L’annonce, contenue dans une lettre pastorale publiée le 19 mars, marque un tournant. Monseigneur Johan Bonny y affirme qu’il mettra « tout en œuvre pour ordonner, d’ici à 2028, quelques hommes mariés ». Cette orientation, présentée comme pastorale, touche en réalité à une discipline constante de l’Église latine. Le célibat sacerdotal s’est imposé au fil des siècles comme une expression de la configuration du prêtre au Christ, qui agit in persona Christi capitis et se donne tout entier à Dieu et à son Église. Le concile Vatican II enseigne qu’il est « en harmonie profonde avec le sacerdoce », tandis que saint Paul VI rappelle qu’il signifie une consécration totale.
Le Catéchisme de l’Église catholique souligne que les prêtres vivent ce choix « pour le Royaume des cieux » (CEC, n°1579). Il s’agit donc d’une discipline enracinée dans une réalité théologique.
L’argument des Églises orientales est souvent invoqué pour justifier l’ordination d’hommes mariés. Mais cette comparaison est trompeuse. Dans ces Églises, cette pratique s’inscrit dans une tradition propre, ancienne et cohérente, où les évêques sont choisis parmi les célibataires et où aucun prêtre ne peut se marier après son ordination. Elle ne constitue pas un modèle transposable à l’Église latine sans rupture d’équilibre.
De son coté Monseigneur Bonny inscrit sa démarche dans le processus synodal encouragé par le pape François. Mais une telle initiative, si elle devait se traduire en actes sans mandat de Rome, relèverait d’une désobéissance objective. Aucun évêque ne peut modifier de lui-même une discipline qui relève de l’Église universelle.Si Monseigneur Bonny allait jusqu’à ordonner des hommes mariés sans autorisation du Saint-Siège, il poserait un acte gravement illicite. L’excommunication ne serait pas automatique, mais elle pourrait être envisagée en cas de persistance dans une rupture avec l’autorité du Siège de Pierre.
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Cette initiative s’inscrit dans un contexte particulièrement préoccupant en Belgique. L’Église y connaît depuis plusieurs décennies une chute dramatique de la pratique religieuse, une crise des vocations et une influence croissante de courants théologiques favorables à des adaptations profondes. Ce climat s’est déjà traduit par des prises de position en tension avec Rome, notamment en 2022 lorsque les évêques flamands, dont Monseigneur Bonny, ont proposé un rituel de bénédiction pour les couples de même sexe, en contradiction directe avec les directives du Saint-Siège et avec le magistère de l’Eglise. Ce positionnement n’est pas isolé. Dès 2014, à la suite du synode sur la famille, Monseigneur Bonny avait appelé à une reconnaissance des relations homosexuelles dans l’Église, plaidant pour une évolution de la doctrine morale. Il avait même exprimé publiquement son malaise face à certaines positions romaines, allant jusqu’à critiquer ouvertement des décisions du Vatican.
Plus récemment en Belgique ( 2024) ,face au rappel de l’Église sur la gravité de l’avortement défini par le Concile Vatican II comme » un grand crime « certaines voix ont exprimé des réserves, illustrant un climat de « distanciation » vis-à-vis du magistère sur des questions fondamentales touchant à la défense de la vie.Ainsi, la démarche actuelle de Monseigneur Bonny apparaît comme l’aboutissement d’une ligne constante de prises de position en tension avec l’enseignement de l’Église. Elle s’inscrit dans un courant plus large qui, en Europe occidentale, tend à adapter l’Église aux évolutions sociétales plutôt qu’à en transmettre fidèlement la doctrine.
Au-delà de la question des hommes mariés prêtres, c’est bien l’unité de l’Église et la fidélité à son magistère qui sont en jeu. En s’engageant dans cette voie, Monseigneur Bonny prend le risque d’accentuer une crise déjà profonde et de placer son diocèse dans une situation de rupture définitive avec l’Église universelle.


