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Chine : Dans le diocèse de Wenzhou, une nouvelle église placée sous le patronage de sainte Thérèse de Lisieux

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En Chine, la “petite voie” de sainte Thérèse continue de porter du fruit. Un choix qui rappelle aussi le lien spirituel ancien entre la carmélite de Lisieux et la mission en Chine

Le 4 mai dernier, près de 2 000 fidèles se sont rassemblés dans le district de Pingyang, au sein du diocèse de Wenzhou, pour la consécration et l’inauguration d’une nouvelle église dédiée à sainte Thérèse de Lisieux. La célébration a été présidée par le père Hu Longjian, en présence du curé de la paroisse de Shuitou, le père Lin Shengli, et d’une vingtaine de prêtres diocésains. Dans cette petite communauté côtière du Zhejiang, où vivent principalement des familles de pêcheurs, cette inauguration marque une étape importante pour la vie paroissiale. Le nouvel édifice, construit dans un style simple et sobre, a été pensé comme un lieu de silence, de prière et de vie sacramentelle pour les fidèles. Depuis longtemps, les catholiques de Zhaoyang souhaitaient placer leur nouvelle église sous le patronage de sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus et de la Sainte-Face.

Beaucoup dans la communauté se reconnaissent dans la spiritualité de la « petite voie », faite d’humilité, de confiance et de fidélité dans les gestes ordinaires de la vie chrétienne.

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Selon le témoignage du curé, les catholiques de la région vivent leur foi dans la simplicité, à travers la prière quotidienne, l’entraide fraternelle et de modestes œuvres de charité. Dans cette communauté discrète, la figure de sainte Thérèse accompagne depuis longtemps la vie spirituelle des fidèles. Le choix de placer cette nouvelle église sous son patronage possède aussi une résonance particulière pour l’Église en Chine. Si Thérèse de Lisieux n’a jamais quitté son Carmel normand, elle a pourtant nourri toute sa vie un profond désir missionnaire. Dans ses écrits, elle affirme vouloir annoncer l’Évangile « dans les cinq parties du monde » et rêve d’être missionnaire « jusqu’à la consommation des siècles ».

À la fin du XIXe siècle, la Chine occupe une place importante dans l’élan missionnaire catholique. De nombreux prêtres européens sont envoyés en Asie pour annoncer l’Évangile et accompagner les communautés chrétiennes locales. Thérèse suit avec attention cette réalité missionnaire depuis son Carmel de Lisieux. Sa santé fragile l’empêchera cependant de partir elle-même. Un projet d’installation dans un Carmel fondé à Hanoï doit notamment être abandonné. Mais la jeune carmélite comprend progressivement que sa vocation missionnaire peut se vivre autrement, dans la prière et l’offrande silencieuse de sa vie. Les responsables du Carmel lui confient alors plusieurs missionnaires pour lesquels elle devra prier et qu’elle accompagnera spirituellement par correspondance. Parmi eux figure l’abbé Adolphe Roulland, membre des Missions étrangères de Paris, envoyé en Chine en 1896.

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Les lettres échangées entre Thérèse et le jeune missionnaire témoignent de l’attention concrète qu’elle porte à son apostolat. Elle suit ses difficultés, l’encourage dans sa mission et lui rappelle que l’annonce de l’Évangile repose aussi sur la prière. Dans une lettre adressée au père Roulland, elle écrit :

« Ma seule arme est l’amour et la souffrance, tandis que votre glaive est celui de la parole et des travaux apostoliques. »

À travers cette correspondance, Sainte Thérèse développe une vision profondément spirituelle de la mission. Pour elle, l’annonce de l’Évangile ne dépend pas uniquement du départ vers des terres lointaines, mais aussi de l’union intérieure avec ceux qui évangélisent sur le terrain. Quelques décennies après sa mort, cette intuition sera reconnue par l’Église. En 1927, le pape Pie XI proclamera sainte Thérèse patronne des missions, aux côtés de saint François-Xavier, grand missionnaire de l’Asie.

À Zhaoyang, cette dimension missionnaire résonne particulièrement dans une communauté qui a elle-même construit sa nouvelle église grâce à la mobilisation des fidèles. Selon les responsables paroissiaux, chacun a contribué selon ses moyens, par des dons, du travail manuel ou du temps offert bénévolement. Désormais, cette nouvelle église devient pour les catholiques de la région un lieu où recevoir les sacrements, se retrouver pour la prière et faire vivre la communion fraternelle. Sous le patronage de sainte Thérèse de Lisieux, la communauté de Zhaoyang inscrit ainsi son histoire dans cette longue mémoire missionnaire qui unit depuis plus d’un siècle l’Église en Chine et la spiritualité du Carmel.

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