Une décision rendue mi-avril et confirmée publiquement le 21 avril 2026 consacre le droit de critiquer le mouvement, jusqu’à le qualifier de « secte destructrice », au nom de la liberté d’expression. C’est une décision qui pourrait marquer un tournant. Le 16 avril 2026, la Cour provinciale de Madrid (Audiencia Provincial de Madrid) a confirmé en appel un jugement de première instance remontant à fin 2023, donnant raison à l’Association espagnole des victimes des Témoins de Jéhovah. L’arrêt, rendu public le 21 avril 2026, constitue un revers notable pour les Témoins de Jéhovah.
Au cœur de l’affaire : une action en justice engagée par six membres espagnols du mouvement, qui contestaient non seulement les critiques formulées à leur encontre, mais aussi l’usage du terme « victimes » dans le nom même de l’association. Ils demandaient notamment la dissolution de cette structure, estimant que cette appellation portait atteinte à leur honneur et à celui de leur communauté. La justice espagnole a toutefois rejeté ces arguments avec fermeté. Dans sa décision, la cour considère que se dire « victime » des Témoins de Jéhovah, ou encore qualifier l’organisation de « secte destructrice », relève pleinement de la liberté d’expression. Les juges vont plus loin en soulignant que cette liberté s’applique « même si cela est désagréable ou blessant » pour le groupe concerné.
L’arrêt insiste également sur le fait que ces propos s’inscrivent dans un débat d’intérêt général. Il reconnaît explicitement la légitimité de discours estimant que l’appartenance aux Témoins de Jéhovah « peut porter atteinte à la santé, mettre en danger la vie des personnes ou créer des victimes ». Une formulation particulièrement forte, qui contribue à donner une portée significative à cette décision. Ce jugement intervient dans un contexte où le mouvement fait l’objet de critiques récurrentes.
Lire aussi
Fondés au XIXe siècle aux États-Unis, les Témoins de Jéhovah se présentent comme les restaurateurs d’un christianisme originel. Mais leurs pratiques, souvent jugées rigoristes, suscitent régulièrement des accusations de dérives, notamment en matière de rupture familiale ou de pression sociale interne.
L’affaire met aussi en lumière une stratégie judiciaire contestée. En multipliant les actions en justice contre leurs détracteurs, les Témoins de Jéhovah ont longtemps tenté de dissuader les critiques publiques. Or, dans ce cas précis, cette démarche semble avoir produit l’effet inverse : non seulement les accusations ont été médiatisées, mais elles se trouvent désormais validées, dans leur principe, par une décision de justice. Pour les représentants de l’association de victimes, cette décision constitue une reconnaissance majeure. Elle légitime une parole longtemps marginalisée et ouvre la voie à une structuration plus visible des anciens membres. Déjà, des initiatives similaires ont vu le jour à l’étranger, notamment en Amérique latine.
Reste que cette affaire pourrait ne pas s’arrêter là. Un recours devant le Tribunal suprême espagnol demeure possible, voire, à terme, devant la Cour européenne des droits de l’homme. D’ici là, cette décision fait figure de précédent : elle établit qu’en Espagne, une organisation religieuse, même reconnue, peut être publiquement qualifiée de « secte destructrice » sans que cela constitue nécessairement une atteinte illégitime à son honneur. Pour les Témoins de Jéhovah, l’enjeu est désormais double : défendre leur image tout en faisant face à une critique qui, désormais, bénéficie d’un appui judiciaire. Une situation qui pourrait durablement fragiliser la perception du mouvement dans l’opinion publique.


