Face à cette contestation directe de l’autorité de l’Église, le diocèse et le Vatican rappellent fermement la discipline canonique, tandis que l’intéressé tente de justifier sa position au nom de sa conscience et de sa lecture du droit de l’Église. Ce qui se joue aujourd’hui en Polynésie dépasse de loin un simple conflit disciplinaire. L’affaire de l’ancien père Noël Ato Nohotemorea met en lumière une rupture profonde entre un prêtre déchu et l’autorité de l’Église, au moment même où celle-ci appelle à l’unité des fidèles à l’approche des grandes célébrations liturgiques.
Définitivement réduit à l’état laïc par décision canonique, l’ancien prêtre refuse pourtant de se soumettre. Il affirme toujours être « comme un homme d’Église » et soutient que « sa vocation lui a été conférée par une force divine », contestant de fait la portée concrète de la sanction prise à son encontre.
Face à cette défiance, l’archevêque de Papeete, Monseigneur Jean-Pierre Cottanceau, a rendu publique une lettre venue du Vatican, rappelant le caractère irrévocable de la destitution. Dans un podcast, il a cité explicitement l’injonction adressée à l’ancien prêtre : celui-ci « est prié de mettre fin à ses déclarations et agissements, qui nuisent gravement à l’harmonie de la communauté ecclésiale ». L’archevêque a également tenu à réfuter « les allégations de l’ancien prêtre selon lesquelles sa destitution aurait été suspendue », soulignant la confusion entretenue auprès des fidèles. La presse polynésienne ( France info Polynésie ) précise que, malgré ces rappels répétés, l’ancien prêtre continue de s’exprimer publiquement et de revendiquer son statut, notamment à travers les réseaux sociaux où il conserve un noyau de soutiens fidèles.
Car au-delà du cas personnel, c’est bien l’unité de l’Église locale qui est en jeu. L’exercice illégitime d’un ministère, même symbolique, constitue une atteinte grave à la communion ecclésiale.
Loin de se retirer, l’ancien prêtre multiplie les prises de parole, notamment sur les réseaux sociaux. Sur son compte Facebook, il développe longuement sa défense, mêlant arguments personnels, accusations et références au droit canonique. Il affirme ainsi avoir toujours respecté son évêque : « J’ai toujours obéi à l’évêque », évoquant notamment son départ du presbytère de Taravao et les mesures judiciaires dont il a fait l’objet, dont une garde à vue en novembre 2023. Par ailleurs il conteste la manière dont l’autorité aurait été exercée contre lui. Il dénonce des atteintes à ses droits, affirmant que « le prêtre a des droits qui ne sont pas souvent respectés par l’évêque ». Dans une justification plus religieuse , il va jusqu’à déclarer : « Je ne vais pas arrêter de manifester la Gloire de Dieu et de me dépenser pour le salut des âmes », estimant que cette mission ne dépend pas d’une autorisation hiérarchique.
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L’ancien prêtre distingue également entre le plan juridique et le plan spirituel. Il reconnaît que « ma fonction de prêtre pour l’église n’existe plus », mais affirme simultanément que « mon âme de prêtre reste pour Dieu éternellement ». Dans cette logique, il revendique la légitimité d’être encore appelé prêtre : « Théologiquement je reste prêtre pour l’éternité », tout en admettant être « redevenu laïc » au regard du droit canon .Cette position contribue à brouiller les repères doctrinaux chez certains fidèles, en opposant de manière problématique la théologie du sacerdoce et l’autorité visible de l’Église. Le ton de ses publications se fait plus offensif encore lorsqu’il évoque son entourage. Il affirme que l’évêque chercherait à atteindre « toutes familles et personnes qui m’aident », et accuse certains membres du clergé de mener une « vie double », déclarant : « Soit tu vis une vie d’ordonné, soit tu vis une vie d’homme, moi j’ai choisi une vie d’ordonné théologiquement ». Ces propos, particulièrement graves, nourrissent un climat de division et de suspicion au sein de toute l’Eglise polynésienne. À cette crise ecclésiale s’ajoute une dimension judiciaire. La presse locale précise que l’ancien prêtre a été condamné pour détournement de fonds, notamment en lien avec des dons de fidèles, et qu’il fait également l’objet d’une enquête pour des faits de viol présumés.
Malgré ces accusations, il conserve une certaine audience auprès des fidèles. Dans une vidéo, il affirme qu’« il ne renierait pas sa vocation, qu’il considère comme un don divin », et soutient agir « en vérité et en conscience ».
Face à cette attitude, le diocèse envisage une sanction ultime. Le père Denis Bertin, vicaire judicaire, évoque « une hostilité manifeste à l’égard de l’autorité ecclésiastique » et avertit que « si cette attitude persiste, une rupture définitive avec l’Église pourrait être constatée, ouvrant la voie à une excommunication ». Une telle décision viendrait acter formellement une rupture déjà largement engagée.
Cette affaire souligne combien l’obéissance ecclésiale demeure essentielle à la vie de l’Église. Lorsqu’elle est publiquement contestée, c’est l’unité même du Corps du Christ qui est atteinte. En pleine semaine sainte ce scandale apparaît comme une épreuve pour les fidèles, appelés à discerner entre fidélité à l’Église et confusion entretenue par des prises de parole individuelles.


