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[ Vidéo ] La croix assimilée au nazisme ? le scandale d’un amalgame médiatique indéfendable

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Les symboles nazis sont indissociables d’une idéologie de haine, de domination et de destruction. Confondre les deux, même par insinuation, revient à banaliser l’un et à dénaturer l’autre : c'est une véritable profanation intellectuelle

Ce mercredi 22 avril 2026, un seuil inquiétant semble avoir été franchi dans l’information ou plutôt dans la désinformation. Le reportage diffusé par M6 suggère un parallèle entre des croix chrétiennes portant l’inscription « Ave Christus Rex » (« Salut, Christ Roi ») et des autocollants néonazis tels que « Nice c’est l’Allemagne ». quel est le lien ? Depuis quand la croix serait-elle un symbole nazi ?

Les faits, eux, sont précis. Ces dernières semaines, au sommet du baou de Saint-Jeannet, près de Nice, dans les Alpes-Maritimes, deux croix ont été successivement installées . La première a été retirée, la seconde sciée. L’affaire a suscité une polémique au regard de la loi de 1905, qui encadre strictement la présence de signes religieux dans l’espace public, notamment dans une zone classée Natura 2000. Que cette initiative puisse être discutée, critiquée, voire contestée légalement, personne ne le nie sérieusement. La question de la laïcité, du respect des espaces naturels et des formes d’expression religieuse dans l’espace public est légitime. Mais c’est précisément là que le débat doit rester rigoureux.

Car ce qui choque profondément, c’est le glissement opéré, notamment dans l’intervention du sociologue Erwan Lecœur : établir un rapprochement entre ces croix chrétiennes et l’idéologie néonazie. Mettre sur le même plan une croix, fût-elle revendiquée de manière militante, et des slogans comme « Nice c’est l’Allemagne » relève d’un raccourci intellectuel d’une extrême gravité.

La croix est, depuis deux millénaires, le cœur du christianisme. Elle renvoie au sacrifice du Christ, à l’amour offert jusqu’au bout, à la rédemption. La charger d’une connotation morbide et totalitaire, c’est non seulement méconnaître son sens, mais aussi brouiller dangereusement et volontairement les repères historiques, moraux et religieux.

Les symboles nazis, eux, sont indissociables d’une idéologie de haine, de domination et de destruction. Confondre les deux, même par insinuation, revient à banaliser l’un et à dénaturer l’autre : c’est une véritable profanation intellectuelle

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Derrière ce type de rapprochement, il y a plus qu’une simple maladresse : il y a une déformation du réel qui empêche toute compréhension sereine. Oui, la société est traversée de tensions, oui certaines formes d’expression religieuse peuvent être discutées, mais cela n’autorise en rien à projeter sur des gestes de foi, même contestables, l’ombre des totalitarismes. D’autant que, sur le terrain, les réactions traduisent cette fracture. Certains habitants dénoncent une initiative maladroite, voire provocatrice. D’autres condamnent fermement la destruction de la croix, y voyant un acte de vandalisme. Comme l’a résumé un responsable politique local, qu’on soit croyant ou non, « cette croix ne portait atteinte à personne ».

C’est là peut-être le point essentiel : une croix plantée sur un sommet n’a jamais persécuté, jamais exterminé, jamais imposé une idéologie de mort. Elle peut interroger, déranger, être contestée dans sa forme ou sa légalité. Mais elle ne peut être honnêtement assimilée à ce que l’histoire européenne a produit de plus sombre. Cet amalgame constitue en réalité une synthèse de la malhonnêteté intellectuelle qui affecte certaines analyses contemporaines : tout y est confondu, les symboles, les valeurs, l’amour et la haine, dans une indistinction qui détruit le sens même des mots et des réalités. En mélangeant ainsi ce qui relève du don et ce qui relève de la destruction, on ne produit pas de la compréhension, mais de la confusion. Et à la fin, il faut avoir le courage de le dire clairement : la haine n’est pas du côté de la croix. Elle est du côté de ceux qui la dénaturent.

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