À l’occasion du Grest, le traditionnel camp d’été paroissial qui accueille chaque année des milliers d’enfants dans les paroisses italiennes, le curé, don Giovanni Salatino, a décidé de mettre à disposition un espace au sein de son oratoire permettant à de jeunes animateurs musulmans de se réunir pour une prière musulmane. L’affaire est d’autant plus commentée qu’elle ne constitue pas une initiative isolée. Elle s’inscrit dans la ligne d’un document publié en octobre dernier par le service du dialogue et de l’œcuménisme du diocèse de Milan, intitulé L’oratoire comme lieu de rencontre interreligieuse. Le diocèse a d’ailleurs lui-même relayé cette expérience comme un exemple de dialogue entre croyants.
Le prêtre explique sa démarche par la présence de plusieurs jeunes musulmans parmi les animateurs du camp. Selon lui, il est normal de leur permettre de vivre leur foi. Il affirme également que chrétiens et musulmans prient « le même Dieu », même à travers des « traditions religieuses différentes ».
C’est précisément cette affirmation qui est au cœur de la controverse.
Car pour de nombreux fidèles, le problème ne réside pas dans le respect dû aux musulmans ni dans la nécessité d’entretenir des relations pacifiques avec eux. La question est celle de l’identité même de l’oratoire catholique. Depuis Saint Jean Bosco et Saint Philippe Néri, les oratoires ont été fondés pour transmettre la foi, former les jeunes à la vie chrétienne et les conduire à une rencontre personnelle avec Jésus-Christ. Dès lors, beaucoup s’interrogent : comment comprendre qu’au sein d’une activité organisée par une paroisse catholique, des jeunes puissent être encadrés spirituellement par des animateurs qui ne professent pas la foi chrétienne ?
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L’incompréhension est d’autant plus forte que le curé a indiqué que ces temps de prière pourraient se conclure par le « Bismillah », l’invocation musulmane prononcée au nom d’Allah. Il ne s’agit plus seulement d’accueillir des personnes de confession différente, mais d’introduire dans un cadre paroissial une pratique religieuse étrangère à la foi catholique. Au-delà de la question pastorale, c’est un débat théologique qui ressurgit. Le christianisme proclame que Dieu s’est révélé pleinement en Jésus-Christ, Fils de Dieu fait homme, mort et ressuscité pour le salut du monde. L’islam, de son côté, rejette la divinité du Christ, la Trinité et la Rédemption. Réduire ces divergences à de simples différences de traditions apparaît donc, pour de nombreux observateurs, comme une simplification qui entretient la confusion.
Cette affaire révèle une inquiétude plus profonde qui traverse aujourd’hui une partie du monde catholique. De nombreux fidèles ont le sentiment que l’on parle davantage de dialogue que d’évangélisation. Or la mission première d’une paroisse n’est pas seulement de favoriser la coexistence entre les religions, mais d’annoncer Jésus-Christ. C’est pourquoi la décision prise à Milan suscite autant d’émotion. Au-delà d’une salle mise à disposition pour quelques minutes de prière, c’est la question de l’identité des institutions catholiques qui se trouve posée. Pour beaucoup de fidèles, accueillir chacun avec charité ne devrait jamais conduire à estomper ce qui constitue le cœur même de la foi chrétienne : l’annonce du Christ comme unique Sauveur du monde.


