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« Un salaire de 14 000 € par mois » : le cardinal Marx au cœur du scandale des salaires et des dérives de l’Église allemande

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Archevêque de Munich et Freising, à la tête de l’un des diocèses les plus riches d’Europe, il se trouve aujourd’hui au cœur d’une double controverse, à la fois financière et doctrinale

Ces dernières semaines, le cardinal Reinhard Marx a franchi une nouvelle étape en demandant à ses prêtres d’intégrer dans leur pratique pastorale des bénédictions de couples homosexuels et de divorcés remariés. Une orientation assumée, inscrite dans le « chemin synodal » allemand, mais qui fracture profondément l’Église, plusieurs diocèses refusant de suivre cette ligne. Dans le même temps, la question de son niveau de vie revient avec insistance. Et pour comprendre cette réalité, il faut rappeler un élément central : en Allemagne, l’Église est financée en grande partie par l’impôt ecclésiastique, le Kirchensteuer, qui représente environ 8 à 9 % de l’impôt sur le revenu et est directement prélevé par l’État.

Ce système assure chaque année des milliards d’euros à l’institution. Il crée aussi une relation structurelle étroite entre l’Église et les mécanismes publics, plaçant de facto son fonctionnement au cœur d’un environnement politique et administratif dont elle dépend largement. Dans ce cadre, les évêques sont rémunérés selon des grilles proches de celles de la haute fonction publique, avec des revenus comparables à ceux des dirigeants politiques régionaux, entre 10 000 et 18 000 euros mensuels, auxquels s’ajoutent de nombreux avantages matériels. Le cardinal Marx, en raison du poids économique exceptionnel de son diocèse, est régulièrement associé aux niveaux les plus élevés de cette échelle soit « un salaire de 14 000 € par mois » selon la presse allemande. Précisons qu’en 2023, l’archidiocèse de Paderborn a enregistré un excédent de 77 millions d’euros. Paderborn reste ainsi le diocèse le plus riche d’Allemagne.

Mais c’est précisément cette imbrication entre financement public, environnement sociétal pro LGBT et orientations pastorales qui alimente aujourd’hui les critiques. Car l’Église allemande évolue dans une société où les questions liées à la sexualité, à l’identité et aux revendications gay occupent une place centrale dans le débat politique et culturel. Dans ce contexte, certains observateurs dénoncent une forme de soumission progressive. La décision du cardinal Marx de structurer et généraliser les bénédictions de couples non conformes à l’enseignement traditionnel apparaît comme un symptôme de cette évolution.

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Elle ne serait pas seulement une réponse pastorale, mais aussi l’expression d’un alignement croissant sur les normes dominantes de la société allemande et plus largement de l’occident

À cela s’ajoute le rôle de multiples acteurs influents, comités, fondations, structures engagées dans le débat public, qui contribuent à façonner le climat dans lequel évolue l’Église. Beaucoup évoquent une  » interdépendance » entre le lobby LGBT gros pourvoyeur de fonds et l’Eglise Allemande. Le cardinal Marx défend pour sa part une approche pastorale qu’il présente comme ouverte et inclusive au nom du  » todos, todos, todos » de François. .Mais cette ligne divise et révèle une fracture profonde au sein de l’Église.

Au-delà de sa personne, c’est tout un modèle qui est aujourd’hui interrogé. Un modèle où l’Église, fortement financée par un système fiscal encadré par l’État, évolue dans un environnement culturel et politique structurant, au point de susciter des doutes sur sa capacité à maintenir une pleine indépendance doctrinale.

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