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[ Edito ] Monaco : l’humilité devant l’Essentiel ou comment mettre la foi chrétienne au cœur de l’État

@tribunechretienne
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Critiquée et stigmatisée pour ses yachts de luxe, son casino et ses milliardaires, Monaco sait encore s’agenouiller devant Dieu quand d’autres donnent des leçons en Le rejetant

De Monaco par Quentin Finelli

Souvent vilipendée pour sa richesse, ses excès et son casino, la Principauté de Monaco rappelle pourtant, avec une simplicité désarmante, l’essentiel : même au sommet de l’opulence, l’homme demeure pauvre devant Dieu. Là où certaines sociétés, à commencer par la société française qui se veut fraternelle et inclusive, multiplient les leçons de morale tout en reléguant le fait religieux à la sphère privée, Monaco ose encore affirmer publiquement sa foi. Une fidélité discrète mais réelle, qui interroge notre époque et ses contradictions.

Il est des journées qui, par leur seule existence, constituent un argument. La visite du Souverain Pontife à Monaco en est une, et elle mérite qu’on s’y arrête, non par dévotion obligée, non par nostalgie d’un ordre ancien, mais parce qu’elle pose, avec une clarté désarmante, une question que nos sociétés occidentales préfèrent esquiver : qu’est-ce que vivre la foi, non seulement en son for intérieur, mais comme peuple, comme institution, comme État ?

Ce samedi 28 mars, la Principauté a accueilli le pape en liesse. Dans les rues d’un État dont la superficie tient dans quelques arrondissements parisiens, la foule s’est pressée, les familles se sont déplacées, les dignitaires ont incliné la tête. Ce n’était pas seulement une mise en scène protocolaire de plus. C’était l’article 9 de la Constitution monégasque prenant vie dans l’espace public, cet article qui dispose que la religion catholique, apostolique et romaine est la religion de l’État, sans pour autant opprimer quiconque dans sa conscience puisque l’article 23 garantit la liberté de culte.

Voilà qui devrait faire réfléchir les contempteurs d’une laïcité qu’ils peinent eux-mêmes à définir. Car lorsqu’ils évoquent la laïcité, ils ne parlent souvent pas de neutralité de l’État, ils parlent d’effacement du religieux, d’une sorte d’hygiène symbolique dont la France, notamment, se fait le laboratoire le plus agité.

Monaco, pour ses voisins, vient offrir une démonstration silencieuse et éclatante : un État peut reconnaître une foi tutélaire sans pour autant écraser ses minorités, sans instaurer de théocratie, sans réduire ses habitants représentant plus de 150 nationalités à une appartenance confessionnelle obligatoire.

Voilà un rappel précieux : la foi catholique n’écrase jamais. Elle propose, elle invite, elle implore parfois, mais elle ne contraint pas l’âme. Et le pape lui-même, dans ses prises de parole monégasques, a une fois encore ramené l’attention là où elle devrait toujours résider : vers les petits, les fragiles, ceux que la prospérité oublie dans ses marges.

Monaco, symbole mondial de la richesse concentrée, du luxe affiché, d’une vie qui n’a rien de monacale, reçoit le successeur de Pierre, écoute sa parole sociale, son appel à la sollicitude, son insistance sur la dignité de chacun. Ce n’est pas incongru : on doit y lire la preuve que la foi est un objet vivant, humain donc imparfait, traversé de contradictions, habité de tensions, et que c’est précisément en cela qu’elle est authentique.Certes, la vie à Monaco est fort éloignée de la règle bénédictine. Les critiques ne manquent pas, et elles peuvent être fondées. Mais ce qui mérite d’être vu, c’est cette fidélité têtue à l’esprit qui souffle dans les cœurs en quête de vérité. Une Principauté qui, malgré tout, maintient l’autel au centre de son identité constitutionnelle, et qui le manifeste sans complexe devant le monde entier.

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En France, pendant ce temps, le catholicisme connaît un paradoxe troublant : les catéchumènes sont en recrue, phénomène réel, statistiquement documenté, porteur de vie, et pourtant, pour la première fois de son histoire, le catholicisme représente moins de la moitié de la population. Ce n’est pas seulement une donnée sociologique. C’est le reflet d’une époque qui a fait de l’autonomie individuelle une religion de substitution, où chacun se croit fondé à se constituer son propre absolu, à se tenir lieu de Dieu à lui-même, sans compte à rendre, sans altérité transcendante.

Monaco rappelle ainsi, presque avec évidence tant cela est manifeste, que la vraie humilité, même pour le riche, réside dans la génuflexion sincère au pied de l’autel.

Non l’humilité de façade, non la prosternation sociale ou médiatique, mais celle du cœur qui reconnaît, dans l’intimité de sa propre pauvreté intérieure, qu’il n’est pas sa propre origine et qu’il ne sera pas sa propre fin. C’est le cœur, en définitive, qui témoigne vraiment. En transparence, malgré ses défauts, malgré ses péchés, et c’est précisément parce qu’il est imparfait qu’il se présente devant un Dieu unique dont la miséricorde est infinie. La foi catholique ne prétend pas rassembler des justes, elle rassemble des pécheurs qui savent qu’ils le sont et qui sont appelés à la sainteté, comme tous.

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