Après un refus opposé par la RATP, le 4 mars dernier , qui avait estimé que notre campagne présentait un caractère confessionnel incompatible avec le principe de neutralité des espaces publicitaires, la décision de la Mairie de Paris vient désormais donner à cette affaire une dimension nouvelle, plus grave encore, en étendant cette interdiction à l’ensemble de ses supports d’affichage. Le refus de la RATP était déjà explicite. Il visait la présence de la croix dans notre logo, la mention de « l’actualité des chrétiens en France et dans le monde » et certaines formules inspirées de l’Évangile. Il nous était alors demandé de transformer profondément notre message pour le rendre prétendument « neutre et universel », autrement dit de renoncer à toute référence chrétienne. Une procédure est aujourd’hui en cours pour contester cette décision.
La réponse de la Mairie de Paris franchit un seuil supplémentaire. Dans sa réponse officielle, le service juridique précise que :
« Après examen, la Ville de Paris estime que cette campagne, dans sa version actuelle, ne peut être autorisée sur les emplacements relevant de la convention. Les éléments à caractère religieux qu’elle comporte (en particulier la croix chrétienne et la citation de l’évangile de Jean) sont incompatibles avec les dispositions de l’article 28 de la loi du 9 décembre 1905, qui interdit l’apposition de signes ou emblèmes religieux sur tout emplacement public. L’article 4 de la convention, aux termes duquel la société co-contractante n’affiche aucune publicité interdite par la réglementation en vigueur, trouve ici à s’appliquer.
Nous vous invitons en conséquence à solliciter l’annonceur pour une modification du visuel, portant a minima sur le retrait de la croix et de la citation évangélique. À titre subsidiaire, la mention « Avec Tribune Chrétienne, faisons sortir la Vérité de l’ombre » devrait également être supprimée. »
Ainsi, il ne s’agit plus seulement d’une interprétation extensive du principe de neutralité, mais bien d’une demande explicite de suppression de la croix et de toute référence à l’Évangile. Ce qui est en cause n’est pas une maladresse, ni un excès, mais l’identité même de notre média.
Le visuel proposé ( le même que celui présenté à la RATP) n’avait pourtant rien d’exceptionnel. Il présentait simplement le nom de Tribune Chrétienne, son adresse, sa ligne éditoriale et son logo. Il ne comportait ni message politique, ni appel militant, ni provocation d’aucune sorte. Il relevait de ce que font quotidiennement des centaines de publications dans l’espace public. Mais à la différence de tant d’autres, il assumait clairement une identité chrétienne. C’est précisément cela qui semble aujourd’hui poser problème.
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Comment ne pas s’étonner, voire s’indigner, d’une telle rigueur appliquée à une simple croix, quand, dans le même temps, l’espace public parisien accueille sans difficulté des campagnes autrement plus marquées, militantes, provocatrices, et souvent bien éloignées de toute forme de neutralité ? Cette différence interroge. Elle laisse penser que la neutralité invoquée n’est pas un principe constant, mais une exigence à géométrie variable. On se souvient d’ailleurs qu’au nom d’une prétendue universalité, lors des Jeux olympiques d’été de 2024, la croix du dôme des Hôtel des Invalides avait été effacée des représentations et de plusieurs visuels officiels. Ce précédent, qui avait déjà suscité une légitime indignation, prend aujourd’hui un relief particulier. Il semble s’inscrire dans une tendance plus large où les symboles chrétiens sont » naturellement » écartés de l’espace visuel public et ce dans une « sur-interprétation » de la neutralité pleinement assumée.
La loi du 9 décembre 1905 est ici convoquée comme un fondement juridique incontestable. Mais encore faut-il en respecter l’esprit. Cette loi garantit la liberté de conscience et organise la séparation de l’État et des cultes ; elle ne vise pas à effacer toute expression religieuse de l’espace public, encore moins à contraindre des acteurs privés à renoncer à leur identité. L’interprétation qui en est faite dans ce cas semble transformer un principe de liberté en instrument de restriction. Au fond, la question posée est simple et grave. Un média chrétien a-t-il encore le droit, en France, de se présenter comme tel dans l’espace public ? Peut-il afficher son nom, son orientation, son symbole, sans être sommé de les faire disparaître ?
Cette persécution sournoise qui dévie le droit pour servir une idéologie finit par transformer un principe de liberté en instrument d’effacement culturel et spirituel.
Face à cette décision, qui s’ajoute à celle déjà contestée de la RATP, nous ne pouvons rester sans réponse. Une procédure sera également engagée à l’encontre de la Mairie de Paris afin de faire reconnaître nos droits et de contester une interprétation de la laïcité profondément contestable. Il ne s’agit pas ici de revendiquer un privilège, mais de défendre une liberté élémentaire, celle d’exister et de s’exprimer sans avoir à dissimuler ce que l’on est. Refuser une croix, refuser une référence à l’Évangile, refuser le mot même de « chrétien » dans l’espace public, ce n’est pas protéger la neutralité, c’est instaurer un effacement revendiqué et pour les chantres du tout » inclusif » et de l’égalité des chances c’est une profonde injustice.


