Mêlant images de frappes réelles et extraits de films d’action, ce montage a suscité une controverse à laquelle le prélat répond par une critique morale de la « gamification » de la guerre aussi l’archevêque de Chicago, le cardinal Blase J. Cupich, a exprimé sa vive inquiétude face à la manière dont la guerre peut être transformée en spectacle médiatique à l’ère des réseaux sociaux. Son texte intervient après la diffusion, sur le compte X officiel de la Maison-Blanche, d’une vidéo intitulée « Justice the American Way ».
🚨[ Vidéo] "Ce n’est pas un jeu vidéo, c’est une guerre" : le cardinal Blase J. Cupich accuse la Maison-Blanche de banaliser la souffrance des Iraniens
— Tribune Chrétienne (@tribuchretienne) March 9, 2026
🔴⚡️" Un appel à la conscience" dénonce "une vraie guerre avec de vrais morts et de vraies souffrances"
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Le montage, d’environ quarante secondes, mêlait des images réelles de frappes militaires en Iran à des extraits de films et de séries populaires comme Top Gun, Transformers, Star Wars ou Breaking Bad, ainsi qu’à des références à des jeux vidéo. La vidéo se concluait par l’expression « flawless victory », tirée du jeu Mortal Kombat. Ce mélange d’images de guerre et de culture pop a rapidement suscité une controverse, certains critiques estimant qu’il donnait à la guerre l’apparence d’un spectacle. C’est précisément ce phénomène que dénonce le cardinal dans sa déclaration.

Le prélat commence par rappeler la réalité tragique du conflit. Il évoque la mort de nombreux civils et la souffrance des familles touchées par les bombardements. « Une vraie guerre avec de vrais morts et de vraies souffrances est traitée comme si c’était un jeu vidéo », écrit-il. Selon lui, derrière les images spectaculaires circulant sur les réseaux sociaux se trouvent des réalités humaines trop souvent oubliées. Le cardinal Blase J. Cupich souligne que parmi les victimes figurent « des centaines, peut-être des milliers d’enfants », tandis que « des mères et des pères pleurent leurs fils », y compris des soldats des deux camps. Il rappelle également que des soldats américains ont été tués, estimant que la mise en scène de ces événements sur les réseaux sociaux « déshonore » également leur mémoire.
Pour l’archevêque de Chicago, le problème dépasse le simple cadre d’une communication politique contestable. Il y voit le signe d’un changement culturel plus profond :
« Cette représentation horrifiante montre que nous vivons désormais à une époque où la distance entre le champ de bataille et le salon a été considérablement réduite », écrit-il. Autrement dit, les images de guerre parviennent désormais directement dans la vie quotidienne des citoyens, souvent sous une forme qui en atténue la gravité.
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Le cardinal évoque même ce que certains observateurs appellent la « gamification de la guerre ». L’expression désigne la tendance à présenter les conflits armés à travers des codes empruntés aux jeux vidéo ou au divertissement. Dans un passage particulièrement sévère, il souligne que « un “coup” n’est pas un point marqué sur un tableau », mais « une famille en deuil dont la souffrance est ignorée lorsque nous privilégions le divertissement et le profit au détriment de l’empathie ». Sans s’engager dans une critique directement partisane du président Donald Trump, le cardinal Blase J. Cupich vise clairement la manière dont les autorités américaines ont choisi de présenter ces frappes militaires. Il estime que « notre gouvernement traite la souffrance du peuple iranien comme un décor pour notre propre divertissement », comme si ces images n’étaient qu’un contenu supplémentaire à faire défiler sur un écran de téléphone.
La réflexion du cardinal s’inscrit dans une tradition bien établie de la pensée sociale catholique, qui insiste sur la dignité de chaque personne humaine, y compris en temps de guerre. À ses yeux, le danger principal n’est pas seulement le conflit lui-même, mais l’indifférence morale qui peut naître lorsque la violence devient un spectacle.Dans la conclusion de sa déclaration, le prélat lance un appel direct à la conscience des citoyens américains. « Je sais que le peuple américain vaut mieux que cela », affirme-t-il. « Nous devons savoir que ce qui se passe n’est pas un divertissement mais une guerre, et que l’Iran est une nation de personnes, pas un jeu vidéo auquel d’autres jouent pour nous divertir. »

À travers ces mots, le cardinal Blase J. Cupich rappelle que la manière de parler de la guerre, de la montrer et de la commenter n’est jamais neutre. Dans une époque dominée par les images et la communication instantanée, la responsabilité morale ne concerne plus seulement les dirigeants politiques, mais aussi ceux qui regardent, partagent et consomment ces images. Pour l’archevêque de Chicago, la véritable question posée par cette polémique est donc celle-ci : comment préserver le sens de l’humanité face au spectacle permanent de la guerre.
Texte intégral de la déclaration du cardinal Blase J. Cupich (traduction française Tribune Chrétienne)
« Un appel à la conscience »
« Alors que plus de 1 000 hommes, femmes et enfants iraniens gisaient morts après des jours de bombardements par les forces américaines et israéliennes, le compte X officiel de la Maison-Blanche a publié jeudi soir une vidéo composée de scènes tirées de films d’action populaires mêlées à des images réelles de la guerre en Iran. Le clip était accompagné de la mention : « Justice the American Way ».
Une vraie guerre avec de vrais morts et de vraies souffrances est traitée comme si c’était un jeu vidéo, y compris des centaines de personnes parmi les morts, des mères et des pères pleurant leurs fils, des soldats des deux camps, y compris certains enfants qui ont fait l’erreur fatale de se rendre à l’école ce jour-là. Des soldats américains ont aussi été tués. Ils sont également déshonorés par ce message publié sur les réseaux sociaux. Des centaines de milliers de personnes sont déplacées et des millions d’autres vivent désormais dans la peur d’être les prochaines victimes au Moyen-Orient.
Cette représentation horrifiante montre que nous vivons désormais à une époque où la distance entre le champ de bataille et le salon a été considérablement réduite. La crise morale à laquelle nous sommes confrontés n’est pas seulement la guerre elle-même, mais aussi la manière dont nous, les observateurs, regardons la violence, qu’il s’agisse d’une stratégie de spectateur ou d’un jeu. En effet, le marché de prédictions Kalshi a récemment payé un règlement de 2,2 millions de dollars à des utilisateurs mécontents après que la société a versé 55 millions de dollars misés sur l’ayatollah Ali Khamenei dans le pari « le guide suprême de l’Iran sera tué ».
Les journalistes utilisent aussi le terme « gamification de la guerre » pour décrire cette dynamique. Quel monde ! Des drones pourraient détruire des familles entières tandis que nous nous divertissons avec de la nourriture, des jeux vidéo et des sorties en famille. N’oublions pas qu’un « coup » n’est pas un point marqué sur un tableau, c’est une famille en deuil dont la souffrance est ignorée lorsque nous privilégions le divertissement et le profit au détriment de l’empathie.
Notre gouvernement traite la souffrance du peuple iranien comme un décor pour notre propre divertissement, comme s’il s’agissait simplement d’un autre contenu à faire défiler pendant que nous faisons la queue à l’épicerie. Mais, au final, nous perdons notre humanité lorsque nous sommes captivés par la puissance destructrice de notre armée. Nous sommes devenus dépendants du « spectacle » des explosions. Et le prix de cette habitude est presque imperceptible, car nous devenons insensibles aux coûts cruels de la guerre. Plus nous restons aveugles à ces terribles conséquences, plus nous risquons de perdre le don le plus précieux que Dieu nous ait donné : notre humanité.
Je sais que le peuple américain vaut mieux que cela. Nous avons la bonne volonté de savoir que ce qui se passe n’est pas un divertissement mais une guerre, et que l’Iran est une nation de personnes, pas un jeu vidéo auquel d’autres jouent pour nous divertir. »


