Dans un entretien accordé au média catholique espagnol Alfa y Omega, Edgard Iván Rimaycuna Inga, secrétaire personnel du pape Léon XIV, décrit une mission marquée par la discrétion, la fidélité et une proximité constante avec le Saint-Père. Derrière la figure publique du pape Léon XIV, se tient une présence discrète mais essentielle. Edgard Iván Rimaycuna Inga, prêtre péruvien et secrétaire personnel du Souverain Pontife, accompagne au quotidien celui qu’il a connu bien avant son élection.
« Personne n’enseigne à être le secrétaire du Pape », confie-t-il d’emblée. La fonction ne s’apprend pas, elle s’accueille comme un appel, survenant « d’un moment à l’autre », dans une forme de disponibilité totale. Cette dimension imprévisible traduit déjà une exigence spirituelle : celle de se tenir prêt à servir, sans s’appartenir. Pour exprimer le cœur de sa vocation, Edgard Iván Rimaycuna Inga se tourne vers deux figures bibliques. Saint Joseph, d’abord, modèle d’un silence habité et d’une présence protectrice. Puis saint Jean-Baptiste, dont il reprend les paroles comme une règle de vie : « Conviens que je diminue et que lui croisse ». Cette citation, qu’il place au centre de sa mission, en donne la clé profonde.
Être secrétaire du Pape, explique-t-il, consiste à pratiquer « l’art d’être là et de ne pas être là à la fois ». Une tension constante entre action et effacement, où l’efficacité du service doit s’effacer derrière la personne du Pontife. « Ma mission est d’être en second lieu pour que le centre de l’attention soit l’autre », précise-t-il. Une formule qui traduit une véritable ascèse, celle d’un service où toute recherche de visibilité disparaît.
Cette logique d’effacement n’est pas seulement fonctionnelle, elle s’inscrit dans une vision plus large du service ecclésial. Elle rappelle que, dans l’Église, l’autorité elle-même s’ordonne à une autre réalité, celle du Christ et de la mission confiée. Le secrétaire, à sa manière, participe de cet ordre en veillant à ce que rien ne vienne détourner l’attention de celui qui porte la charge du gouvernement universel. Mais au-delà de la fonction, le témoignage d’Edgard Iván éclaire aussi la personne du pape Léon XIV. Interrogé sur ce qui a changé depuis son élection, il répond sans hésitation : « Il n’a changé que de vêtement, il est passé au blanc, et il a changé de charge ». Une affirmation qui rejoint une autre formule qu’il répète : « Tout demeure ». Selon lui, le Souverain Pontife a conservé intacte son identité pastorale. « C’est un homme proche, tranquille, toujours disponible », affirme-t-il. Cette proximité ne relève pas d’une stratégie, mais d’une disposition intérieure ancienne. Déjà au Pérou, à Chiclayo, il se distinguait par « une grande capacité d’écoute » et une attention constante aux personnes.
Aujourd’hui encore, malgré « toute l’activité intense du travail et le rythme des activités », le Pape « trouve toujours un temps pour s’occuper des gens, pour écouter ». Dans un pontificat marqué par de nombreuses sollicitations, ce choix d’accorder du temps à chacun apparaît comme un signe significatif. Il traduit une conception du ministère pétrinien où la rencontre personnelle demeure essentielle. Le secrétaire met également en lumière une dimension culturelle du pontificat. Léon XIV, explique-t-il, conjugue « la praticité américaine » avec une proximité plus marquée, héritée de son expérience en Amérique latine. « Nous sommes habitués à la proximité physique, au contact proche », souligne-t-il.
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Cette double influence se manifeste dans des gestes simples mais constants. « Il cherche toujours à saluer, à sourire, à donner une parole d’encouragement ou une phrase, ou un petit geste, toujours », précise Edgard Iván. Dans une époque souvent attentive aux grandes orientations et aux déclarations officielles, ces gestes discrets apparaissent comme une dimension essentielle du ministère du Pape. Ils participent d’une forme de « diplomatie du geste », où la proximité ne contredit pas la sobriété, mais l’accompagne. Là encore, « tout demeure » : une manière d’être façonnée par l’expérience pastorale, désormais déployée à l’échelle universelle.
La mission du secrétaire s’étend enfin à une dimension plus cachée, mais tout aussi décisive : la protection du temps et du repos du Pontife. Edgard Iván Rimaycuna Inga se considère comme celui qui doit « l’aider à chercher et à obtenir le repos nécessaire ». Dans un contexte de sollicitations constantes, cette tâche prend une importance particulière. Elle touche à l’équilibre même du ministère pétrinien, qui ne peut s’exercer durablement sans une vie intérieure préservée. En veillant à cet équilibre, le secrétaire participe indirectement à la mission du Pape, en permettant au pasteur de demeurer disponible et lucide dans son service.
Alors que se prépare un voyage apostolique en Espagne, Edgard Iván y voit avant tout « la proximité du pasteur envers son peuple ». Il souligne le désir du Saint-Père de manifester sa gratitude envers une terre qui a donné à l’Église des saints « de grand poids par leur doctrine et leur sainteté de vie ». À travers ce témoignage, se dessine ainsi une vision du pontificat marquée par la continuité, la simplicité et une attention constante aux personnes. « Conviens que je diminue et que lui croisse » : la parole de Jean-Baptiste, reprise par le secrétaire, semble résumer non seulement sa propre mission, mais aussi, en filigrane, une certaine manière de servir l’Église aujourd’hui.
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