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Le cardinal Parolin n’exclut pas des sanctions contre les évêques allemands

Cardinal Parolin - capture écran
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« Le Saint-Père est ouvert à toutes les options, il ne s’est jamais dérobé devant qui que ce soit. »

Répondant aux questions des journalistes à la sortie de l’Institut patristique Augustinianum, où il présentait le livre « Robert Francis Prevost. Liberi sotto la Grazia » publié par la Librairie éditrice vaticane, le cardinal Pietro Parolin a abordé plusieurs sujets sensibles : les tensions avec certains évêques allemands, les attaques contre le pape Léon XIV, les relations avec les États-Unis et la question du désarmement nucléaire. Au cours de cet échange avec la presse, le secrétaire d’État du Vatican a surtout retenu l’attention par ses propos concernant l’Allemagne. Interrogé sur l’éventualité de sanctions visant certains évêques allemands engagés dans des bénédictions de couples homosexuels contraires aux indications romaines, Parolin n’a pas fermé la porte à une intervention disciplinaire.

Le cardinal a choisi une formulation prudente, mais significative :

« Il est prématuré de parler maintenant de sanctions. Espérons que nous n’aurons jamais à en arriver aux sanctions et que les problèmes pourront être résolus pacifiquement, comme ils devraient l’être dans l’Église. »

Cette déclaration, largement relayée par les médias catholiques anglophones, constitue un avertissement implicite adressé à certains responsables de l’Église allemande. Sans annoncer de mesures immédiates, Rome montre qu’elle considère la situation comme suffisamment grave pour ne pas exclure une réponse canonique. Depuis plusieurs années, le Vatican suit avec inquiétude les orientations prises par une partie du « chemin synodal » allemand, notamment sur les questions de morale sexuelle, d’autorité ecclésiale et de bénédictions de couples de même sexe.

Ces dernières semaines, les tensions entre Rome et l’Église d’Allemagne se sont fortement aggravées autour de la question des bénédictions de couples homosexuels. Le cardinal Reinhard Marx, figure majeure du « chemin synodal » allemand, a soutenu la mise en place de bénédictions pastorales régulières pour des couples de même sexe dans son diocèse, provoquant une vive réaction du Vatican. Le pape Léon XIV a rappelé publiquement que le Saint-Siège « n’est pas d’accord avec la bénédiction formalisée des couples homosexuels ou des couples en situation irrégulière », tandis qu’une lettre du Dicastère pour la doctrine de la foi dénonçait toute tentative de donner une reconnaissance officielle à ces unions.

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Dans ses réponses, le cardinal Parolin a insisté sur la nécessité de résoudre les tensions « dans l’Église » et non par des rapports de force idéologiques. Le secrétaire d’État défend une ligne de dialogue, mais un dialogue qui ne renonce pas à la clarté doctrinale. Cette préoccupation apparaissait également dans le reste de son intervention devant les journalistes.

Par ailleurs, interrogé sur les critiques adressées au pape Léon XIV par le président américain Donald Trump, Parolin a jugé ces attaques « un peu étranges » : « L’attaquer de cette manière ou lui reprocher ce qu’il fait me semble un peu étrange, au minimum. » Le cardinal a ensuite rappelé la mission propre du successeur de Pierre : « Le Pape fait ce qu’un Pape doit faire. »

Au cours du même entretien, le secretaire d’Etat du Vatican a aussi répondu aux accusations selon lesquelles le Vatican serait trop conciliant à l’égard de l’Iran sur la question nucléaire. Le cardinal a fermement rejeté cette interprétation : « Le Saint-Siège a toujours travaillé, et continue à travailler, précisément pour le désarmement nucléaire. » Il a rappelé que Rome soutient depuis longtemps les initiatives internationales visant à limiter puis abolir les armes nucléaires. Selon lui, la position du Vatican sur cette question est « très claire ».

À la veille de la rencontre entre le Vatican et le secrétaire d’État américain Marco Rubio, Parolin a également indiqué que « tous les sujets les plus brûlants » seraient abordés : conflits internationaux, situation en Amérique latine, Cuba et tensions géopolitiques actuelles. Le cardinal a souligné que les États-Unis demeurent un interlocuteur incontournable pour le Saint-Siège : « On ne peut pas ignorer les États-Unis. Malgré certaines difficultés, ils restent certainement un interlocuteur pour le Saint-Siège. »

Enfin, évoquant une éventuelle conversation directe entre Léon XIV et Donald Trump, Parolin a assuré que le pape ne se déroberait pas à un dialogue : « Le Saint-Père est ouvert à toutes les options, il ne s’est jamais dérobé devant qui que ce soit. »

À travers cet échange avec la presse, le cardinal Parolin a donné l’image d’une diplomatie vaticane cherchant à maintenir un équilibre délicat : préserver le dialogue sans renoncer à l’autorité doctrinale du Saint-Siège.Concernant l’Allemagne, le message apparaît désormais clair : Rome veut éviter une rupture, mais elle n’entend pas laisser se développer indéfiniment des pratiques jugées incompatibles avec l’enseignement de l’Église.

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