Il y a là deux dynamiques radicalement opposées dans leurs motivations : d’un côté une soumission aux lobbys gays au nom de l’inclusivité et de l’autre une fidélité revendiquée à la Tradition, mais les deux posent une même question de fond, celle du salut des âmes, dès lors que l’on s’éloigne soit de la doctrine, soit de la communion avec Rome.
C’est dans ce contexte de tensions croisées que l’intervention récente de Léon XIV prend tout son relief. Il aura suffi de quelques phrases, prononcées lors d’une conférence de presse en vol, pour fixer un cap. Léon XIV n’a pas simplement répondu à une question, il a remis de l’ordre. Reprenant le cadre déjà posé par Rome, il a rappelé que « nous ne sommes pas d’accord avec la bénédiction formalisée des couples, en l’occurrence des couples homosexuels ou des couples en situation irrégulière », fermant ainsi la porte aux initiatives allemandes. Le rappel est net. L’Église peut bénir des personnes, jamais institutionnaliser des situations contraires à sa doctrine.
Derrière cette clarification, c’est une limite doctrinale qui est réaffirmée. Car ce que propose aujourd’hui une partie de l’épiscopat allemand ne relève plus seulement de l’accompagnement pastoral, mais d’une tentative d’inscription durable, et potentiellement universalisable, d’une pratique opposée à l’enseignement constant de l’Église. Le Catéchisme de l’Église catholique ne laisse d’ailleurs guère place à l’ambiguïté. Il enseigne que « les actes d’homosexualité sont intrinsèquement désordonnés » et qu’ils « sont contraires à la loi naturelle » ; la tradition de l’Église les a également qualifiés de « dépravations graves » (CEC §2357).
Dès lors, faire de telles bénédictions une norme pastorale reviendrait à introduire une rupture silencieuse entre doctrine et pratique. C’est ce basculement que Léon XIV a voulu prévenir. La surinterprétation du « todos, todos, todos » du Pape François comme une porte ouverte à tout ne peut s’affranchir d’un appel à la conversion de chacun, et c’est cela qu’a rappelé Léon XIV.
Mais à cette tension venue d’Allemagne répond une autre, d’un tout autre ordre. La Fraternité sacerdotale Saint-Pie X, fidèle à une lecture exigeante de la tradition, envisage à nouveau des ordinations sans mandat pontifical, et ce serait une erreur de confondre ces deux situations. D’un côté, une volonté de transformer la pastorale jusqu’à en infléchir le contenu doctrinal. De l’autre, un attachement à la Tradition qui se veut, au contraire, fidélité à ce que l’Église a toujours enseigné. Les motivations ne sont pas les mêmes et ne peuvent être mises sur le même plan.
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Beaucoup reconnaissent à la Fraternité Saint-Pie X un souci réel de préserver l’intégrité de la foi à la lumière du magistère de l’Église. À l’inverse, l’initiative allemande apparaît clairement comme une tentative d’adaptation aux normes du monde contemporain. Et pourtant, malgré ces différences profondes, une question commune demeure. Car dans les deux cas, c’est le rapport à Rome et à l’unité de l’Église qui est en jeu.
La Fraternité Saint-Pie X invoque le salut des âmes pour justifier ses positions. Mais peut-elle réellement garantir ce salut en s’éloignant de la communion visible avec le Siège de Pierre ? Dans ce contexte, le silence de Rome n’est pas anodin. Davide Pagliarani espère toujours une rencontre avec le pape. Mais Léon XIV, jusqu’à présent, n’a pas répondu. Ce temps long est peut-être déjà une réponse en soi. À l’inverse, une pastorale pro-LGBT, répondant aux pressions des lobbys gays désireux de passer outre toute limite doctrinale pour être « inclusifs », ne peut clairement mener les fidèles sur des chemins sûrs.
Entre ces deux dérives, l’une qui tend à adapter la doctrine, l’autre qui risque de se détacher de l’autorité, Léon XIV tente de maintenir une ligne de crête. Refus des innovations imposées, refus également des initiatives unilatérales. Car au bout de ces deux chemins, aussi différents soient-ils, demeure une même interrogation. Celui qui s’éloigne de l’unité de l’Église, ou de la vérité qu’elle enseigne, peut-il encore prétendre guider sûrement vers le salut.


