Entre adaptation aux standards internationaux et exigences liées à la mission de l’Église, le modèle vatican évolue dans un environnement toujours plus exigeant. Ainsi le Vatican a publié le 30 avril le rapport annuel de l’Autorité de Supervision et d’Information Financière (ASIF), confirmant une hausse des signalements d’activités suspectes en 2025. Au total, 78 cas ont été recensés, contre 43 l’année précédente, une augmentation que les autorités attribuent à l’amélioration des capacités de détection ainsi qu’aux ajustements opérés après la phase de stabilisation observée en 2024.
Cette progression s’inscrit dans un cadre de vigilance accrue, marqué par un affinement des procédures internes et un suivi plus structuré des opérations financières. L’ASIF souligne notamment le rôle du registre central permettant d’identifier les acteurs impliqués dans les activités financières, ainsi que le contrôle des flux en espèces. À ce titre, 196 entrées de liquidités supérieures à 10 000 euros ont été enregistrées au cours de l’année, témoignant d’une attention particulière portée aux mouvements transfrontaliers. Malgré cette augmentation des signalements, le niveau de risque global demeure jugé contenu. Le financement du terrorisme est considéré comme faible, tandis que le risque de blanchiment est évalué comme moyen-faible. Cette situation s’explique en partie par une meilleure qualité d’analyse et une classification plus précise des opérations, qui permettent d’identifier plus efficacement les cas potentiellement problématiques.
La majorité des signalements concerne des transactions présentant des caractéristiques inhabituelles, telles qu’une complexité excessive, une absence de justification économique ou une incohérence avec l’activité déclarée des parties concernées. Les opérations internationales et celles impliquant des flux en espèces figurent parmi les plus surveillées. Dans 73 cas, des liens avec des juridictions à risque ont été identifiés, mais 71 opérations ont finalement été autorisées après vérification.
Sur le plan des mesures concrètes, trois transactions ont été suspendues pour un montant total de 522 000 euros, confirmant la capacité d’intervention ciblée du système. Par ailleurs, 16 rapports ont été transmis au Bureau du Promoteur de Justice, assurant la continuité entre l’analyse financière et l’action judiciaire.
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Le rapport met également en avant un renforcement de la coordination entre les institutions du Vatican. Les échanges internes ont augmenté de 65 % en entrée et de 31 % en sortie, signe d’un système plus intégré. La coopération avec le Corps de la Gendarmerie vaticane est présentée comme un élément central du dispositif. Sur le plan international, 35 échanges d’informations ont été réalisés avec des unités étrangères, reflétant une intensification des relations dans un contexte où les risques financiers dépassent largement les frontières nationales. Cette dynamique s’inscrit dans la perspective des prochaines évaluations du comité Moneyval du Conseil de l’Europe.
Au-delà des aspects techniques, le Saint-Siège insiste sur la finalité de ce dispositif, conçu pour garantir la transparence et la fiabilité du système financier au service de sa mission. Une attention particulière est portée aux transferts de fonds vers des zones fragiles, où l’action humanitaire et missionnaire de l’Église nécessite des mécanismes à la fois sûrs et efficaces. L’ensemble de ces éléments traduit une évolution continue du système financier du Vatican, engagé dans un processus d’adaptation aux exigences internationales tout en cherchant à préserver sa spécificité. La hausse des signalements apparaît ainsi moins comme un signe de fragilité que comme l’indicateur d’un contrôle plus rigoureux dans un environnement en mutation.


