Par Philippe Marie
On aurait presque pu croire, un instant, à un poisson d’avril. À lire l’article de La Croix, publié ce 1er avril 2026, tout semble réuni pour mettre en exergue une insatisfaction parfaitement orchestrée, construite, amplifiée. Comme si, dès l’annonce du dispositif « Renaître », la conclusion était déjà écrite, condamnation immédiate, sans appel.
Car enfin, que lit-on ? Une annonce « reçue comme un choc », provoquant « stupeur et incompréhension ». Des personnes « abattues », « blessées », « en colère ». Un « consensus contre ce dispositif ». Puis viennent les accusations, « manque d’indépendance », Église « juge et partie », absence de consultation, choix des mots contesté, jusqu’au nom lui-même, « Renaître », jugé « un affront ».
Rien ne semble trouver grâce.
Il faut le redire avec force, ces personnes ont vécu un drame. Cela ne se discute pas. Mais à lire l’ensemble de ces réactions, une question s’impose, dérangeante mais nécessaire. Cherche-t-on encore une réparation, ou bien autre chose ?On a parfois le sentiment que l’objectif n’est plus seulement la reconnaissance du mal subi, mais qu’il s’agit de faire payer, non pas dans une logique de réparation, mais comme pour assouvir une forme de revanche contre l’Église. Où cela mène-t-il ? Car à ce rythme, les reproches seront sans fin. Rien ne sera jamais suffisant. Tout sera toujours jugé imparfait. Et de fait, certains, très présents sur les réseaux sociaux, commentant quasi quotidiennement les abus dans l’Église, semblent s’être installés dans une posture permanente de dénonciation. Comme si la critique était devenue une vocation en soi, une activité constante, presque structurante.
Beaucoup, parmi eux, ont des parcours de vie difficiles, parfois marqués par l’épreuve, notamment celle de la maladie. Cela appelle le respect. Mais cela ne répond pas à une autre question, pourquoi vouloir, à tout prix, faire porter à l’Église d’aujourd’hui le poids total du passé ?
Les évêques actuels peuvent-ils indéfiniment subir, sans distinction, les horreurs commises par d’autres, parfois des décennies auparavant ? La notion de « responsabilité collective » trouve ici ses limites. Elle ne peut devenir une condamnation permanente, indistincte, sans horizon.
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Et pendant ce temps, certaines critiques semblent glisser vers d’autres combats, d’autres revendications, dépassant largement la seule question des abus. Cette évolution interroge. Il faut également s’interroger sur le rôle de certains relais. Des médias se présentant comme catholiques, des religieux, des religieuses, qui affirment œuvrer pour l’unité de l’Église, tout en alimentant, parfois, une contestation systématique. Une unité proclamée, mais à leur manière, selon leurs propres lignes, au risque d’accentuer les fractures.
Pendant ce temps, les évêques rappellent que « la mise en œuvre reste à construire », que le dialogue avec les personnes concernées est encore possible, que le dispositif n’est pas figé. Ces éléments, pourtant essentiels, semblent relégués au second plan.
Alors que cherchez-vous ?
Car si toute proposition est rejetée, si chaque avancée est disqualifiée, si aucun cadre ne peut être accepté, alors il ne s’agit plus seulement d’exiger justice, mais d’entrer dans une logique où rien ne pourra jamais suffire. La justice, la vraie, vient du ciel et avec elle la vraie réparation. L’Église, malgré ses fautes passées, ne peut être indéfiniment sommée de répondre au-delà de toute mesure.Sans cela, le risque est grand de voir s’installer une impasse durable, où la réparation devient impossible, non pas faute de volonté, mais parce que l’exigence elle-même ne connaît plus de limite et se transforme en haine.


