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La banque du Vatican signe un retour spectaculaire aux bénéfices

Léon XIV - vue de l 'IOR - DR
Léon XIV - vue de l 'IOR - DR
L’Institut entend désormais poursuivre son développement à travers un nouveau plan stratégique pour 2026-2028 fondé sur trois priorités, la centralité du client, la prudence financière et la solidité patrimoniale

Pendant des décennies, le nom de la « banque du Vatican » évoquait davantage les crises financières, les affaires judiciaires et les luttes de pouvoir internes que la stabilité économique. Mais au cœur du Saint-Siège, une transformation profonde s’est opérée au fil des réformes engagées sous le pontificat du pape François. Les résultats publiés ce 11 mai par l’Institut pour les œuvres de religion (IOR) illustrent désormais l’ampleur de ce redressement. Dans son rapport annuel 2025, l’institution financière du Vatican annonce avoir clôturé l’exercice avec un bénéfice net de 51 millions d’euros, le meilleur résultat enregistré depuis plus de dix ans.

La progression atteint 55,5 % par rapport à 2024. Une contribution de 24,3 millions d’euros sera reversée au Saint-Siège afin de soutenir les activités religieuses et caritatives du Vatican, contre 13,8 millions l’année précédente.


Jean-Baptiste de Franssu – DR

Ces résultats marquent aussi la fin d’un cycle. Après plus d’une décennie à la tête de l’IOR, le Français Jean-Baptiste Douville de Franssu quitte ses fonctions. Arrivé en 2014 au début de la grande réforme financière voulue par le pape François, il aura accompagné la profonde restructuration de l’institution. Son successeur, le Luxembourgeois François Pauly, hérite désormais d’une structure largement assainie. Le rapport annuel publié par l’IOR met en avant une amélioration générale des performances opérationnelles. Le revenu net d’intérêts progresse à 32,3 millions d’euros, contre 29,4 millions en 2024, tandis que les activités d’intermédiation financière bondissent à 66,3 millions d’euros. Les revenus liés aux commissions restent stables, à 26,2 millions d’euros.

François Pauly – DR

Le Vatican explique cette forte croissance par une « gestion active et disciplinée des portefeuilles », combinée à des conditions de marché favorables. Les réserves positives du fonds de pension du Saint-Siège ont également contribué à renforcer la rentabilité globale de l’Institut.

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L’IOR gère désormais 5,9 milliards d’euros d’actifs, contre 5,7 milliards un an plus tôt. Plus de 12 000 clients répartis dans 112 pays sont liés à la banque vaticane. L’essentiel des fonds administrés provient des congrégations religieuses, des dicastères du Saint-Siège et des institutions catholiques, qui représentent environ 77 % des avoirs confiés à l’Institut. Les particuliers, principalement employés et retraités du Vatican, ne constituent qu’une faible part des actifs gérés. Dans le détail, l’IOR administre environ 1,5 milliard d’euros déposés sur des comptes courants, 3,4 milliards d’euros de gestion patrimoniale et plus de 860 millions d’euros de titres conservés en dépôt. Les fonds propres atteignent désormais 815,3 millions d’euros, en hausse de plus de 11 % sur un an.Toutes les lignes de gestion patrimoniale proposées aux clients ont terminé l’année dans le vert, renforçant la position de l’IOR comme gestionnaire de référence pour les institutions catholiques. Pour soutenir cette stratégie, l’Institut travaille désormais avec plus de onze gestionnaires d’actifs internationaux.

Autre élément symbolique mis en avant dans le rapport, les comptes 2025 ont été validés sans aucune réserve par le cabinet Deloitte & Touche. Une précision que le Vatican souligne pour illustrer les progrès réalisés en matière de transparence financière après des années de critiques et de soupçons d’opacité. Lorsque François arrive au pouvoir en 2013, les finances vaticanes sont encore marquées par plusieurs investissements controversés et des scandales à répétition. Le pape argentin engage alors une vaste réforme afin d’aligner le fonctionnement du Vatican sur les standards européens de contrôle et de gouvernance. Des milliers de comptes sont fermés, les investissements sont centralisés et les procédures internes considérablement renforcées.

Le pape Léon XIV entend poursuivre aujourd’hui cette réorganisation tout en ouvrant une nouvelle étape. L’un de ses premiers gestes a consisté à permettre à l’Administration du patrimoine du Siège apostolique, l’APSA, de recourir également à d’autres établissements financiers pour certains investissements, alors que l’IOR détenait jusque-là une position quasi exclusive. Cette évolution a été officialisée dans le motu proprio Coniuncta Cura, qui introduit le principe de « responsabilité partagée » dans la gestion financière du Saint-Siège. L’IOR conserve un rôle central dans les opérations du Vatican, mais perd son monopole sur certains placements stratégiques.

L’Institut entend désormais poursuivre son développement à travers un nouveau plan stratégique pour 2026-2028 fondé sur trois priorités, la centralité du client, la prudence financière et la solidité patrimoniale. Une manière pour le Vatican d’afficher son ambition, faire de l’IOR non plus une source d’embarras, mais l’un des symboles de sa normalisation économique.

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