À Genève, lors d’une intervention prononcée le 3 mars 2026 au Conseil des droits de l’homme des Nations unies, l’archevêque Ettore Balestrero, observateur permanent du Saint-Siège auprès de l’ONU, a livré un constat grave et largement ignoré dans le débat public international. Selon les données évoquées par le représentant du Vatican, près de 400 millions de chrétiens dans le monde subissent aujourd’hui des formes de persécution ou de violence en raison de leur foi. Ces chiffres font des chrétiens la communauté religieuse la plus persécutée au monde. « Près de 400 millions de chrétiens dans le monde sont confrontés à la persécution ou à la violence, ce qui en fait la communauté religieuse la plus persécutée au monde. Cela signifie qu’un chrétien sur sept est touché », a déclaré l’archevêque Ettore Balestrero.

Plus inquiétant encore, la violence meurtrière continue de progresser. « Pire encore, près de 5 000 chrétiens ont été tués pour leur foi en 2025, soit une moyenne de 13 par jour », a-t-il ajouté devant le Conseil des droits de l’homme.
Dans de nombreuses régions du monde, les chrétiens paient leur fidélité à l’Évangile au prix fort. Les formes de persécution évoquées par le Saint-Siège sont multiples, et parfois d’une extrême brutalité : assassinats ciblés, expulsions forcées, esclavage, détentions arbitraires, confiscations de biens, incendies d’églises ou attaques contre des communautés chrétiennes. Dans certains pays, ces violences sont alimentées par des groupes extrémistes ou par des législations hostiles à la liberté religieuse. Dans d’autres, elles s’inscrivent dans un climat d’impunité où les autorités ne protègent pas les minorités chrétiennes.
La situation est particulièrement préoccupante dans plusieurs régions d’Afrique, du Moyen-Orient et d’Asie. En Inde par exemple, où les chrétiens ne représentent qu’une minorité, des lois dites « anti-conversion » sont régulièrement utilisées pour poursuivre des fidèles ou des pasteurs. Des groupes militants interrompent parfois les offices ou les réunions de prière, créant un climat de peur destiné à empêcher les chrétiens de pratiquer publiquement leur foi. Si les formes de persécution sont souvent plus violentes ailleurs dans le monde, l’Europe n’est pas épargnée par un phénomène inquiétant : la multiplication des actes antichrétiens.
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Selon le rapport 2025 de l’Observatoire sur l’intolérance et la discrimination contre les chrétiens en Europe, 2 211 crimes de haine antichrétiens ont été recensés en Europe en 2024, dont des incendies criminels et des actes de vandalisme visant des églises, ainsi que 274 attaques contre des personnes. Plusieurs épisodes récents illustrent cette montée de l’hostilité. En novembre dernier, à Lourdes, l’entrée de la paroisse du Sacré-Cœur a été couverte de graffitis blasphématoires, dont l’inscription « À mort Jésus-Christ ». Sur un autre mur figurait la phrase « Sale race de Jésus-Christ », révélatrice d’une haine explicite envers la foi chrétienne.
Le même mois à Rome, l’église San Nicola di Bari, à Ostie, a été profanée par des excréments humains retrouvés notamment sur l’autel. Quelques jours plus tard, une chapelle située dans la gare Termini a été souillée de la même manière. En Allemagne, en janvier, des incendiaires ont déclenché deux départs de feu dans l’église catholique historique Saint-Pierre de Philippsburg, visant notamment la nappe d’autel. Au-delà des violences physiques, l’archevêque Ettore Balestrero a également mis en garde contre une forme plus discrète mais réelle de pression contre les chrétiens : la marginalisation progressive de la foi dans la vie publique.
Cette « persécution silencieuse » peut prendre la forme de poursuites judiciaires contre des croyants pour avoir exprimé leurs convictions morales, ou encore de restrictions croissantes contre certaines pratiques religieuses. « Cela inclut des poursuites pour une prière silencieuse près de centres pratiquant l’avortement ou pour avoir cité un verset de la Bible sur des questions sociales », a souligné le représentant du Saint-Siège.
Dans plusieurs pays occidentaux, les débats autour de la liberté religieuse se multiplient également. Aux États-Unis, certaines initiatives législatives ont récemment tenté de remettre en cause le secret de la confession en obligeant les prêtres à révéler certaines informations obtenues dans le sacrement, une mesure qui entrerait en contradiction directe avec le droit canon de l’Église.
Face à cette situation, l’archevêque Ettore Balestrero a rappelé un principe fondamental du droit international : la liberté religieuse constitue un droit humain essentiel.
« Il appartient à l’État de protéger la liberté de religion ou de conviction, ce qui inclut la prévention des violations de ce droit par des tiers », a-t-il déclaré.
« Un État doit promouvoir la liberté de religion ou de conviction, avant tout parce qu’il s’agit d’un droit humain fondamental », a-t-il insisté.
Alors que près de 400 millions de chrétiens vivent aujourd’hui sous la menace de persécutions, l’intervention du représentant du Saint-Siège à Genève rappelle une réalité trop souvent passée sous silence : dans de nombreuses régions du monde, professer la foi chrétienne demeure un acte qui peut coûter la liberté, la sécurité, et parfois la vie.


