En ce début du mois de mai 2026, l’Ordre des Chartreux s’apprête à tenir son Chapitre général à la Grande Chartreuse, en Isère. Cette assemblée réunira les responsables de l’ordre afin d’examiner plusieurs questions liées à la vie cartusienne, dont de possibles modifications de l’Office divin, la prière quotidienne propre aux moines. Le lieu de cette réunion n’est pas anodin. La Grande Chartreuse, située à Saint-Pierre-de-Chartreuse, au pied du Grand Som, est le premier monastère de l’ordre et sa maison-mère. Fondée en 1084 par saint Bruno le Chartreux et six compagnons, avec le soutien de l’évêque Hugues de Grenoble, elle demeure le centre spirituel et institutionnel des Chartreux.
Depuis ses origines, l’ordre se distingue par une forme de vie singulière, entre solitude érémitique et vie communautaire. Les moines vivent principalement retirés dans leur cellule, tout en se retrouvant pour certains offices et moments communs. Cette vocation explique l’importance centrale de la liturgie, qui structure la journée sans rompre l’esprit de silence propre à la tradition cartusienne. La Grande Chartreuse est aussi associée à une forte continuité historique. Malgré les destructions, les incendies, l’expulsion des moines sous la Révolution française puis en 1903, l’ordre a conservé une identité liturgique très stable. Cette stabilité est souvent résumée par la formule : « Numquam reformata, quia numquam deformata », « Jamais réformée, parce que jamais déformée ».
Les changements envisagés aujourd’hui ne concerneront pas la messe, mais uniquement l’Office divin. Le Missale Cartusiense, dont la dernière édition remonte à 2021, ne serait donc pas directement touché par ces travaux.
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Selon les informations disponibles, deux principaux ajustements seront examinés. Le premier porterait sur l’Office de la Pentecôte, qui pourrait être enrichi par l’ajout de psaumes spécifiques accompagnés de leurs antiennes propres. Le second concernerait certaines oraisons élaborées après le Concile Vatican II, qui pourraient être légèrement révisées afin d’être rendues plus fidèles aux sources liturgiques traditionnelles. Ces modifications resteraient donc limitées. Elles ne s’inscriraient pas dans une réforme générale du rite cartusien, mais dans un travail interne de précision et d’ajustement. Leur origine est également importante, les propositions viendraient de l’intérieur même de l’Ordre des Chartreux, et non d’une demande extérieure imposée aux moines.
Si elles sont adoptées par le Chapitre général, ces modifications devront ensuite être soumises au Dicastère pour le Culte divin et la Discipline des Sacrements. Le Saint-Siège aura donc le dernier mot avant toute mise en application officielle. Cette étape romaine suscite cependant quelques interrogations. Certains observateurs évoquent la possibilité d’une harmonisation partielle avec la liturgie romaine, parfois appelée « romanisation ». Des signes de ce rapprochement auraient déjà été observés dans certaines évolutions récentes du missel cartusien. À ce stade, aucune décision définitive n’a été annoncée. Le Chapitre général de mai 2026 devra d’abord examiner ces propositions, puis les voter. Ce n’est qu’après une éventuelle approbation romaine que les changements pourront entrer effectivement dans la pratique liturgique de l’ordre.


