améliorer la situation économique de l’institution.
Le prélat a aussi évoqué la question de la réforme financière au Vatican, affirmant que celle-ci ne devait pas être idéalisée. Il a fait remarquer que les réformes actuelles, bien qu’elles aient apporté des changements significatifs, ne garantissent pas nécessairement une meilleure gestion. « Maintenant, il y a un système qui prévoit d’autres (contrôles), différents, peut-être plus bureaucratisés, pas nécessairement meilleurs », a-t-il écrit, affirmant qu’il serait nécessaire d’examiner de près l’efficacité de ces réformes avant de les considérer comme une solution idéale.
Le discours du Cardinal Becciu a donc souligné plusieurs points importants sur lesquels il semble désirer une réévaluation des jugements médiatiques et judiciaires à son égard. À travers ses réponses, il cherche à redresser ce qu’il perçoit comme une présentation inexacte de ses actions et à réaffirmer sa présomption d’innocence dans un contexte de procès toujours en cours.