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Cabo Delgado : les chrétiens pris au piège de la terreur islamiste au nord du Mozambique

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une vidéo tournée à Chiúre Velho montrait un membre de l’ASWJ menaçant les chrétiens en les appelant à se convertir à l’islam pour « échapper à la souffrance »

Le nord du Mozambique replonge dans l’angoisse. Dans la province de Cabo Delgado, de nouvelles attaques terroristes ont contraint des centaines de familles à fuir leurs villages dans un climat de peur permanente. Mais derrière les chiffres des déplacés et les rapports sécuritaires se cache une autre réalité, plus silencieuse : celle des communautés chrétiennes qui vivent depuis plusieurs années sous la menace directe des groupes djihadistes.

Selon les dernières données de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), au moins 776 personnes ont été déplacées entre le 17 et le 25 avril dans le district de Nangade, après une série de mouvements et d’incursions terroristes signalés dans plusieurs villages du nord de Cabo Delgado. Les habitants de Machava, Samora Machel, Muangaza et Nkonga ont abandonné leurs maisons pour trouver refuge à Mualela et dans d’autres zones plus sûres. Des témoins rapportent que des groupes armés ont été aperçus dans les champs de Lijungo et dans les plaines de Nkonga. Plusieurs pillages de denrées alimentaires ont été signalés. Même sans violences massives officiellement recensées lors de ces dernières incursions, la population connaît désormais le mode opératoire des groupes terroristes : intimidation, destructions, exécutions ciblées et attaques surprises contre des villages isolés.

Depuis 2017, Cabo Delgado est devenu l’un des épicentres de l’insurrection islamiste en Afrique australe. Les groupes affiliés à l’organisation État islamique y mènent une guérilla particulièrement brutale contre les autorités, mais aussi contre les civils. Dans cette province majoritairement musulmane mais historiquement marquée par une coexistence religieuse relativement pacifique, les communautés chrétiennes se retrouvent aujourd’hui particulièrement vulnérables.

Des églises ont été incendiées, des missionnaires menacés et des familles chrétiennes forcées de fuir leurs terres. Plusieurs prêtres et responsables religieux ont déjà alerté sur la montée d’un climat de persécution indirecte, alimenté par l’effondrement sécuritaire de la région. L’Église catholique, très active dans l’aide humanitaire, est devenue l’un des derniers refuges pour de nombreux déplacés.

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Cette inquiétude traverse d’ailleurs les prises de parole récentes des responsables religieux mozambicains. Le diocèse de Pemba, situé au cœur de la zone de conflit, multiplie les appels à la solidarité internationale. Le 4 mai dernier encore, Mgr Osório Citora évoquait la nécessité d’un soutien accru envers « la population, l’Évêque et les missionnaires du diocèse de Pemba », confrontés à une crise humanitaire et sécuritaire qui ne cesse de s’aggraver.

Dans les camps improvisés et les villages d’accueil, les familles chrétiennes déplacées vivent souvent dans une extrême précarité. Beaucoup ont perdu leurs récoltes, leurs maisons et parfois des proches. Les enfants sont parmi les premières victimes de cette violence chronique : déscolarisés, traumatisés et exposés à la faim. Malgré la présence des forces armées mozambicaines et des troupes tanzaniennes déployées dans le cadre de la coopération régionale, les groupes terroristes continuent de circuler dans certaines zones rurales de Nangade. Deux semaines avant cette nouvelle vague de déplacements, des combattants avaient déjà été signalés dans plusieurs villages du district, illustrant les difficultés persistantes des autorités à reprendre un contrôle durable du territoire.

Rappelons qu’à l’été 2025, plusieurs attaques revendiquées par des groupes extrémistes islamistes ont visé directement les communautés chrétiennes du nord du Mozambique. Le 30 juillet, à Muanquina, deux églises et plus de quarante maisons de chrétiens ont été incendiées, tandis que la maison d’un pasteur était vandalisée et des bibles détruites. Quelques jours plus tôt, une vidéo tournée à Chiúre Velho montrait un membre de l’ASWJ menaçant les chrétiens en les appelant à se convertir à l’islam pour « échapper à la souffrance ». Le 24 juillet, l’organisation État islamique a également diffusé des images montrant la décapitation de cinq captifs présentés comme des « chrétiens infidèles ».

Aujourd’hui, la situation des chrétiens au Mozambique reflète à la fois un héritage historique profond et les défis contemporains du pays. Présent depuis l’arrivée des Portugais au XVe siècle, le christianisme a traversé la colonisation, la lutte pour l’indépendance, la guerre civile puis la reconstruction nationale, devenant l’une des principales composantes de l’identité mozambicaine. Si la liberté religieuse est officiellement garantie et que les Églises jouent encore un rôle essentiel dans l’éducation, la santé et l’aide sociale, les communautés chrétiennes du nord du pays, notamment dans la province de Cabo Delgado, subissent depuis plusieurs années les violences de groupes djihadistes. Malgré les attaques, les déplacements de populations et l’insécurité persistante, de nombreuses Églises continuent d’apporter soutien humanitaire et espoir aux habitants, illustrant la résilience du christianisme mozambicain face aux épreuves de son histoire.

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