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Le pape Léon XIV a reçu les représentants du mémorial Yad Vashem, gardien de la mémoire de la Shoah

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Dans un contexte où, en France, mais plus largement en Europe et dans le monde, l’antisémitisme a fortement augmenté, nourri notamment par des amalgames entre les Juifs, l’État d’Israël et les tensions liées aux conflits en cours, cette visite revêt une signification particulière

Cette rencontre s’inscrit dans la continuité des relations entre l’Église catholique et les institutions juives engagées dans la transmission de la mémoire de la Shoah. Elle rappelle l’importance du dialogue entre catholiques et juifs, particulièrement autour de l’histoire tragique du XXe siècle.

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Situé à Jérusalem, le Yad Vashem constitue l’institution officielle d’Israël dédiée à la mémoire des victimes de la Shoah. Fondé en 1953 par une loi de la Knesset, il est aujourd’hui le principal centre mondial consacré à la commémoration, à la documentation et à l’enseignement du génocide des Juifs d’Europe. Implanté sur le mont du Souvenir, le site s’étend sur plusieurs hectares et forme un vaste complexe qui associe musée, mémoriaux, archives et centres de recherche. Le musée d’histoire de la Shoah, inauguré dans sa forme actuelle en 2005, propose un parcours chronologique fondé sur des milliers d’objets authentiques, de documents originaux et de témoignages de survivants. L’architecture, en grande partie souterraine, plonge le visiteur dans une progression marquée par la gravité des événements, jusqu’à une ouverture finale vers la lumière, symbole de survie et d’espérance.

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La salle des Noms demeure l’un des lieux les plus saisissants. Cet espace monumental conserve des millions de fiches individuelles, appelées « Pages de témoignage », destinées à restituer l’identité des victimes. À ce jour, plusieurs millions de noms ont été recensés, dans un effort constant pour redonner un visage à ceux que l’entreprise d’extermination nazie avait voulu réduire à l’anonymat. Le mémorial des enfants constitue un autre lieu de recueillement particulièrement marquant. Plongé dans l’obscurité, il fait apparaître, par un jeu de miroirs, une multitude de lumières évoquant les vies d’enfants anéanties. Une voix égrène en continu des noms, rappelant l’ampleur de la tragédie.

Musée de Yad Vashem à Jérusalem

Le Yad Vashem abrite également l’une des plus importantes collections d’archives au monde sur la Shoah, avec des dizaines de millions de documents, photographies et enregistrements. Son centre international de recherche et son école d’enseignement jouent un rôle essentiel dans la formation des enseignants et dans la transmission de cette mémoire à l’échelle mondiale. Une dimension majeure de son action réside dans la reconnaissance des « Justes parmi les nations », ces hommes et ces femmes non juifs qui ont risqué leur vie pour sauver des Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale. Des milliers de noms ont été honorés, rappelant que, même au cœur de la barbarie, des actes de courage et de charité ont été accomplis.

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La réception de ces représentants par le pape Léon XIV s’inscrit dans une dynamique engagée depuis le concile Nostra Aetate, qui a profondément renouvelé les relations entre l’Église catholique et le judaïsme. Depuis lors, les souverains pontifes ont multiplié les gestes en faveur du dialogue, notamment par des visites à Yad Vashem et des prises de position fermes contre l’antisémitisme. Cette rencontre du 23 mars 2026 intervient dans un contexte marqué par la disparition progressive des derniers témoins directs de la Shoah, ce qui renforce encore la responsabilité des institutions dans la transmission de cette mémoire. Au-delà de sa portée diplomatique, cette audience rappelle une exigence fondamentale, celle de ne jamais oublier. La mémoire de la Shoah demeure un avertissement pour les générations présentes et futures. Dans un contexte où, en France comme plus largement en Europe et dans le monde, l’antisémitisme atteint des niveaux particulièrement préoccupants, nourri par des confusions et des instrumentalisations liées aux conflits contemporains, cette démarche de mémoire apparaît plus que jamais comme une nécessité.

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