La Coupe du monde 2026 s’ouvre ce 11 juin aux États-Unis, au Canada et au Mexique. Alors que les regards se tournent vers les grandes nations du football, une autre histoire mérite d’être racontée : celle des chrétiens d’Irak présents au sein de leur sélection nationale. Parmi les vingt-six joueurs retenus pour défendre les couleurs irakiennes figurent en effet quatre chrétiens : Aimar Sher, Kevin Yakob, Rebin Sulaka et Frans Putros. Une présence qui peut sembler ordinaire dans de nombreux pays, mais qui revêt une signification particulière en Irak, où les chrétiens sont devenus une très petite minorité après des décennies de guerres, d’attentats et d’exil.
Longtemps florissante, la communauté chrétienne irakienne a payé un lourd tribut aux violences qui ont secoué le pays. L’invasion américaine de 2003, puis la montée du terrorisme islamiste et les persécutions de Daech ont provoqué le départ de centaines de milliers de fidèles. Beaucoup vivent aujourd’hui en Europe, en Amérique du Nord ou en Australie. Les quatre joueurs chrétiens sélectionnés illustrent cette histoire. Plusieurs sont nés ou ont grandi en Suède ou au Danemark, où se sont installées de nombreuses familles assyriennes, syriaques ou chaldéennes ayant quitté l’Irak. Malgré cet éloignement, ils ont choisi de représenter la terre de leurs origines sur la scène internationale.
Pour de nombreux chrétiens irakiens, cette visibilité est porteuse d’espérance. Elle rappelle que leur communauté, bien qu’affaiblie démographiquement, demeure une composante vivante de la nation.
Marsen Banni, catholique chaldéen vivant aux États-Unis, estime que cette présence « envoie un message puissant » à tous ceux qui craignent la disparition progressive des chrétiens d’Irak. Selon lui, voir des joueurs chrétiens porter le maillot national rappelle que cette communauté continue de contribuer à la vie du pays et à ses succès. Le football possède en Irak une capacité particulière à rassembler. Lorsque l’équipe nationale joue, les clivages confessionnels et ethniques s’estompent souvent derrière un objectif commun. Chrétiens, sunnites, chiites et Kurdes vibrent alors ensemble pour les mêmes couleurs.
Cette contribution chrétienne au sport irakien ne date pas d’aujourd’hui. La plus grande légende du football national demeure Ammo Baba, chrétien lui aussi. Buteur historique puis sélectionneur emblématique, il est encore considéré comme l’une des figures les plus importantes du sport irakien. Un nouveau stade portant son nom est actuellement en construction à Bagdad. Au-delà du simple résultat des rencontres, la présence de quatre joueurs chrétiens au sein de la sélection irakienne offre une image rare et encourageante du Moyen-Orient. Elle rappelle que les chrétiens ne sont pas seulement les témoins d’un passé prestigieux dans cette région, mais qu’ils continuent d’en écrire l’histoire.
L’Irak disputera son premier match face à la Norvège le 16 juin à Boston. Pour beaucoup de chrétiens irakiens dispersés à travers le monde, cette participation au Mondial sera bien plus qu’une aventure sportive : le signe qu’ils ont encore leur place dans l’avenir de leur pays.


