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[ Votre Tribune] La messe, banquet ou sacrifice ?

Suite à l’article très critique de LA CROIX concernant la liturgie traditionnelle, nous publions aujourd’hui la réponse de l’Union Lex Orandi reçue par la rédaction de TRIBUNE CHRETIENNE.

Il est de notre devoir de respecter les différents courants de l’Eglise, nous sommes tous catholiques et unis au Christ.

Les fidèles au rite tridentin sont également une source d’enrichissement pour l’Eglise et nous redisons au journal LA CROIX de ne pas prôner un esprit de diversité et de tolérance “à sens unique”.

Voici la réponse de LEX ORANDI :

La messe, banquet ou sacrifice ? Enfin, la question est posée.


L’attirance provoquée par la célébration de la messe selon le rite traditionnel qu’a révélée l’affluence record au Pèlerinage de Chartres de la Pentecôte cette année (16.000 pèlerins) n’en finit pas de susciter le débat. Le Motu Proprio Traditionis Custodes du Pape François, destiné à limiter le dynamisme de ce rite aurait-il manqué sa cible, où, au contraire, aurait-il posé la vraie question ?

Une tribune récente intitulée « Tradis : « Croyons-nous au même salut dans le Christ ? » n’hésite pas à la résumer ainsi : « Voilà enfin abordé, grâce au problème évoqué des messes privées lors du pèlerinage « Notre-Dame de Chrétienté » à Chartres, le fond des divergences entre la messe selon le missel du concile de Trente et l’Eucharistie d’après le second concile du Vatican. »

Il y aurait, en somme, une opposition entre une conception jugée dépassée de la messe comme sacrifice du Christ, et une conception nouvelle de la messe comme communion au repas de la cène. Se pourrait-il qu’il y ait divergence sur la réalité de ce qu’est la messe catholique ? Ou plus exactement une divergence entre les enseignements de deux conciles de l’Eglise catholique ?

Autant le dire, cette hypothèse semble non recevable, pour au moins trois raisons.

La première raison peut sembler évidente, mais elle découle du fondement même de la doctrine catholique : la révélation et la tradition nous enseignent les mêmes vérités sur la messe, celle de Trente comme celle de Vatican II. Comme le rappelle le Concile Vatican II lui-même, « Les Apôtres, transmettant donc ce qu’ils ont eux-mêmes reçu, exhortent les fidèles à garder fermement les traditions qu’ils ont apprises soit de vive voix soit par écrit (cf. 2 Th 2, 15) et à lutter pour la foi qui leur a été une fois pour toutes transmise (cf. Jude 3).

Quant à la Tradition reçue des Apôtres, elle comprend tout ce qui contribue à conduire saintement la vie du peuple de Dieu et à en augmenter la foi ; ainsi l’Église perpétue dans sa doctrine, sa vie et son culte et elle transmet à chaque génération, tout ce qu’elle est elle-même, tout ce qu’elle croit. » (Constitution Dei Verbum, 8).

Il est par conséquence impossible d’opposer la foi tridentine et la foi de Vatican II puisque, par essence, elles puisent à la même source. Que nous dit cette foi ?

C’est la deuxième raison qui rend inopposables deux approches divergentes de la messe. Ici, c’est sur le Catéchisme de l’Eglise Catholique qu’il faut se pencher : « L’Eucharistie est le mémorial de la Pâque du Christ : c’est-à-dire de l’oeuvre du salut accomplie par la vie, la mort et la résurrection du Christ, oeuvre rendue présente par l’action liturgique. » (CEC 1409). A la messe, la communion au Christ est une participation à sa mort et à sa résurrection qui implique notre adoration et notre action de grâce.

Mais le sacrifice de la messe est aussi offert «en réparation des péchés des vivants et des défunts » comme sacrifice propitiatoire, et il est offert enfin comme sacrifice de demande « pour obtenir de Dieu des bienfaits spirituels ou temporels » (CEC 1414). Il n’y a aucune contradiction possible entre les finalités de la messe exprimées ici et celles du catéchisme du Concile de Trente. Dans l’Eucharistie, Jésus est à la fois celui qui offre, celui qui est offert et celui qui reçoit. C’est comme prêtre que Jésus offre le sacrifice. C’estcomme victime qu’il est offert, comme l’enseigne la lettre aux Hébreux. Et c’est en tant que « Corps du Christ » que l’Eglise, et chaque fidèle en son sein, s’offre, l’offre et le reçoit.


Enfin, et c’est la troisième raison,
la messe ne peut être un repas que si elle est un sacrifice. La communion entre les fidèles ne peut se réaliser qu’en tant qu’elle est communion au sacrifice du Christ. Le mot hostie signifie d’ailleurs « victime ». Certes, la communion des fidèles à la messe est la participation à un banquet comme mémorial de la cène du Seigneur, mais l’aliment de ce banquet est le corps et le sang du Christ. Il ne peut y avoir de réception du corps et du sang s’ils n’ont pas été préalablement sacramentellement « séparés » dans l’acte sacrificiel célébré par le prêtre comme l’enseigne Pie XII, qui actualise de manière non sanglante, par les paroles de la consécration, l’unique sacrifice de la croix.

Prétendre, comme certains courants du protestantisme, que tout repas est communion parce que la communion est d’abord un repas, consiste à nier subtilement la présence réelle du Christ dans les espèces du pain et du vin. Ce n’est assurément pas l’enseignement actuel de l’Eglise.

Saint Jean-Paul II le rappelait dans Ecclesia de Eucharistia (§12) :

« L’Église vit continuellement du sacrifice rédempteur, et elle y accède non seulement par un simple souvenir, plein de foi, mais par un contact actuel, car ce sacrifice se rend présent, se perpétuant sacramentellement, dans chaque communauté qui l’offre par les mains du ministre consacré.»

S’il reste un risque de divergence entre « la messe selon le missel du concile de Trente et l’Eucharistie d’après le second concile du Vatican », il n’est donc pas à chercher dans une évolution de la doctrine de la messe, mais plutôt dans la compréhension de cette doctrine.

Ce pourquoi nous préférons justement la liturgie traditionnelle, c’est qu’elle exprime au mieux la réalité sacrificielle et sacramentelle de la messe. L’offertoire, dans son déploiement, nous rend participant à l’offrande dans laquelle nous nous offrons nous-même. Dans la consécration, nous sommes tous silencieusement tournée vers le Seigneur et transportés au calvaire, où le Christ, dans la personne du prêtre, accomplit son éternel sacrifice.

La communion eucharistique est reçue à genoux et sur les lèvres pour signifier que c’est bien notre Dieu qui se donne à nous. Tout notre être, dans son attitude extérieure, est comme le nourrisson qui reçoit la nourriture sans laquelle il ne peut subsister. C’est ce que nous croyons de la sainte communion.

Voilà quelques-unes des raisons pour lesquelles la liturgie traditionnelle est pour nous un bienfait spirituel plutôt qu’un objet de polémique.


Au fond, s’il reste encore des divergences, c’est peut-être parce que certains s’éloignent de ce que croit l’Eglise. A ceux qui, de la messe banquet ou sacrifice, ne veulent retenir que le premier terme, il manque sans doute quelque chose de la foi de l’Eglise.

Le pèlerinage de Chartres est là pour nous rappeler que tous sont invités à la redécouvrir. Alors, à l’an prochain sur les routes de Chartres !”

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