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Série – Les cathédrales : la symbolique de la cathédrale Saint Etienne de METZ [3]

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Des maîtres verriers médiévaux à Marc Chagall, ses vitraux déploient un message spirituel centré sur la résurrection, l’espérance et la vie éternelle

Après la découverte dans un article précédent de l’histoire singulière de cette cathédrale frontalière réunissant deux églises, et de sa description extérieure, entrons et interprétons…

Une impression d’élévation particulièrement puissante se dégage, du fait que la hauteur de la nef de presque 42m fait le triple de celle des bas-côtés, au lieu du double, comme généralement ailleurs. La hauteur fait donc en moyenne 140 pieds romains…ce n’est certainement pas un hasard, puisqu’il s’agit des dimensions de la Jérusalem céleste décrite dans l’Apocalypse de St Jean, c’est-à-dire du Paradis, de la Maison de Dieu. Il est étonnant que ce rapprochement soit généralement ignoré de beaucoup de guides et d’historiens de l’art. Cette cathédrale doit donc être vue d’abord comme un lieu cultuel symbolique, et non comme une cathédrale intéressante pour l’Histoire de l’art, de l’architecture ou du vitrail…

L’entrée du pèlerin se fait par l’une des trois portes décrites, l’amenant dans la première ou la deuxième travée. Or, l’espace le plus au Sud-Ouest de la cathédrale est occupé par une cuve romaine monolithe en porphyre, pierre rouge avec petits cristaux blancs sans doute venu d’Egypte. Il s’agit des fonts baptismaux. Certains croient y voir une authentique baignoire romaine, d’autres supposent qu’il s’agit d’un tombeau de Carolingien, car elle a été retrouvée dans les ruines du Sud de Metz après le siège de 1552. Quoiqu’il en soit, le symbole est très fort. Cet objet, vraisemblablement païen, de la couleur du sang (le rouge du sacrifice) et de la pureté (le blanc) est transformé en cuve baptismale dès l’entrée, côté du mur païen (le Nord), pour mourir au péché et renaître par l’Esprit, grâce au sacrement chrétien de l’initiation…

La nef de 8 travées (le chemin de la vie éternelle) encadrée de 2X8 colonnes (idem) et de bas-côtés, ornés à l’Est des chapelles du chevet de Notre-Dame-la-Rotonde et du Saint-Sacrement, ponctuée par la chaire entre la 6e travée (chiffre de l’homme) et la 7e (chiffre divin), d’où est commentée la Parole de Dieu, conduisent au transept, symbole de l’Incarnation de Dieu sur Terre (2X2 travées, soit 4, la Terre,  avec la croisée au centre), signe de la promesse de résurrection (voir ci-dessous les commentaires sur les vitraux). Le transept, le lieu de Rencontre avec Dieu (les orgues : le souffle de la vraie vie, le nouveau sanctuaire, lieu où Dieu se donne en nourriture à l’autel, où Il transmet directement sa Parole (il ne s’agit plus du commentaire de la Parole, dans la chaire, mais de la lecture directe, depuis l’ambon) ; l’homme lui parle directement, par la prière dans les stalles[i]). Alors, l’homme peut atteindre l’Unique (1 travée pour le sanctuaire du chœur, 6 colonnes (l’homme) entourant le rond-point à 5 arches (la perfection de ce qui est créé). Il et alors bienheureux, saint, à l’image de Ste Marie, de St Joseph et de St Livier[ii], qui se sont donnés entièrement au Christ et au projet divin.

Les vitraux sont absolument remarquables, avec leurs presque 6500m² de surface, et servent ces messages. Dans le transept Sud, à gauche du grand orgue, de petits vitraux bleus remontant au XIIIe siècle, les plus anciens de la cathédrale, figurent six scènes de la vie de saint Paul. Ils proviennent vraisemblablement de l’église Saint-Paul qui faisait partie du groupe cathédral et fut démolie au XVIIIe siècle.

Plusieurs roses du XIIIe siècle ornent les dernières travées des bas-côtés Sud et Nord de la nef. La rose de la troisième travée Nord de la nef provient du vitrail central du chœur de Notre-Dame-la-Ronde. Son médaillon central figure le Couronnement ; des anges aux mains jointes, portant couronnes ou encensoirs, y occupent les six médaillons du pourtour.

Au-dessus du grand portail de la façade Ouest se déploie la grande verrière occidentale (350 m2). Elle comporte une grande rosace de 11 m de diamètre et fut créée en 1384 par Hermann de Münster, né en 1330 à Münster, en Westphalie, et mort à Metz en 1392. Le programme iconographique illustre la concordance entre les articles du Symbole des Apôtres et leur préfiguration dans l’Ancien Testament. Preuve de sa notoriété et de la reconnaissance des chanoines, Hermann de Münster se vit accorder le droit de sépulture dans la cathédrale et fut inhumé au pied de son chef-d’œuvre, avec une épitaphe, dans la première travée du bas-côté Nord.

Sur la face Nord du croisillon Nord du transept, la verrière de Théobald de Lixheim, offerte par l’évêque Henri de Lorraine, est datée de 1504. Les vitraux ont été restaurés en 1907-1910 par Geiges, de Fribourg. Seuls les vitraux du tympan et des deux registres supérieurs sont de Théobald de Lixheim. Le registre inférieur dans et sur le tympan, les vitraux sont d’un peintre-verrier de l’entourage de Thomas de Clinchamp, mais d’une facture proche de celle des registres supérieurs.

Les vitraux représentent le chemin de la résurrection, autour du chiffre 8, des apôtres, des Évangélistes et de Marie:

  • dans la galerie inférieure, dans les lancettes : huit apôtres avec les articles du Credo sous leurs pieds et les scènes de leur martyre,
  • dans la galerie intermédiaire, huit saintes : sainte Agnès, sainte Marguerite, sainte Barbe, sante Élisabeth, sainte Apolline, sainte Odile, sainte Catherine, sainte Madeleine, avec les armoiries d’Henri de Lorraine-Vaudémont, évêque de Metz de 1484 à 1505,
  • dans la galerie supérieure, huit saints : saint Antoine, saint Roch, un saint moine, saint Nicolas, saint Hubert, saint Michel, un saint moine avec un dragon,
  • dans les quatre quadrilobes au-dessus : les Évangélistes,
  • au-dessus : Couronnement de la Vierge.

Au bas des lancettes de la galerie intermédiaire court une frise à fond bleu portant l’inscription :

« HOC OPUS PER THEOBALDUM DE LYXHEIM VITRIARIUM PERFECTUM EST ANNO DOMINI MCCCCCIV. », c’est-à-dire : « Cette œuvre fut achevée par Théobald de Lixheim, verrier, en l’an du Seigneur 1504. »

En face, la grande verrière exécutée en 15211527du bras Sud du transept, est le chef-d’œuvre de Valentin Bousch, né à Strasbourg à la fin du XVe s. et mort à Metz en 1541. Les vitraux des parties hautes du chœur, plus anciennes, sont également de Valentin Bousch. Une partie des verrières des absides lui sont également attribuées bien que non signées. Son activité de maître-verrier à la cathédrale est attestée à partir de 1514. Le style de Valentin Bousch emprunte beaucoup de ses traits à l’art germanique, en particulier à Hans Baldung Grien qu’il connaissait probablement. Là encore, il s’agit d’une déclinaison autour des chiffres 8, la Résurrection, qui devient 16, la plénitude de la résurrection dans la rosace, et 3, la Trinité, au sommet de la verrière

Les messages de ces vitraux du transept servent l’affirmation du Credo : « je crois en la résurrection de la chair, et en la vie du monde à venir ».

La cathédrale de Metz a largement bénéficié du renouveau du vitrail français après la Seconde Guerre mondiale. Quelques architectes en chef des monuments historiques, auxquels incombait la charge de remplacer par des verrières neuves les œuvres détruites pendant la guerre, comprirent les possibilités offertes par la peinture-vitrail.

Robert Renard, aidé par l’inspecteur des monuments historiques Jacques Dupont, put imposer à la cathédrale de Metz Jacques Villon pour la chapelle du Saint-Sacrement, située sur le côté Sud de la nef en 1956-1957. Par sa puissance expressive, Villon parvint à rehausser une chapelle ordinaire grâce à cinq verrières à thème eucharistique, exécutées par Charles Marcq. Tout particulièrement parmi les cinq baies vitrées, Jacques Villon (de son vrai nom Gaston Duchamp, frère aîné du célèbre Marcel Duchamp, artiste influent d’avant-garde) révéla son exceptionnel talent avec le thème de la crucifixion du Christ dans le vitrail central (le 3e à partir de la gauche). D’abord il mit en évidence la perspective de la lance que porta le soldat et qui traversa le côté du Christ. Cette perspective fut construite à la manière de Piero della Francesca sur une ligne qui relie le point de vue au point de fuite et permet ainsi de relier chaque spectateur au Christ lui-même. Ensuite ce même artiste révéla le sens décliné de la Croix, grâce aux différentes utilisations du bois.

En 1960, Roger Bissière créa les maquettes de deux verrières pour les tympans Nord et Sud. Les deux verrières opposées de Bissière complétèrent à merveille les espaces intermédiaires laissés par les autres chefs-d’œuvre de cette partie en donnant une orientation biblique jusqu’à présent insoupçonnée. Ces deux baies vitrées sont en quelque sorte la clef de voute de l’architecture de lumière de cette cathédrale. En effet les verrières de Roger Bissière, rappellent les débuts de la création et notamment ce 4e jour où apparaissent les deux luminaires au firmament des cieux pour séparer le jour et la nuit. Dans ces conditions ces deux vitraux irradient la lumière à l’image de la lune et du soleil grâce à ces deux ouvertures opposées de la cathédrale, l’une issue du tympan Nord pour signifier le monde de la nuit et l’autre du tympan Sud, pour celui du jour. Par conséquent toute la lecture des vitraux de cette cathédrale peut s’interpréter à partir de cette séparation initiale.

En 1959, Marc Chagall accepta de peindre les cartons de deux baies du déambulatoire Nord avec pour sujets des épisodes de l’Ancien Testament L’univers biblique et onirique de Chagall fut admirablement servi par le savoir-faire de l’atelier Simon-Marq à Reims. L’œuvre, d’une grande liberté, mit à contribution toutes les ressources de la gravure et de la peinture sur verre. Les couleurs, le bleu surnaturel, le vert cosmique, le rouge mystique et le jaune paradisiaque servirent admirablement les baies vitrées. La couleur enveloppe tout, le dessin et le sujet. L’œuvre chagallienne est à la recherche d’une langue « judéo-universelle  » accessible à un regard non initié ; elle recèle toujours un langage crypté. Un vitrail de Marc Chagall de 1963 représentant Ève a malheureusement été brisé par un ou plusieurs cambrioleurs dans la nuit du 10 août 2008. La cathédrale contient donc, de Chagall, La création (transept Nord), une série évoquant de 1961 à 1965 la tragédie de l’exode à la Shoah (déambulatoire Nord), et le grand bouquet (triforium Ouest) et le petit bouquet (triforium Est) réalisés plus tardivement.

La cathédrale de Metz renferme peu de monuments funéraires. Dans les chapelles rayonnantes autour du déambulatoire, se trouvent notamment les priants d’Anne de Pérusse des Cars, cardinal de Givry et de Paul Dupont des Loges, tous deux évêques de Metz. Le tombeau du cardinal de Givry (décédé en 1612) représente celui-ci en prière sur son prie-Dieu. Le monument actuel est la restauration datant de 1854 et 1911 du tombeau original, détruit au cours de la Révolution. Le tombeau de Paul Dupont des Loges (qui fut également député au Reichstag, et décédé en 1886), est l’œuvre du sculpteur Hanneaux.

Le Trésor épiscopal recèle des pièces remarquables :

  • l’anneau épiscopal de saint Arnoul, probablement du VIIe siècle, constitué d’une cornaline sertie d’or, une belle chape en soie pourpre, peut-être tissée au XIIe siècle, qui aurait appartenu à Charlemagne,
  • un reliquaire en émail limousin, également du XIIe siècle, et contenant selon la tradition, les reliques de l’évêque Chrodegand (épiscopat de 742 à 766) ;
  • le Gueulard, tête en bois sculpté du XVe siècle, provenant du premier orgue (il avait une mâchoire articulée qui s’ouvrait en même temps que les notes les plus graves de l’instrument ; ainsi, en « gueulant », il réveillait l’assistance assoupie, dit la tradition).
  • La statuette équestre dite de Charlemagne, conservée au musée du Louvre, provient du trésor de la cathédrale. Cette statue en bronze doré, datant en grande partie du IXe siècle, représente probablement le petit-fils de Charlemagne, Charles le Chauve.
  • Plusieurs manuscrits exceptionnels sont également issus du trésor : le sacramentaire de Drogon, la Bible de Charles le Chauve, le Psautier de Charles le Chauve ainsi que divers évangéliaires précieux, dont les Évangiles de Metz et les Évangiles de Drogon.

Le mobilier liturgique du chœur résulte d’un nouvel aménagement en 2006-2007, financé par la Fabrique et le Chapitre de la cathédrale. Il se compose d’un autel, d’une crédence, d’une croix, d’un ambon, d’un pupitre de chantre, de fauteuils pour les célébrants et de chandeliers. L’ensemble, en fer, fer doré et marbre, est dû à Mattia Bonetti, artiste-designer, et Christophe Bottineau. Une tapisserie d’Aubusson, commande publique de la délégation aux Arts plastiques du Ministère de la Culture et de la Communication, placée derrière la cathèdre, complète l’ensemble.

Il y a trois orgues dans la cathédrale :

  • L’orgue Renaissance, restitué en 1981, est suspendu à mi-hauteur dans la nef de la cathédrale.
  • Un grand orgue lui faisait autrefois pendant, accroché au triforium de la façade opposée ; une association soutient un projet pour son remontage et sa restauration. Actuellement l’orgue principal est installé au fond du transept Sud, situation défavorable d’un point de vue acoustique.
  • Le troisième orgue est quant à lui dissimulé au fond du chœur, il est visible par derrière depuis le déambulatoire.

La crypte présente divers objets cultuels, des statues ou éléments issus de fouilles, des maquettes de Saint-Étienne mais aussi d’autres cathédrales, des plans de l’ancienne cité, plans ou coupes de l’édifice et des panneaux explicatifs, la clé du grand portail de 1784, et, accroché au plafond, le « graoully », sorte de dragon local. Sont également mis en valeurs :

– un autel carolingien, en marbre, datant du IXe siècle, découvert dans la tour Charlemagne suite à l’incendie de 1877.

– un fragment du portail de la Vierge : du XIIIe siècle, il s’agit du portail d’origine, muré lors des travaux de Blondel (arcades) et dégagé à la fin du XIXe siècle lors de la démolition de ces arcades.

– une mise au tombeau, du XVIe siècle, originaire de Xivry-Circourt et amenée ici en 1841. L’œuvre a été restaurée au début du XXe siècle.

Déduisons de ces trois articles la symbolique de la cathédrale.

Malgré une construction très compliquée, qui aurait pu aboutir à un ensemble incohérent et hétéroclite, il se dégage une grande harmonie de ce bâtiment, fondé sur la symbolique de la verticalité et de la lumière, une orientation signifiante vers le solstice d’été, et un message plein d’espérance sur le Salut de l’humanité, décliné au fur et à mesure du paragraphe précédent , en particulier pour les portails, la nef, le transept, les verrières et le chœur.

Pour synthétiser toutes les conclusions partielles présentées durant ces articles et tenir compte de ces messages spécifiques, nous pourrions dire que la cathédrale de Metz révèle par ses pierres, son orientation, ses vitraux, ses sculptures et son organisation générale, que Dieu promet la rédemption et la vie éternelle dans l’Amour à tout homme de bonne volonté, dès ici-bas.

Stéphane BROSSEAU

[i] Ces stalles succèdent aux premières, datant du XVIIIe siècle et provenant de l’abbaye cistercienne d’Himmerod. Celles-ci ont été sculptées vers 1913 par l’ébéniste colmarien Théophile Klem et installées une dizaine d’années plus tard.

[ii] Saint Livier, issu d’une famille messine, aurait été, pendant l’invasion des Huns, emmené jusqu’à Marsal où il serait mort, décapité pour le Christ, n’ayant pas voulu renier sa foi. Son corps, enseveli au mont Saint-Jean, près de Moyenvic, fut ramené par l’évêque Thierry 1er (964-984) à Metz, dans l’église Saint-Polyeucte, qui prit son nom. Lorsque cette église fut désaffectée, ses reliques furent déposées dans la basilique Saint-Vincent et à la cathédrale.

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