Le 18 mars 2026, à Phnom Penh, l’Église catholique du Cambodge a franchi une étape importante dans la reconnaissance de ceux qui ont témoigné de leur foi jusqu’au sacrifice suprême. La phase diocésaine du procès en béatification de Joseph Chhmar Salas et de ses onze compagnons s’est officiellement achevée lors d’une célébration présidée par le vicaire apostolique de Phnom Penh, Mgr Olivier Schmitthaeusler. Cet événement marque l’aboutissement de longues années de travail. Témoignages, archives et documents ont été patiemment rassemblés pour retracer la vie et la réputation de martyre de ces chrétiens morts durant les années tragiques qui ont frappé le Cambodge.
Au cours de la cérémonie, Monseigneur Olivier Schmitthaeusler a rappelé l’ampleur de cette enquête menée pendant plus d’une décennie. Il a déclaré : « Aujourd’hui, alors que nous clôturons l’enquête diocésaine pour la cause de béatification et de canonisation des martyrs du Cambodge, Joseph Chhmar Salas et ses 11 compagnons, nous rendons grâce à Dieu pour toutes ces années d’enquête, de recherche de témoignages et de documents, qui ont abouti aujourd’hui à un ouvrage de près de 3 000 pages. Ces 3 000 pages racontent l’histoire du Cambodge entre 1970 et 1977 ; elles constituent un témoignage de foi incomparable pour les nouvelles générations de chrétiens baptisés d’aujourd’hui. »
L’histoire de ces martyrs s’inscrit dans l’une des périodes les plus dramatiques de l’histoire cambodgienne. Entre 1970 et 1977, et plus encore sous le régime des Khmers rouges, le pays fut plongé dans la guerre, la violence et une tentative radicale d’effacer toute expression religieuse. La petite communauté catholique, déjà minoritaire, fut presque entièrement anéantie. Des prêtres, des religieux, des religieuses et de nombreux fidèles furent arrêtés, déportés ou exécutés. Les églises furent fermées et la vie chrétienne réduite au silence.Au milieu de cette persécution, certains pasteurs et fidèles choisirent pourtant de rester auprès de leurs communautés. Parmi eux se trouvait Joseph Chhmar Salas, premier évêque cambodgien. Peu avant l’entrée des Khmers rouges à Phnom Penh en 1975, l’Église locale avait en effet connu un moment décisif. Le missionnaire français Mgr Yves Ramousse, alors vicaire apostolique, demanda au Saint-Siège la nomination d’un évêque cambodgien afin que l’Église puisse continuer à vivre même dans l’épreuve.
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Monseigneur Olivier Schmitthaeusler a rappelé ce geste prophétique en évoquant son prédécesseur : « Il a ordonné nos prêtres et a eu la clairvoyance de demander au Saint-Siège la nomination d’un vicaire apostolique cambodgien, à la veille de l’entrée des Khmers rouges à Phnom Penh : c’est ainsi que fut nommé Mgr Joseph Chhmar Salas. »
Au fil des années, une liste de trente-cinq chrétiens morts durant ces années de persécution avait été établie. Après dix ans d’enquêtes et de recherches, douze figures ont finalement été retenues pour la cause de béatification : l’évêque Joseph Chhmar Salas et onze compagnons. Ils représentent les différentes vocations du peuple de Dieu, prêtres diocésains, missionnaires, religieux, religieuses et laïcs.Parmi eux figurent notamment les prêtres Joseph Chhmar Salem et Marcel Truong Sang Samronh, le missionnaire Pierre Rapin de la Société des Missions Étrangères de Paris, le bénédictin Charles Jean Badré, le religieux Damien Dang Ngocan, les religieuses Jaqueline Kim Song et Lydie Non Savan, ainsi que plusieurs fidèles laïcs qui ont partagé le sort de leur peuple dans les années de persécution.
Le vicaire apostolique a également évoqué le travail patient accompli par le tribunal diocésain chargé de l’enquête. « J’ai présidé plus de 20 sessions du tribunal diocésain, j’ai entendu de nombreux témoignages édifiants », a-t-il confié. Selon les informations recueillies au cours de l’enquête, ces témoins de la foi ont accepté de rester auprès de leurs communautés malgré les dangers, partageant le destin tragique d’un peuple plongé dans la tourmente.
L’agence Fides précise que l’ensemble du dossier rassemblé compte près de 3 000 pages de documents et de témoignages retraçant la vie et la réputation de martyre de ces chrétiens. Les coffres contenant les actes de l’enquête ont été scellés à l’issue de la cérémonie et seront transmis au Dicastère pour les Causes des Saints au Vatican, qui poursuivra l’examen du dossier.
Au cours de la célébration, Monseigneur Olivier Schmitthaeusler a également rappelé une parole de saint Jean-Paul II prononcée lors de la commémoration des témoins de la foi du XXe siècle en l’an 2000 : « Ces serviteurs de Dieu – évêques, prêtres, religieux et religieuses, laïcs – martyrs de la foi et de l’amour pendant les jours sombres du Cambodge (1970-1977), constituent une sorte de grande fresque de l’humanité chrétienne […] C’est la fresque de l’Évangile des Béatitudes, vécue jusqu’au don du sang. »
Pour l’Église du Cambodge, cette cause de béatification n’est pas seulement un acte de mémoire historique. Elle est aussi une manière de transmettre aux nouvelles générations l’héritage spirituel de ceux qui ont gardé la foi au cœur de la persécution.Avant d’entreprendre le chemin de l’exil et de la mort, Joseph Chhmar Salas avait laissé une parole devenue emblématique pour les catholiques cambodgiens : « Parlez de nous au monde. » Cinquante ans plus tard, cette demande continue de résonner dans la petite Église du Cambodge. Comme l’a confié Mgr Olivier Schmitthaeusler en conclusion de la célébration : « Continuons à prier pour que nos martyrs soient offerts à l’Église universelle comme un don inestimable et un témoignage de foi de l’Église du Cambodge au monde. »


