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EXCLUSIF « Israël fait ce que le gouvernement libanais n’a pas su faire » : le témoignage d’un chrétien du Liban

Port de Beyrouth suite à l'explosion du 4 aout 2020 - Depositphotos
Port de Beyrouth suite à l'explosion du 4 aout 2020 - Depositphotos
« Je suis surpris de la manière dont certains médias en Europe présentent les choses. Israël n’est pas l’agresseur dans cette affaire "

Alors que l’armée israélienne poursuit ses opérations militaires contre le Hezbollah dans le sud du Liban, les réactions sont diverses au sein de la population. Si beaucoup redoutent l’escalade du conflit, certains chrétiens du pays estiment que cette offensive pourrait marquer un tournant face à l’emprise du mouvement armé sur la vie politique et sécuritaire du pays. Contacté par Tribune Chrétienne, un chrétien maronite de Beyrouth, qui préfère garder l’anonymat pour des raisons de sécurité, livre un témoignage rare sur la perception de la situation par une partie de la communauté chrétienne

« Je sais que ce que je vais dire peut choquer, mais pour beaucoup de Libanais, l’opération israélienne contre le Hezbollah est une bonne opération pour le Liban. Depuis des années, nous subissons la présence et la pression du Hezbollah. Dans certaines régions, les chrétiens sont visés, marginalisés, et beaucoup ont quitté le pays. Il y a une véritable hémorragie démographique chrétienne. » Selon lui, la question ne se limite pas à un affrontement militaire entre Israël et une milice, mais touche à l’avenir même de l’État libanais :

« Le Hezbollah est devenu un État dans l’État. Le gouvernement libanais n’a jamais réussi à reprendre le contrôle. Ce que l’État n’a pas pu faire depuis des décennies, Israël est en train de le faire aujourd’hui : affaiblir une milice armée qui impose sa loi. »

Dans ce témoignage, le Libanais évoque également le traumatisme national causé par la catastrophe du port de Beyrouth. Le 4 août 2020, une explosion massive de nitrate d’ammonium stocké dans le port de Beyrouth a ravagé une grande partie de la ville, provoquant plus de 220 morts, plus de 6 500 blessés et des centaines de milliers de déplacés.

« Beaucoup de Libanais sont convaincus que le Hezbollah porte une responsabilité dans ce qui s’est passé. Cette explosion a détruit notre capitale, nos maisons, nos églises. Elle a marqué un point de rupture pour de nombreux chrétiens. Beaucoup ont décidé de partir définitivement. » L’enquête officielle sur cette catastrophe reste bloquée depuis des années, dans un climat de tensions politiques et judiciaires. Interrogé sur les craintes d’une guerre totale, notre interlocuteur insiste sur un point : selon lui, les chrétiens libanais ne sont pas la cible des opérations israéliennes : « Actuellement, il y a relativement peu de victimes civiles dans certaines zones où l’armée israélienne opère. Les frappes visent principalement les positions du Hezbollah. Israël ne vise pas les chrétiens libanais, ni les églises. Ce sont les infrastructures du Hezbollah qui sont ciblées. » Dans son analyse, l’objectif d’Israël est clair : créer une zone tampon dans le sud du pays afin d’empêcher les attaques contre le nord d’Israël.

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Le Liban reste l’un des derniers pays du Moyen-Orient où les chrétiens constituent encore une part importante de la population, même si leur proportion a fortement diminué depuis la guerre civile , aussi notre témoin précise t-il : « Nous voulons simplement vivre en paix dans notre pays. Mais tant que des milices armées décideront de la guerre ou de la paix à la place de l’État, le Liban ne pourra pas se relever. »

Le chrétien libanais se dit également surpris par la manière dont certains médias européens présentent la situation : « Je suis surpris de la manière dont certains médias en Europe et même certaines associations caritatives présentent les choses. Israël n’est pas l’agresseur dans cette affaire. Le Hezbollah a attaqué en premier en lançant des roquettes vers Israël. Ensuite Israël a réagi. Mais dans beaucoup de reportages en Europe, on a l’impression que tout commence avec la réponse israélienne. » Selon lui, cette perception est incompréhensible pour de nombreux Libanais, et de conclure « Ici, beaucoup de gens savent que c’est le Hezbollah qui a entraîné le pays dans cette guerre. La majorité des Libanais ne voulait pas de ce conflit. » Pour ce chrétien libanais, la question est donc existentielle.

« On ne peut pas dire que les chrétiens sont la cible dans ce conflit. Le vrai problème, c’est la présence du Hezbollah et l’absence d’un État capable de protéger tous les Libanais. Tant que cette situation continuera, les chrétiens continueront de partir. »

Alors que les combats se poursuivent dans le sud du Liban et que la situation humanitaire reste fragile, ce témoignage illustre la profondeur des divisions internes au sein du pays, où la guerre qui se déroule aujourd’hui ravive des fractures anciennes et pose à nouveau la question de l’avenir du Liban et de ses communautés chrétiennes historiques.

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