La rencontre entre le pape Léon XIV et Sarah Mullally, récemment installée à la tête de la Communion anglicane, se voulait un moment de prière et de dialogue. Pourtant, derrière les formules diplomatiques, une réalité plus profonde affleure. Lorsque le pape évoque des « problèmes nouveaux » compliquant le chemin vers l’unité, il ne parle pas dans le vide. Depuis plusieurs décennies, le dialogue entre catholiques et anglicans est confronté à des divergences doctrinales de plus en plus marquées, qui ne sont plus périphériques mais touchent au cœur même de la foi et des sacrements.
Parmi ces points de rupture, l’un des plus graves demeure l’ordination des femmes. Introduite progressivement dans la Communion anglicane à partir de la fin du XXᵉ siècle, elle a culminé avec la possibilité d’ordonner des femmes évêques, jusqu’à voir aujourd’hui une femme occuper la primauté de Canterbury. Pour la doctrine catholique, la question est tranchée de manière définitive : l’Église n’a pas le pouvoir de conférer l’ordination sacerdotale aux femmes. Ce n’est ni une discipline changeable ni une simple tradition, mais un point lié à la nature même du sacrement.
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Dans cette perspective, la fonction revendiquée par Sarah Mullally ne peut être reconnue comme équivalente à celle d’un évêque au sens catholique. Plus encore, les ordinations anglicanes elles-mêmes ont été déclarées invalides dès le XIXᵉ siècle. C’est dans ce contexte qu’une image récente a suscité un malaise : celle de Sarah Mullally accomplissant un geste de bénédiction près de la tombe de l’apôtre Pierre, tandis qu’un prélat catholique s’incline. Le problème ici n’est pas une question de courtoisie ou de dialogue interconfessionnel. Il touche à la signification même des signes liturgiques. Dans la tradition catholique, un tel geste est intrinsèquement lié au sacerdoce. Voir ce geste posé par une personne qui n’est pas reconnue comme ordonnée, et reçu comme tel par un évêque, ne peut qu’introduire une confusion profonde chez les fidèles.
Dès lors, la question posée par les paroles du pape prend un relief particulier. Les « problèmes » évoqués sont-ils seulement abstraits, ou bien incarnés dans des choix concrets qui éloignent toujours davantage les deux traditions ? Sans affirmer explicitement que Sarah Mullally était elle-même visée, il est difficile de ne pas voir dans sa présence un symbole puissant de ces divergences. L’unité des chrétiens ne peut se construire au prix de la vérité. C’est ce que rappelait déjà le concile Vatican II dans le décret Unitatis Redintegratio : le véritable œcuménisme exige fidélité à la foi reçue. Dès lors, une question demeure, incontournable : peut-on réellement parler d’unité lorsque les fondements mêmes du sacrement de l’ordre sont compris de manière opposée ? Et plus directement encore, une fonction issue de décisions unilatérales et contraires à la tradition apostolique peut-elle être considérée comme légitime, ou n’est-elle qu’une auto-attribution sans reconnaissance réelle du point de vue catholique ?


