Pendant que les regards restent tournés vers les crises géopolitiques du Moyen-Orient, un autre drame se joue dans une relative indifférence. En Iran, des centaines de chrétiens continuent d’être arrêtés, jugés et condamnés, non pour des actes criminels, mais parce qu’ils ont choisi de suivre le Christ. Le dernier rapport international consacré aux violations de la liberté religieuse confirme que la situation ne cesse de se dégrader. Intitulé « Scapegoats » (« Boucs émissaires »), ce rapport a été publié par Article18 en partenariat avec Open Doors, Christian Solidarity Worldwide et Middle East Concern. Il paraît à l’anniversaire de l’assassinat du pasteur Arastoo Sayyah, premier chrétien tué pour sa foi sous la République islamique, un symbole qui rappelle que cette persécution s’inscrit dans la durée.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. En 2025, 254 chrétiens ont été arrêtés en raison de leur foi ou de leurs activités religieuses, contre 139 l’année précédente, soit une hausse de plus de 80 %. Cinquante-sept ont été condamnés à des peines de prison, d’exil ou de travaux forcés, plus du double de 2024. À la fin de l’année, 43 chrétiens étaient toujours incarcérés, tandis qu’au moins 16 autres demeuraient en détention provisoire.
Si le nombre de condamnations prononcées a légèrement diminué, leur sévérité s’est nettement accrue. Les peines cumulées dépassent désormais 280 années de prison, contre 263 en 2024. Le rapport souligne également que 11 chrétiens ont été condamnés à dix ans de prison ou davantage, tandis que la justice iranienne a infligé 249 années de privation de droits civiques et sociaux, interdisant notamment l’accès à l’emploi, à l’éducation ou encore aux soins.
Les auteurs soulignent une évolution particulièrement préoccupante : depuis la guerre de douze jours entre l’Iran et Israël, les convertis au christianisme sont de plus en plus assimilés à des espions ou à des agents de l’Occident.
Le ministère iranien du Renseignement s’est lui-même félicité d’avoir « neutralisé » 53 personnes qualifiées « d’éléments entraînés », désignant en réalité des chrétiens évangéliques. Parallèlement, la propagande officielle multiplie les campagnes de dénigrement. Des médias d’État ont diffusé des images de chrétiens arrêtés, de Nouveaux Testaments saisis et de prétendues opérations de « contrebande » de Bibles afin d’alimenter le discours selon lequel la foi chrétienne constituerait une menace pour la sécurité nationale.
Le rapport dénonce également l’implication croissante des Gardiens de la révolution dans les arrestations, les mauvais traitements infligés aux détenus, la surveillance des chrétiens jusque lors de leurs déplacements à l’étranger et l’utilisation quasi systématique de l’article 500 du Code pénal, qui réprime toute « propagande contraire à la sainte religion de l’islam ». Face à cette situation, les organisations demandent la libération immédiate des chrétiens emprisonnés pour leur foi, la réouverture des églises fermées par les autorités, celle de la Société biblique d’Iran, fermée depuis plus de trente-cinq ans, ainsi qu’une mobilisation plus ferme de la communauté internationale.
Depuis quarante-sept ans, conclut le rapport, la République islamique réprime toute voix dissidente. Aujourd’hui plus que jamais, les chrétiens apparaissent comme les boucs émissaires d’un régime qui préfère désigner des ennemis intérieurs plutôt que de répondre aux aspirations de son propre peuple.
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