« Le vent souffle désormais de Rome » : dans deux analyses publiées les 11 et 12 mai 2026, la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X estime que le Vatican a laissé s’installer, puis encouragé, les bénédictions de couples homosexuels et « irréguliers » dans plusieurs pays européens. Les deux textes retracent l’histoire du Chemin synodal lancé en 2019 par la Conférence épiscopale allemande avec le soutien du Comité central des catholiques allemands.
Selon la FSSPX, plusieurs textes issus de ce processus ont rapidement manifesté la volonté de reconnaître et bénir les couples homosexuels ainsi que d’assouplir l’approche catholique de la morale sexuelle. Les auteurs rappellent notamment cette affirmation issue des travaux synodaux : « il est nécessaire de reconnaître sans condition les partenariats homosexuels ». La Fraternité souligne que la Curie romaine avait émis plusieurs réserves dès les débuts du processus, mais considère que ces avertissements n’ont jamais été suivis de mesures concrètes permettant d’enrayer cette évolution.
Le cœur de la critique porte sur la publication, en décembre 2023, de Fiducia supplicans par le Dicastère pour la doctrine de la foi sous l’autorité du cardinal Victor Manuel Fernández. La FSSPX relève qu’à peine trois ans auparavant, le Responsum de 2021 affirmait clairement que l’Église « ne dispose pas du pouvoir de bénir les unions de personnes du même sexe ». Les auteurs écrivent ainsi : « Moins de trois ans après le Responsum (…) le Dicastère pour la doctrine de la foi publie une Déclaration affirmant le contraire. »
Pour la Fraternité, le problème dépasse désormais la seule question allemande : les auteurs estiment que Rome s’est elle-même contredite doctrinalement entre le Responsum de 2021 et Fiducia supplicans, affaiblissant ainsi sa propre autorité.
L’article insiste particulièrement sur les réactions favorables de plusieurs responsables ecclésiastiques allemands. Le cardinal Reinhard Marx est notamment cité déclarant : « Je ne pensais pas qu’un tel signal arriverait si vite. » Pour la FSSPX, cette phrase montre que certains acteurs du Chemin synodal ont vu dans Fiducia supplicans une confirmation de leurs orientations pastorales. Le texte affirme alors : « Désormais, le vent qui pousse le Chemin synodal sur cette question des bénédictions illégitimes souffle de Rome. » Les auteurs jugent également que la distinction faite par le Vatican entre bénédictions pastorales spontanées et reconnaissance liturgique officielle demeure difficilement compréhensible pour de nombreux fidèles : « Le problème n’est pas l’abus de FS, il gît dans le texte même de la Déclaration du DDF », écrivent-ils encore.
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La FSSPX souligne également que, selon elle, une grande partie des fidèles et de l’opinion publique ont compris Fiducia supplicans comme une autorisation de bénir les couples homosexuels, malgré les nuances apportées par Rome. Si l’Allemagne demeure au centre des deux analyses, les textes évoquent également la Belgique notamment à travers les initiatives des évêques flamands, ainsi que les fortes réactions venues de plusieurs pays d’Afrique après la publication de Fiducia supplicans. Les auteurs soulignent notamment le refus de plusieurs conférences épiscopales africaines d’appliquer la déclaration romaine, y voyant la preuve que les divisions traversent désormais l’Église universelle.
La publication du manuel allemand « La bénédiction donne de la force à l’amour », approuvé en 2025 par la Conférence épiscopale allemande, est également longuement commentée. Ce document prévoit des bénédictions pour différents types de couples, y compris homosexuels ou divorcés remariés. La FSSPX cite notamment ce passage : « la manière dont la bénédiction est dirigée (…) doit témoigner de l’estime portée aux personnes demandant la bénédiction. » Pour les auteurs, cette approche traduit une évolution profonde du discours pastoral de l’Église sur ces questions.
Les publications évoquent également le risque d’une rupture doctrinale durable entre Rome et certains courants de l’Église allemande. Les auteurs laissent entendre que les orientations du Chemin synodal pourraient conduire à une forme de schisme de fait si aucun recadrage doctrinal clair n’intervenait.
Les articles évoquent aussi le pontificat du pape François, auquel la Fraternité attribue une large part des évolutions actuelles, notamment à travers l’exhortation Amoris laetitia. Le pape Léon XIV est également mentionné pour avoir privilégié jusqu’ici le dialogue avec les évêques allemands plutôt qu’une confrontation directe. Le cardinal Pietro Parolin est lui aussi cité dans les analyses de la FSSPX pour avoir évoqué la nécessité de poursuivre les discussions avec l’épiscopat allemand. Les auteurs y voient le signe d’une volonté romaine de privilégier l’apaisement plutôt que des sanctions disciplinaires.
Au-delà du cas allemand, ces deux publications témoignent des profondes divergences qui traversent aujourd’hui le monde catholique sur les questions de morale sexuelle, d’autorité doctrinale et d’adaptation pastorale. La conclusion du dossier résume la préoccupation centrale de la Fraternité : « Rome n’a ni les armes ni la volonté de changer cet état de fait. » Et les auteurs concluent finalement : « Dans ces conditions, il faut parler de complicité. »
( Source FSSPX Actualités )


