Depuis le 5 mars, une polémique d’une grande gravité secoue l’Islande. Le père Jakob Rolland, prêtre catholique et chancelier du diocèse de Reykjavik, pourrait faire l’objet d’une enquête pénale pour avoir simplement rappelé l’enseignement moral de l’Église catholique sur l’homosexualité lors d’une interview accordée à la télévision publique islandaise. Dans un pays profondément sécularisé où l’activisme LGBT occupe désormais une place centrale dans le débat public, le fait même d’exposer la doctrine chrétienne traditionnelle semble désormais suffire à susciter l’intervention de la police.
Selon les informations rendues publiques, les autorités islandaises examinent les propos du prêtre afin de déterminer s’ils pourraient tomber sous le coup de la loi adoptée en 2023 contre les « thérapies de conversion ». Or le père Rolland n’a décrit aucune pratique thérapeutique, mais a simplement expliqué la morale catholique concernant la sexualité et les conditions pour recevoir les sacrements.
Face aux accusations, le prêtre a rappelé un principe fondamental de la tradition chrétienne : la loi divine ne peut être subordonnée aux lois humaines lorsque celles-ci entrent en contradiction avec l’enseignement de Dieu.
Il a déclaré clairement : « Oui, tant que les lois sont alignées avec la loi de Dieu, cela va bien. Mais lorsque les lois de la terre et celles de Dieu se heurtent, la loi de Dieu prévaut. » Il avait déjà affirmé une position similaire en 2019 en évoquant la question du mariage entre personnes du même sexe : « Si je dois aller en prison, j’irai, mais cela ne changera pas ma position. »
Lire aussi
Loin des caricatures souvent relayées dans certains médias, la doctrine catholique distingue clairement entre les personnes et les actes. Le Catéchisme de l’Église catholique, au numéro 2357, affirme : « S’appuyant sur la Sainte Écriture, qui les présente comme des dépravations graves, la Tradition a toujours déclaré que les actes d’homosexualité sont intrinsèquement désordonnés. Ils sont contraires à la loi naturelle. » Dans le même temps, le Catéchisme rappelle au numéro 2358 : « Un nombre non négligeable d’hommes et de femmes présentent des tendances homosexuelles profondément enracinées. Ils doivent être accueillis avec respect, compassion et délicatesse. » Enfin, le Catéchisme précise au numéro 2359 : « Les personnes homosexuelles sont appelées à la chasteté. »Autrement dit, la doctrine catholique ne condamne jamais les personnes, mais rappelle que certains actes sont moralement contraires à la loi naturelle et à la Révélation.
Précisons que la morale biblique sur la sexualité ne se limite pas à la tradition catholique. Elle est enracinée dans l’Ancien Testament, qui constitue également la base de la tradition juive. Dans le Livre du Lévitique (18,22), on peut lire : « Tu ne coucheras pas avec un homme comme on couche avec une femme : c’est une abomination. » Un autre passage, Lévitique 20,13, déclare : « Si un homme couche avec un homme comme on couche avec une femme, ils ont commis tous deux une abomination. » Ces textes font partie de la Loi mosaïque et ont été interprétés pendant des siècles dans la tradition juive comme une interdiction claire des relations homosexuelles.
L’islam reprend lui aussi cette condamnation, notamment à travers le récit du peuple de Loth. Dans le Coran (Sourate 7, verset 81) : « Vous assouvissez vos désirs avec les hommes au lieu des femmes. Vous êtes un peuple transgresseur. » Un autre passage, Sourate 26, versets 165-166, affirme : « Vous approchez-vous des mâles parmi les créatures, et délaissez-vous les épouses que votre Seigneur a créées pour vous ? » Dans la tradition islamique classique, ces passages sont interprétés comme une condamnation des relations sexuelles entre personnes du même sexe.
Le cas du père Jakob Rolland soulève une question majeure : dans les sociétés occidentales contemporaines, sera-t-il encore possible pour les religions d’enseigner librement leur morale ?
Le prêtre n’a fait qu’exposer un enseignement qui existe depuis deux millénaires dans le christianisme et qui trouve ses racines dans des textes encore plus anciens partagés par le judaïsme et reconnus également dans l’islam. Si rappeler une doctrine religieuse devient passible d’une enquête pénale, la question dépasse largement l’Islande. Elle concerne l’avenir même de la liberté religieuse en Europe. Pour l’instant, malgré les pressions politiques et médiatiques, le père Rolland maintient sa position et continue de défendre publiquement l’enseignement moral de l’Église. Dans un climat où de nombreux chrétiens ont le sentiment que leur foi est de plus en plus marginalisée, l’affaire islandaise apparaît pour beaucoup comme un avertissement : la simple fidélité à la doctrine chrétienne pourrait bientôt suffire à être accusé d’un crime.


