Après l’annulation du procès du cardinal Angelo Becciu, la justice vaticane traverse une nouvelle zone de fortes tensions. La décision de la cour d’appel, qui a invalidé la procédure de première instance et ordonné la tenue d’un nouveau procès, ouvre désormais un bras de fer inédit autour de la transmission des preuves et du respect des droits de la défense. Le 17 mars dernier, les juges d’appel ont prononcé une décision majeure en déclarant la nullité relative du jugement initial. Cette annulation repose sur des irrégularités procédurales jugées graves, notamment dans la constitution de l’acte d’accusation et dans la conduite de l’instruction. En conséquence, un nouveau procès devra être organisé, remettant entièrement à plat l’un des dossiers les plus sensibles du Vatican.
Au cœur de cette décision se trouve une exigence claire de la cour, le bureau du Promoteur de justice doit transmettre l’intégralité des actes d’enquête, sans omissions. Cette demande vise à garantir que toutes les parties disposent des éléments nécessaires pour un procès équitable.
Or, c’est précisément sur ce point que la situation se tend. Le Promoteur de justice s’est réservé le droit de contester cette obligation, ouvrant la possibilité qu’il ne remette pas l’ensemble des documents demandés. Un tel scénario pourrait conduire à un nouveau blocage de la procédure. Ce précédent n’est pas sans rappeler le déroulement du premier procès. À cette époque, certaines pièces essentielles n’avaient pas été communiquées dans leur totalité, notamment des échanges sensibles transmis avec des passages censurés. La défense avait alors dénoncé une atteinte au droit fondamental d’accès aux preuves.
La cour d’appel a validé ces critiques. Elle a constaté que les éléments de preuve avaient été transmis de manière partielle, parfois avec des omissions significatives, fragilisant ainsi la procédure. Parmi les documents en cause figurent des messages susceptibles d’éclairer les circonstances de l’affaire impliquant le cardinal Angelo Becciu.Un autre point particulièrement sensible concerne l’usage d’un rescrit pontifical daté du 2 juillet 2019. Ce texte, de nature législative, a conféré des pouvoirs étendus au Promoteur de justice dans le cadre de l’enquête. Toutefois, il n’avait pas été publié et n’a été porté à la connaissance des accusés qu’au début du procès. Les juges ont estimé que cette situation avait pu porter atteinte aux droits de la défense.
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L’avocat du cardinal Becciu, Maître Fabio Viglione, s’est félicité de la décision, estimant qu’elle confirme les critiques formulées depuis l’origine. « Nous exprimons notre satisfaction pour l’ordonnance de la Cour d’appel qui a accueilli nos exceptions. Elle a déclaré que le bureau du promoteur de justice devait déposer tous les actes d’enquête sans omissions. Elle a également déclaré l’illégitimité de certains actes d’instruction adoptés sur la base du rescrit du 2 juillet 2019, car ils reposaient sur un acte de nature législative non publié et resté secret pour les accusés jusqu’au début du procès. La décision de la Cour démontre donc que, dès le premier moment, nous avions raison de dénoncer la violation du droit de la défense et d’exiger le respect de la loi afin de célébrer un procès juste ».
Cette décision constitue un revers significatif pour la justice vaticane, qui avait présenté ce procès comme un symbole de transparence et de rigueur dans la gestion des affaires financières. En première instance, le cardinal Angelo Becciu avait été condamné en décembre 2023 à cinq ans et demi de prison, une condamnation historique pour un cardinal.
Il convient toutefois de préciser que l’annulation du procès ne signifie pas l’innocence du cardinal. Elle remet en cause la validité de la procédure suivie, obligeant à reprendre l’ensemble du dossier dans des conditions conformes aux exigences du droit. Dans ce contexte, l’attitude du Promoteur de justice sera déterminante. S’il décidait de ne pas transmettre l’ensemble des preuves exigées par la cour, le conflit institutionnel pourrait s’aggraver, renforçant les interrogations sur la transparence et la crédibilité de la justice vaticane.
Au-delà du cas du cardinal Becciu, cette affaire soulève des questions plus larges sur le fonctionnement de la justice au Vatican, sur l’usage des pouvoirs exceptionnels et sur le respect des garanties fondamentales du procès équitable. L’ouverture d’un nouveau procès, attendue dans les prochains mois, devra permettre de juger les faits dans un cadre clarifié, afin de restaurer la confiance dans l’institution judiciaire du Saint-Siège.


