Par Philippe Marie
Évoquée lors de la dernière séance plénière des évêques à Lourdes, la question de la liturgie est aujourd’hui au cœur des préoccupations des évêques de France. Sans attendre le prochain consistoire du mois de juin, nous savons que le cardinal Jean-Marc Aveline y travaille. Il écoute, il réfléchit, et il aura la lourde responsabilité de composer avec les différentes sensibilités au sein même des évêques de France, qui reflètent elles-mêmes la diversité des sensibilités des fidèles au sein de l’Église. Mais la liturgie est-elle seulement une question de sensibilité ?
Ne va-t-elle pas bien plus loin, jusque dans l’essence même de la célébration eucharistique et dans le sens que donnent les détails du canon romain à la célébration ? C’est en effet bien plus qu’une bataille de missel, d’origines sociales ou même de positionnement politique. Et même si, dans certains cas, la liturgie traditionnelle peut être interprétée, voire récupérée, comme un simple marqueur identitaire, elle est par nature au-delà de ces partis pris bassement humains. Elle touche à quelque chose de plus profond, de plus essentiel, qui dépasse les logiques de camps ou d’oppositions.
C’est donc à cette question capitale que le cardinal Jean-Marc Aveline doit réfléchir, avec un impératif, l’un des rares sur lesquels le pape Léon XIV ne transigera pas : l’unité de l’Église de France. Tout doit y concourir, non pas à n’importe quel prix, mais par toutes les bonnes volontés. Non pas pour une unité de façade, mais pour une véritable union spirituelle, au-delà de la simple communion d’idées.
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On connaît l’aptitude du cardinal archevêque de Marseille à dialoguer avec chacun, à tendre la main à l’autre. On peut donc espérer que cette disposition au dialogue le conduira, avec les autres évêques, à définir une ligne véritablement inclusive pour les fidèles attachés à la tradition. Cela passe nécessairement par l’acceptation de leur liturgie, fondement de leur foi. Le célèbre « todos, todos, todos », cette Église ouverte à « tous, tous, tous » voulue par le pape François, doit aussi s’appliquer à ces fidèles qui ne demandent rien d’autre que de prier et de louer le Seigneur selon le rite tridentin, qui, de l’avis de beaucoup, n’est une offense pour personne, bien au contraire.
Il y aura toujours des voix qui, gonflées d’idéologie, chercheront à déconstruire, à opposer, comme elles le font sur d’autres thématiques de l’Église, notamment celle de l’ordination des femmes. Elles trouvent parfois un écho dans certains médias dits catholiques, qui en viennent à transformer le magistère de l’Église en mode d’emploi avec mise à jour quasi automatique chaque année. Dans ce contexte, et face à ces chantres du modernisme à tout va, l’attente est grande. L’on espère que les conclusions et les propositions qui seront faites au Saint-Père permettront à toutes les sensibilités de se retrouver dans une évolution attendue, comme une réponse claire à ce désir d’unité, ce désir de marcher ensemble, oui, mais pas dans n’importe quelle direction.


