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 Série – Les cathédrales : La symbolique de la cathédrale Saint Etienne de METZ [1]

cathédrale Saint Etienne de Metz - Depositphotos
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La cathédrale Saint-Étienne de Metz cache derrière ses 6 500 m² de vitraux et ses voûtes vertigineuses une histoire mouvementée de trois siècles de construction

Par Stéphane Brosseau

Après avoir visité Bourges, revenons dans l’Est et découvrons en trois articles une très jolie autre cathédrale St Etienne, originale et riche d’histoire : Saint-Etienne de Metz. Nous verrons d’abord l’épopée de sa construction, puis sa description, et enfin sa symbolique.

Sa symbolique nous dit que Dieu promet la rédemption et la vie éternelle à tout homme de bonne volonté, dès ici-bas. Ce message est ici mis en scène de façon magistrale, dans des symboles magnifiques d’Espérance.

La cathédrale Saint-Étienne de Metz est le siège catholique du diocèse de Metz. Si sa construction s’étendit sur trois siècles à partir de 1240, elle présente une belle homogénéité de style gothique dès les campagnes de construction, et quand ce ne fut pas le cas, des modifications néogothiques furent réalisées fin XIXe siècle. Pourtant, en fait, deux églises séparées par une simple ruelle, et orientées différemment sont réunies sous une voûte commune : d’un côté, la cathédrale Saint-Étienne, terminée depuis le XIe siècle, et de l’autre, l’église collégiale Notre-Dame-de-la-Ronde, dont le chœur, à la deuxième travée du bas-côté droit, est devenu simple chapelle.

La cathédrale de Metz est non seulement la cathédrale de France ayant la plus grande surface vitrée (près de 6 500 m2), mais également celle qui présente les plus grandes verrières gothiques d’Europe. Pierre Perrat (1340-1400), l’un des architectes de la cathédrale de Metz, fut le premier dont le nom nous soit parvenu. Il mena à bien notamment la construction de sa voûte et fit également de Saint Étienne de Metz l’une des plus hautes cathédrales de France, puisque la hauteur de ses voûtes n’est surpassée en France que par les cathédrales de Beauvais et d’Amiens, avec un peu plus de 41 mètres. La cathédrale fait l’objet d’un classement au titre des monuments historiques depuis le 16 février 1930.

Vieille cité gauloise, Metz devint le siège d’un évêché au IIIe siècle.

Au début du Ve siècle, saint Étienne, le premier martyr, diacre mort lapidé, était populaire et célébré dans tout l’Empire. L’essor de son culte en Occident suivit l’invention[i] de ses reliques à Jérusalem en 415. Un sanctuaire, dédié à Saint-Étienne et qui se trouvait à l’emplacement actuel de la cathédrale, fut le seul monument épargné par les Huns lors de la dévastation survenue le samedi saint 7 avril 451. On parla alors de miracle. Il accueillit le siège de l’évêque à l’intérieur de la première cathédrale. En 1970, l’aménagement du bras Sud du transept en vue de l’installation d’un nouvel orgue, mit au jour des fondations antérieures à l’époque romane, sans qu’il fût possible de les dater de manière certaine. Ces vestiges présentent une abside orientée semblant correspondre au sanctuaire d’époque mérovingienne. Le relief ne permettant pas une extension vers l’Ouest, il est permis de penser qu’il fut réutilisé comme transept de l’église carolingienne, au moment de la reconstruction du chœur sous l’épiscopat de Chrodegang, entre 742 et 766, aidé financièrement par Pépin le Bref. Entre 965 et 984, l’évêque Thierry Ier entreprit d’agrandir le sanctuaire primitif, qui fut achevé sous son successeur et consacré en 1040.

Clotaire II confia en 623 l’Austrasie à son fils Dagobert, aidé par Arnoul de Metz, évêque de Metz depuis 613. La tradition attribue à Dagobert la construction de la chapelle Sainte-Marie, devenue collégiale en 1130 avec cinq chanoines et la chapelle de l’évêque. Elle fut appelée Notre-Dame-la-Ronde en 1207 après sa reconstruction suivant un plan centré, puis reconstruite vers 1260 en prolongement de la nef de la cathédrale ; devenue l’extrémité Ouest de la cathédrale en 1380 après la démolition du mur de séparation entre la cathédrale et la collégiale, on y plaça grille en 1381 ; celle-ci ne fut démontée qu’en 1728 après la dissolution du Chapitre de l’église collégiale.

À la suite du Concile de Thionville présidé par son demi-frère l’archevêque Drogon de Metz, Louis le Débonnaire fut rétabli comme empereur. Il participa à une messe dans la cathédrale de Metz le 28 février 835, pendant laquelle les décisions du Concile furent. Le 9 septembre 869, Charles II le Chauve y fut couronné roi de Lotharingie par l’archevêque Hincmar de Reims.

Entre 965 et 984, l’évêque Thierry Ier entreprit de reconstruire le sanctuaire primitif avec l’aide financière des empereurs Othon Ier et Othon II. La nouvelle cathédrale fut achevée sous son successeur Thierry II et consacrée par celui-ci le 27 juin 1040 en présence de l’évêque Gérard Ier de Cambrai. Les fouilles de 1878-1881 et 1914-1915, sous la nef et le transept, mirent au jour ses fondations. Il est intéressant de constater que la cathédrale actuelle se superpose presque parfaitement à l’édifice ottonien : le chœur actuel est ainsi à l’aplomb direct de la crypte romane ; cet édifice, de trois travées plus court, présentait une élévation bien différente. Nous pouvons reconstituer cette église à partir des constantes rencontrées dans l’architecture ottonienne, dont la perfection géométrique de l’organisation des volumes et des proportions est connue.

La nef, flanquée de bas-côtés, haute d’environ 20 mètres, s’ouvrait sur un transept saillant de même hauteur, long de 42 mètres, pour 12 mètres de large. Deux tours de chevet s’élevaient de part et d’autre de l’abside centrale, et des chapelles donnant sur le transept les jouxtaient. Seule la constitution de la façade nous est inconnue ; la présence d’une tour-porche est envisagée toutefois au vu de sa fréquence dans les édifices ottoniens. Le plan de la basilique voisine Saint-Vincent, de style gothique, semble par ailleurs calqué sur celui de cette cathédrale primitive, malgré la différence entre leurs styles. Vers 1186, la collégiale Notre-Dame fut donc construite, comme nous l’avons vu, contre celle-ci, sans que l’on sache si un espace, même étroit fut laissé. Sa forme de demi-rotonde lui valut le nom de Notre-Dame-la-Ronde. La reconstruction de la basilique ottonienne débuta moins de deux siècles après son achèvement.

La reconstruction en parallèle de la collégiale Notre-Dame-la-Ronde et de la cathédrale commença vers 1240, ou, probablement dès 1235, pour détruire au moins l’existant. La construction de la cathédrale actuelle fut donc voulue par l’évêque Conrad de Scharfenberg, en même temps que les cathédrales de Reims (1207) et de la toute proche Cathédrale de Toul (1210-1220), du Mans (1217), d’Amiens (1221). Vous allez voir, tout cela fut très compliqué.

Seule la nef ottonienne fut à cette époque détruite, jusqu’au niveau des fondations, le chevet et le transept, ainsi que Notre-Dame-la-Ronde, étant épargnés. C’est donc aux alentours de 1240 que débutèrent véritablement les travaux de l’édifice gothique actuel, d’abord une première campagne concernant les nefs collatérales en style gothique primitif puis un nouveau plan pour la nef principale en style rayonnant.

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Il fut également choisi de reconstruire la collégiale Notre-Dame, pour l’intégrer au nouveau style de la cathédrale. Cette surélévation du projet initial se traduisit par une disproportion, entre les grandes arcades (12,50 m) et les fenêtres hautes (19 m), proportions inverses de celles de la cathédrale d’Amiens (18,20 m et 13 m). Une frise d’arcs trilobés masqua judicieusement l’épaississement des murs, au-dessus des grandes arcades. Au milieu du XIIIe siècle, la reconstruction de Notre-Dame-la-Ronde fut entreprise en conservant, semble-t-il, les piliers ronds de celle-ci, alignés sur l’ancienne nef ottonienne. Le nouveau chœur de la collégiale, épaulé par les deux premiers contreforts Sud de la cathédrale, indique une construction concertée dès cette époque. Dans la deuxième moitié du XIIIe siècle, les bases des deux tours harmoniques de la cathédrale, à double fenestrage, furent achevées. Les supports en attente, actuellement visibles vers les troisième et cinquième travées des faces Nord et Sud, indiquent que le projet de double fenestrage devait s’appliquer à tout l’édifice, comme à Noyon, Beauvais, ou Troyes. Dans le dernier quart du XIIIe siècle, une claire-voie fut ménagée au niveau du triforium, sous les fenêtres hautes. La construction de celles-ci, de style gothique rayonnant, s’acheva dans le premier tiers du XIVe siècle. Pour récolter de nouveaux fonds, la confrérie de Sainte-Marie et de Saint-Étienne fut créée vers 1330. Le financement aléatoire des travaux provoqua leur arrêt à plusieurs reprises car il dépendait en effet des dons des fidèles, des ventes d’indulgences, des prébendes vacantes du Chapitre, ou des largesses de l’évêque.

Vers le milieu du XIVe siècle, la charpente de la toiture fut posée, et l’évêque Adhémar de Monteil fit élever une chapelle dans la cinquième travée du collatéral Sud. En 1356, l’empereur Charles IV venu à Metz pour promulguer la bulle d’or, fut reçu dans la cathédrale de Metz. Cette première campagne de construction s’acheva avec le voûtement de la nef, entre 1360 et 1380. La hauteur de ses voûtes (41,41m ou 41,7m selon la prise de mesure), place, comme déjà dit,  la cathédrale de Metz derrière celle de Beauvais (48 m avant effondrement), et celle d’Amiens (42,3 m) dans la course aux records gothiques. À cette époque fut détruite la cloison qui séparait encore la nef de Saint-Étienne de celle de Notre-Dame. Le sol de celle-ci fut alors abaissé au niveau de celui de la cathédrale, ce qui explique le déchaussement des piliers des trois premières travées. Seul le chœur fut laissé au niveau primitif. Les grandes baies, notamment le fenestrage de la façade occidentale, encore occultées par des ais de bois, furent vitrées. Un contrat fut passé en 1381, entre le Chapitre et le maître-verrier Hermann de Münster, pour la réalisation du grand « O », la rose occidentale, afin qu’il eût le privilège d’être inhumé à l’intérieur de la cathédrale. Le maître d’œuvre, Pierre Perrat, connu aussi par ses travaux à Toul et Verdun, fut également autorisé en 1386 à avoir sa sépulture dans la cathédrale. La légende populaire dit que Perrat, devant la difficulté d’édifier une cathédrale aussi haute, reçut du diable les plans d’un édifice parfait, en échange de son âme après sa mort ; mais, le défunt ayant été emmuré dans la cathédrale, celui-ci fut sauvé de l’enfer éternel…

En 1473, l’empereur Frédéric III et son fils Maximilien assistèrent à un office dans cette cathédrale, alors composite, avec une nouvelle nef gothique qui épousait, tant bien que mal, les anciens transept et chevet du sanctuaire ottonien. Le chantier avança de nouveau en 1486, par la démolition du transept et du chœur ottonien et sa reconstruction dans le style gothique de la nef. Entretemps, de 1440 à 1443, l’évêque Conrad Bayer de Boppart avait fait reconstruire la chapelle d’Adhémar de Monteil, dite chapelle des évêques, par Jean de Commercy. En outre, un incendie ravagea la toiture en 1468 mais en épargnant le beffroi de la Mutte encore en bois, ce qui décida les bourgeois messins à reconstruire en pierre la partie supérieure de la tour de la Mutte, le beffroi municipal. Cette tour, ainsi que la tour du Chapitre au Nord, furent longtemps restées coiffées d’un colombier de bois. Hannes de Ranconval le remplaça de 1478 à 1481 par une flèche de style gothique flamboyant (le lien entre la Terre et le Ciel).

La seconde campagne de construction s’ouvrit réellement en 1486, avec la démolition du bras Nord du transept, reconstruit aussitôt dans le même style et avec la même élévation que la nef. Les fondations furent creusées, d’après la chronique, à une profondeur dépassant le niveau de la rivière. Le bras Nord du transept fut achevé en 1504, avec la pose des vitraux de Théobald de Lixheim. La démolition des vestiges ottoniens se poursuivit par le chœur, ses deux tours romanes, et en 1508 par le bras Sud du transept. Celui-ci fut reconstruit avant 1521, date de la pose des premiers vitraux de Valentin Bousch. La construction du chœur fut terminée à cette date, mais les derniers vitraux de Bousch ne furent posés dans cette partie qu’en 1539. Un jubé, supprimé en 1791, clôturait la nef en 1525. La cathédrale fut consacrée le 11 avril 1552. Si la construction de la cathédrale s’acheva à cette date, après trois siècles de construction, l’édifice connut encore de nombreux aménagements.

Le 28 mars 1642, Jacques-Bénigne Bossuet devint, à l’âge de treize ans, chanoine de la cathédrale grâce à l’entregent de son père, magistrat de la ville. C’est en la cathédrale de Metz, le 21 juillet 1652, qu’il prononça son premier sermon. C’est encore à Metz, sans qu’on puisse dire avec certitude qu’il fut prononcé au sein de la cathédrale, qu’il donna, le 17 décembre 1655, sa première oraison funèbre pour Yolande de Monterby, abbesse du Petit Clairvaux à Metz. Le 15 octobre 1657, il prêcha un Panégyrique de sainte Thérèse, devant la reine Anne d’Autriche, à la suite de quoi il fut nommé Conseiller et prédicateur extraordinaire du roi. À partir de là, il partagea son temps entre Metz et la cour, à Paris et Versailles. À partir de 1660, sa célébrité allant croissante, il ne fut plus que rarement à Metz. Quand il était dans cette ville-frontière, tant au point de vue géographique – entre l’ « Allemagne » et la France – que religieux – entre les domaines catholiques et protestant, il se consacra avec zèle et foi à la prédication en vue de la conversion des protestants de la ville. Son œuvre Réfutation du catéchisme du sieur Paul Ferry, ministre de la Religion Prétendue Réformée, le premier ouvrage publié par Bossuet et imprimé à Metz, en 1655, est le compte-rendu de ses conversations avec le pasteur de l’Église réformée de Metz. Le 22 août 1664, Bossuet fut nommé doyen du Chapitre cathédral, fonction qu’il quitta le 19 octobre 1669, pour devenir évêque de Condom.

Dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, soucieux de ne pas demeurer en reste par rapport à Nancy qui venait de se doter d’une majestueuse place royale, mais aussi parce que l’art « gothique » n’était plus au goût du XVIIIe siècle, le maréchal de Belle-Isle, gouverneur des Trois-Évêchés, décida d’établir une place royale. Malgré les protestations du Chapitre, il fit dégager les abords de la cathédrale par la destruction du cloître et des églises attenantes (Saint-Pierre-le-Vieux, Saint-Pierre-le-Majeur, la chapelle des Lorrains).

Mais aucun projet ne fut construit. L’architecte Jacques-François Blondel, protégé par le duc de Choiseul, alors présent à Metz pour reconstruire l’abbaye Saint-Louis, proposa de réaliser un projet d’aménagement qui comprenait la création de rues et de places, ainsi que la reconstruction de l’hôtel de ville, du parlement et du palais de l’évêque mais en détruisant le cloître des chanoines et des églises situées autour (églises Saint-Pierre-le-Vieux, Saint-Pierre-aux-Images, Saint-Gorgon et chapelle des Lorrains). Derrière l’argument avancé de créer une place d’armes fonctionnelle utile au défilé des troupes, la réalisation d’un nouveau centre politique pour la ville visait à son embellissement[ii]. L’édification de la mairie, côté place d’Armes, et du palais des évêques de Metz (aujourd’hui, le marché couvert), côté place du Marché et place de Chambre contribua à constituer un ensemble architectural dominé par l’œuvre des maitres-maçons du Moyen Âge. À cette occasion, et dans un souci d’harmonisation de cet ensemble urbain, Blondel construisit sur les trois côtés de la cathédrale ainsi dégagée, une enveloppe classicisante. Un sobre et majestueux portail principal fut construit en 1764 du côté de l’évêché (actuel marché couvert ; ce portail fut remplacé par un portail néo-gothique en 1903). Il comportait d’imposantes colonnades, flanquées de chaque côté de deux statues représentant la France et la religion. Le portail de la Vierge qui donnait accès à la collégiale Notre-Dame-la-Ronde, côté Sud, fut caché et abîmé par le décor classique de Blondel et ne réapparut qu’en 1860 ; il ne fut restauré qu’à partir de 1880 par l’architecte Paul Tornow et le sculpteur Auguste Dujardin (1847-1921).

À partir de 1845, des projets de restauration de la cathédrale avaient l’intention de rendre une certaine « pureté stylistique ». L’engouement romantique pour le Moyen Âge au XIXe siècle eut pour effet de raviver un intérêt pour l’art gothique, à le valoriser et l’étudier, avec notamment les travaux d’Eugène Viollet-le-Duc.

Ainsi, l’intérieur de la cathédrale fut vidé du mobilier et des ornements ultérieurs au XVIe siècle (la fin du Moyen Âge et de la construction originelle de l’édifice). Il y eut ainsi la disparition d’un jubé baroque, présent sur des gravures, ayant remplacé le jubé médiéval après 1791. Cette première campagne de restauration s’accompagna de l’ajout de nombreux vitraux encore présents dans les premières travées de la cathédrale. L’ensemble vitré de la chapelle Notre-Dame-la-Ronde témoigne de cet art du vitrail de l’école de Metz au XIXe siècle, représenté principalement par Laurent-Charles Maréchal.

Le 26 novembre 1874, Paul Otto Karl Tornow, architecte protestant, né à Zielenzig, dans le Brandebourg, prit la direction du chantier de la cathédrale de Metz. Malgré l’opposition de la municipalité, un feu d’artifice fut tiré depuis le toit de la cathédrale le dimanche 6 mai à partir de 21 heures en l’honneur de l’empereur Guillaume Ier en visite à Metz. Le 7 mai 1877, à 4 heures du matin, le guetteur, qui logeait au-dessus de la Mutte, s’aperçut que le toit avait pris feu, et il sonna l’alarme. Il réussit à sauver la tour, mais la toiture fut entièrement détruite, bien que les voûtes, faites de moellons de 30 cm d’épaisseur, avaient tenu, ce qui permit d’épargner l’intérieur de la cathédrale. L’ancienne charpente de bois de 1468 et la couverture en ardoise furent donc remplacées entre 1880 et 1882 par des fermes métalliques à « la Polonceau », avec une couverture de plaques de cuivre. La nouvelle toiture, surélevée de 4,5 m, modifiait sensiblement la volumétrie extérieure de la cathédrale, réduisant l’effet d’élancement des tours. La surélévation s’accompagna de la création, entre 1883 et 1886, de pignons néogothiques ornés sur les façades Nord, Sud, et Ouest.

Peu avant, de 1878 à 1881, la rotonde du chœur, œuvre de Claude Gardeur-Lebrun de1791, fut supprimée, et l’accès à la crypte rétabli. De 1874 à 1887, la restauration des piles et des arcs-boutants de la nef et du chevet compléta la restauration des voûtes. Le portail latéral Sud, auparavant masqué par les arcades, fut inauguré en 1885. Après dégagement, il fallut le descendre de deux mètres, au niveau de la place d’Armes, les sculptures restantes étant alors démontées et restaurées par le sculpteur Auguste Dujardin. En 1888, les restaurations portèrent sur Notre-Dame-du-Carmel, ancien chœur de la collégiale Notre-Dame-la-Ronde. Elles ont consisté à refaire la charpente, et à rouvrir les fenêtres occultées par le portique néoclassique construit à partir de 1766. La chapelle des Évêques le fut à son tour en 1895, alors que les travaux de démolition du portail de Blondel étaient décidés. L’architecte Tornow fit en décembre 1896 une proposition pour réutiliser cet ensemble de Blondel comme portail du marché couvert qui avait été installé en 1831 dans les bâtiments de l’évêché, non terminés en 1789.

De 1871 à 1918, l’Alsace-Moselle faisait partie intégrante de l’Empire allemand avec le statut de territoire d’Empire. La mode était alors au médiévisme, à l’instar de ce qui fut fait à la même époque au château du Haut-Kœnigsbourg « restauré » si ce n’est reconstruit pour l’empereur allemand, et cela permettait d’effacer la spécificité « française » de la cathédrale avec la création de Blondel, pour une refonte néogothique germanisante. Les derniers ajouts de Blondel furent donc détruits en 1898, pour faire place à un portail de style néogothique inauguré en 1903 par l’empereur Guillaume II, sous la direction de l’architecte Paul Tornow. Les sculptures, sur le tympan du portique, représentent le Jugement dernier, avec des éléments de l’école champenoise, notamment par l’usage de voussures appareillées. Les deux grandes statues sur la façade de l’ancien portail, sculptées en 1767 par Le Roy, se trouvent aujourd’hui à Saint-Avold : l’une au-dessus de la face avant de la basilique et l’autre au-dessus du portail d’entrée de l’église abbatiale Saint-Nabor.

De 1908 à 1919 l’intérieur de la cathédrale fut restauré et meublé par Wilhelm Schmitz. La flèche de la tour de la Mutte, qui était devenue la propriété de l’État en 1907, fut refaite entre 1909 et 1911.

Le chœur fut avancé de 3m vers le transept en 1923.

Cette présentation historique donne l’impression d’un chantier compliqué et permanent du XIIIe siècle à nos jours, sur des édifices d’orientation et de styles différents devenus un. Or la cathédrale présente une grande unité de style, grâce au parti des architectes qui continuèrent d’appliquer jusqu’au XVIe siècle un style gothique rayonnant devenu pourtant archaïque, et aux transformations du XIXe siècle, qui bien que contestables sur le plan de l’authenticité archéologique, ont donné cette homogénéité formelle.

[i] Une invention de reliques, en latin inventio reliquarum, est un récit portant sur la découverte ou la redécouverte souvent « miraculeuse » d’ossements d’un saint, martyr ou non (singulièrement, en Palestine, un prophète), ou d’un objet qui a touché ce saint, notamment le brandeum, linceul entourant le saint ou linge mis volontairement au contact de la relique. Le mot « invention », du latin inventio, est ici à prendre dans le sens de « découverte », comme pour les mises au jour de vestiges divers, le verbe latin invenire signifiant trouver en français.

[ii] Ce projet était à la fois une œuvre de la maturité et une expérience inédite pour Jacques-François Blondel, que le XXe siècle retint comme théoricien et rénovateur de l’enseignement architectural. Entrepris en 1762 sous la direction de Louis Gardeur-Lebrun, l’aménagement de la place d’Armes, de la place de Chambre et de la place du Marché dégagea le tissu urbain médiéval sur trois côtés autour de la cathédrale.

A ECOUTER : https://radiomaria.fr/nos-cathedrales/

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