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Éthiopie : l’appel urgent des évêques après les massacres de chrétiens

Une église détruite  dans la zone d’Arsi - DR
Une église détruite dans la zone d’Arsi - DR
Selon les informations recueillies localement et confirmées par diverses sources ecclésiales et humanitaires, au moins trente-quatre chrétiens orthodoxes ont été tués lors de ces violences

Après les attaques meurtrières des 26 et 28 février 2026 dans la zone d’Arsi, dans la région d’Oromia, qui ont coûté la vie à des dizaines de civils dont de nombreux chrétiens orthodoxes, les évêques catholiques d’Éthiopie ont publié le 9 mars un communiqué grave dénonçant ces crimes, appelant à des enquêtes transparentes et exhortant la nation à résister à la haine.

Selon les informations recueillies localement et confirmées par diverses sources ecclésiales et humanitaires, au moins trente-quatre chrétiens orthodoxes ont été tués lors de ces violences, notamment dans les districts de Shirka et de Merti. Plusieurs autres personnes ont été blessées, certaines ont disparu et d’autres ont été enlevées.

Le cardinal Berhaneyesus Souraphiel, archevêque d’Addis-Abeba et président de la Conférence des évêques catholiques d’Éthiopie

La première attaque, survenue le 26 février, a frappé un marché dans l’est de la zone d’Arsi, une région qui avait longtemps été considérée comme un espace de coexistence entre musulmans et chrétiens orthodoxes. Des hommes armés ont ouvert le feu sur les personnes présentes, provoquant la mort de vingt chrétiens orthodoxes et d’un gardien musulman.

Des témoins ont également rapporté que des assaillants avaient fait irruption dans une église avant d’ouvrir le feu sur les fidèles rassemblés pour la prière. Dans les heures qui ont suivi, des maisons et des cultures ont été incendiées, provoquant la fuite de nombreuses familles vers les villes voisines.Deux jours plus tard, le 28 février, une nouvelle attaque a frappé la même région. Cette fois encore, la violence s’est exercée directement contre un lieu de culte. Sept personnes ont été tuées à l’intérieur d’une église lors de cette attaque, confirmant le climat de terreur qui s’est installé dans la zone. Dans certains villages, les habitants ont abandonné leurs maisons et se sont réfugiés dans d’autres districts par crainte de nouvelles violences.

Face à ces événements, la Conférence des évêques catholiques d’Éthiopie a publié un communiqué daté du 9 mars 2026. Dans ce texte, les prélats expriment leur profonde inquiétude devant les massacres et la destruction qui frappent les civils. Ils écrivent être « profondément attristés par les meurtres inhumains et la destruction de biens visant des personnes innocentes dans différentes parties de notre pays, et en particulier par la brutalité répétée dans la zone d’Arsi ». Par ces mots, ils soulignent que ces crimes ne sont pas de simples faits divers mais des violences graves qui frappent directement des populations civiles. Les évêques situent clairement la question sur le terrain moral. Ils rappellent que toute vie humaine possède une dignité sacrée et que l’élimination volontaire d’innocents constitue une faute grave. Dans leur communiqué, ils déclarent que « la prise délibérée de la vie innocente est un grave péché devant Dieu et une violation de la dignité sacrée de chaque personne créée à l’image de Dieu ». Cette affirmation reprend l’un des principes fondamentaux de l’enseignement chrétien sur la dignité de la personne humaine.

Conference de évêques éthiopiens – DR

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Dans un pays marqué par des tensions ethniques et politiques, les évêques ont également tenu à écarter toute justification idéologique ou religieuse de la violence. Ils rappellent ainsi que « une telle violence contre des civils sans défense ne peut jamais être justifiée par la religion, l’ethnie ou un intérêt politique ». Leur déclaration vise à empêcher que les massacres ne soient interprétés ou instrumentalisés dans un contexte déjà fragile.

La situation est particulièrement sensible parce que certaines victimes appartiennent à l’Église orthodoxe éthiopienne Tewahedo, l’une des plus anciennes traditions chrétiennes du monde. Le christianisme est présent en Éthiopie depuis le IVᵉ siècle, lorsque le royaume d’Aksoum adopta officiellement la foi chrétienne. Aujourd’hui encore, l’Église orthodoxe représente l’une des principales communautés religieuses du pays et joue un rôle central dans la culture et l’histoire nationale. Les attaques contre des fidèles rassemblés dans des églises ont donc provoqué une vive émotion dans tout le pays.Par ailleurs , les évêques catholiques ont tenu à exprimer explicitement leur solidarité avec cette communauté. Dans leur message, ils affirment « pleurer avec nos frères et sœurs orthodoxes qui ont perdu des proches dans ces attaques ». Ce geste souligne la proximité entre les Églises face aux violences qui frappent les chrétiens et les civils dans la région.

Les évêques insistent également sur le rôle essentiel de l’État dans la protection des populations civiles. Ils rappellent que « la protection des citoyens innocents est un devoir essentiel de l’autorité publique et une condition pour le bien commun ». Cette affirmation traduit l’inquiétude de l’Église face à une situation où de nombreuses communautés se sentent vulnérables. Le communiqué se termine par un appel à la responsabilité collective et à la paix. Conscients des tensions qui traversent la société éthiopienne, les évêques exhortent la population à ne pas répondre à la violence par la violence. Ils concluent leur message par ces mots : « Nous exhortons tous les Éthiopiens à résister à la haine et à rejeter toute tentative de créer des divisions dans notre société ».

Dans un pays où les responsables religieux restent parmi les figures les plus respectées de la société, cette prise de parole a une portée importante. L’appel des évêques catholiques intervient à un moment où les violences contre les civils suscitent une inquiétude croissante et où les communautés religieuses cherchent à préserver la coexistence entre les peuples et les traditions qui composent l’Éthiopie.

Texte du communiqué des évêques catholiques d’Éthiopie du 9 mars 2026

« Nous sommes profondément attristés par les meurtres inhumains et la destruction de biens visant des personnes innocentes dans différentes parties de notre pays, et en particulier par la brutalité répétée dans la zone d’Arsi.La prise délibérée de la vie innocente est un grave péché devant Dieu et une violation de la dignité sacrée de chaque personne créée à l’image de Dieu.Une telle violence contre des civils sans défense ne peut jamais être justifiée par la religion, l’ethnie ou un intérêt politique.

Nous appelons les autorités compétentes à mener des enquêtes approfondies et transparentes afin que les responsables de ces crimes soient traduits en justice.La protection des citoyens innocents est un devoir essentiel de l’autorité publique et une condition pour le bien commun.Nous exprimons notre proximité pastorale avec toutes les familles des victimes et nous pleurons avec nos frères et sœurs orthodoxes qui ont perdu des proches dans ces attaques.

Nous exhortons tous les Éthiopiens à résister à la haine et à rejeter toute tentative de créer des divisions dans notre société. »

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