À Mettray, en Indre-et-Loire, une croix chrétienne installée à l’entrée du cimetière a été retirée, à la suite d’une polémique déclenchée par un habitant invoquant la laïcité. Une affaire qui, au-delà de son apparente simplicité, révèle une tension plus profonde entre héritage chrétien et dérive idéologique de la laïcité. Car les faits sont clairs. Cette croix, déplacée et mise en valeur à la fin de l’année 2024 sur l’un des piliers du portail, n’était pas une invention récente. Elle faisait déjà partie du paysage communal depuis des années. Comme le rappelle le maire, elle « fait partie du paysage depuis des années ». Il ne s’agissait donc pas d’introduire un symbole nouveau, mais de rendre visible un élément existant du patrimoine local.
À l’origine de la contestation, un habitant nonagénaire, ancien professeur d’histoire-géographie, interrogé par La Nouvelle République. Il revendique lui-même son identité : « Je suis catholique […] mes enfants ont été baptisés », avant d’ajouter aussitôt : « je suis profondément laïque ». C’est pourtant lui qui, choqué par la présence de la croix, a entrepris des démarches pour en obtenir le retrait. Dans ce même entretien, il explique vouloir « réveiller les gens sur le respect de la laïcité ».
Tout est dit dans cette contradiction. Car au nom d’une laïcité interprétée de manière rigide et idéologique, c’est un symbole chrétien qui disparaît d’un lieu qui lui est pourtant naturellement lié.
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Le cimetière n’est pas un espace neutre comme un autre. Il est un lieu de mémoire et de prière, un lieu où la mort se confronte à la question du sens. Et depuis des siècles, ce sens s’exprime à travers des signes, au premier rang desquels la croix. La supprimer, c’est prétendre instaurer une neutralité qui, en réalité, n’en est pas une. Car effacer un symbole, ce n’est pas neutraliser un espace, c’est imposer une vision du monde où toute référence à la transcendance est écartée. Une vision où la mort n’est plus qu’un fait biologique, privé de toute profondeur religieuse.
Il est frappant de constater que cette démarche est revendiquée au nom du « respect de la laïcité ». Mais de quelle laïcité parle-t-on ? Certainement pas de celle de 1905, qui organise la coexistence et la liberté, et non l’effacement des héritages.
Ce qui se joue ici relève davantage d’une laïcité devenue idéologique, qui ne tolère plus la visibilité du christianisme, même là où il est historiquement et symboliquement légitime.
Que certains se félicitent aujourd’hui de cette disparition en dit long. Car au fond, ce n’est pas la présence d’un objet qui dérange, mais ce qu’il signifie. Une mémoire, une foi, une histoire, une espérance. La croix, dans un cimetière, ne s’impose à personne. Elle rappelle simplement que la mort n’est pas le dernier mot. En la retirant, c’est autre chose que l’on affirme. Que l’homme doit se suffire à lui-même. Que la mort doit être dépouillée de toute signification spirituelle. Que le silence des cimetières doit être celui d’un monde sans transcendance. Ce qui se joue à Mettray dépasse donc largement le cadre d’une commune. C’est une question de civilisation. Une société qui efface ses symboles finit par ne plus savoir ce qu’elle est, ni ce qu’elle doit transmettre.À Mettray, la croix a été retirée. Mais la question demeure : jusqu’où ira cette volonté d’effacer ce qui rappelle les racines chrétiennes de la France ?


