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Suaire de Turin : une nouvelle étude ADN renforce la piste du Moyen-Orient et relance le débat scientifique

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Un environnement salin compatible avec la région de la mer Morte

Une nouvelle recherche scientifique sur le Suaire de Turin vient raviver un débat ancien, mais jamais clos. Dix-neuf chercheurs issus d’universités internationales, coordonnés par le généticien Gianni Barcaccia, ont analysé des échantillons prélevés dès 1978. Leurs conclusions, actuellement disponibles en prépublication, apportent un élément de poids : une forte présence d’ADN d’origine moyen-orientale. Cette étude s’inscrit dans la continuité des travaux menés depuis plusieurs décennies sur le célèbre linge, vénéré par de nombreux chrétiens comme le linceul du Christ. Elle relance surtout la question de son authenticité, contestée depuis la datation au carbone 14 réalisée en 1988, qui situait sa fabrication au Moyen Âge.

Les chercheurs confirment la prédominance de lignées génétiques typiques du Proche-Orient. Parmi elles, l’haplogroupe H33, fréquent notamment chez les populations druzes, mais aussi lié génétiquement à des groupes juifs et levantins. Ces résultats suggèrent que le tissu a été en contact, à un moment de son histoire, avec des populations de cette région. Ils viennent ainsi conforter l’hypothèse d’un passage du Suaire au Moyen-Orient, possiblement dès les premiers siècles. Autre élément notable, la présence significative d’ADN d’origine indienne, déjà mise en évidence dans une étude précédente. Les chercheurs avancent une explication historique : le lin utilisé pourrait provenir de régions proches de la vallée de l’Indus, connues dans l’Antiquité pour la qualité de leurs textiles, largement exportés vers le bassin méditerranéen.

L’analyse microbiologique apporte également des indices intéressants. Le Suaire présente des traces d’archées halophiles, des micro-organismes adaptés aux milieux fortement salins. Selon les auteurs, cela pourrait indiquer une conservation dans un environnement de type salin, comparable à celui de la région de la mer Morte. Cette donnée, si elle se confirme, renforcerait encore l’ancrage oriental du parcours historique du tissu.

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Face à ces conclusions, les critiques n’ont pas tardé. Certains chercheurs, notamment spécialisés en ADN ancien, rappellent que le Suaire a été manipulé par de nombreuses personnes au fil des siècles, ce qui a entraîné une contamination importante. L’analyse révèle en effet une grande diversité biologique : ADN humain provenant de multiples individus, mais aussi traces d’animaux domestiques et sauvages, de poissons, d’insectes et de nombreuses espèces végétales. Une véritable « archive biologique » accumulée au fil du temps. Pour les sceptiques, cette complexité rend extrêmement difficile l’identification de l’ADN originel du tissu, et limite la portée des conclusions.

Les défenseurs de l’authenticité du Suaire soulignent cependant que cette contamination massive pourrait précisément expliquer les résultats de la datation au carbone 14 de 1988. Aujourd’hui, de nombreux laboratoires reconnaissent que les textiles anciens contaminés peuvent produire des datations erronées, en particulier lorsqu’ils ont été manipulés ou restaurés. De fait, une étude publiée en 2019 dans la revue Archaeometry avait déjà remis en question la fiabilité des analyses de 1988, en s’appuyant sur les données brutes obtenues auprès du British Museum. Cette nouvelle recherche ne met pas fin à la controverse, mais elle en déplace les lignes. Elle apporte des éléments supplémentaires en faveur d’une origine orientale du Suaire, tout en mettant en lumière la complexité extrême de son étude scientifique. Entre indices convergents et limites méthodologiques, le Suaire de Turin demeure un objet unique, à la croisée de la science, de l’histoire et de la foi. Et, comme souvent dans ce dossier, chaque avancée semble ouvrir autant de questions qu’elle n’apporte de réponses.

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