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« Les responsables politiques passent, tandis que les religions traversent les siècles » : le rabbin Noam Marans appelle à préserver le dialogue avec l’Église

Le rabbin Noam Marans lors de sa rencontre avec le pape Léon XIV, au Vatican, en 2025
Le rabbin Noam Marans lors de sa rencontre avec le pape Léon XIV, au Vatican, en 2025
Le rabbin Noam Marans, directeur des Affaires interreligieuses de l'American Jewish Committee (AJC), estime que le dialogue engagé depuis plusieurs décennies demeure plus nécessaire que jamais.

La guerre déclenchée après les attaques du 7 octobre 2023 contre Israël a profondément bouleversé les relations internationales et mis à l’épreuve le dialogue entre le monde juif et les Églises chrétiennes. Certains observateurs sont même allés jusqu’à affirmer que ce dialogue était revenu « au point zéro ». Le rabbin Noam Marans*, directeur des Affaires interreligieuses de l’American Jewish Committee (AJC), rejette cette analyse. Interviewé par l’agence catholique italienne SIR à l’occasion d’une série de rencontres au Vatican et à la Conférence épiscopale italienne, il assure que les échanges entre catholiques et juifs se sont au contraire poursuivis malgré les tensions.

« Nous nous sommes même davantage parlé précisément dans les moments de difficulté, et non moins », affirme-t-il. Pour lui, les liens tissés depuis plusieurs décennies permettent d’aborder avec franchise les questions les plus sensibles sans remettre en cause le chemin parcouru. « Nous ne sommes pas des personnes qui viennent tout juste de se rencontrer », ajoute-t-il, rappelant que les principaux acteurs de ce dialogue entretiennent des relations anciennes et savent affronter ensemble les crises. Le responsable de l’AJC rappelle que ce rapprochement trouve son fondement dans la déclaration Nostra Aetate, promulguée par le concile Vatican II en 1965. Ce texte a profondément renouvelé les relations entre l’Église catholique et le judaïsme en rejetant notamment toute accusation collective de déicide contre le peuple juif.

Interrogé sur la guerre au Proche-Orient, Noam Marans souligne que « personne n’a jamais remis en question le droit d’Israël à l’autodéfense. L’Église catholique l’a reconnu ». Selon lui, les divergences sont apparues au fil de la prolongation du conflit, face à la situation humanitaire et au drame des otages, chacun portant une appréciation différente sur les moyens employés. Pour autant, ces désaccords ne sauraient remettre en cause plusieurs décennies de dialogue. Le rabbin insiste surtout sur la responsabilité particulière des responsables religieux dans un contexte international marqué par les conflits. « Les responsables politiques passent, tandis que les religions traversent les siècles », déclare-t-il. Et de poursuivre : « Elles portent des valeurs qui nous enseignent à reconnaître la dignité et l’image divine présentes en chaque être humain, à éprouver de l’empathie pour toutes les créatures de Dieu, à ne recourir à la guerre qu’en dernier ressort et à poursuivre la paix comme un véritable impératif religieux. »

À ses yeux, la religion ne doit jamais être utilisée pour alimenter les affrontements. « La religion a trop souvent été instrumentalisée pour alimenter ce conflit », regrette-t-il, appelant les responsables religieux à construire des relations solides et à dénoncer clairement toute instrumentalisation de la foi.

Le directeur des Affaires interreligieuses de l’AJC évoque également la recrudescence des actes antisémites observée dans plusieurs pays occidentaux depuis le 7 octobre 2023. Il lance un appel aux responsables chrétiens : « Aucun responsable ne peut se permettre de rester silencieux. Chaque épisode d’antisémitisme doit être dénoncé avec clarté. » Il estime que cet engagement s’inscrit pleinement dans l’esprit de Nostra Aetate, qui demeure aujourd’hui encore la pierre angulaire des relations entre catholiques et juifs. Enfin, Noam Marans se montre confiant quant à la poursuite de cette dynamique sous le pontificat du pape Léon XIV. Il rappelle que le nouveau Souverain Pontife « a donné la priorité aux relations interreligieuses et, en particulier, aux relations entre catholiques et juifs » dès les premiers jours de son pontificat, réaffirmant son attachement à Nostra Aetate et à la poursuite du dialogue.

Pour le responsable de l’American Jewish Committee, les crises actuelles ne doivent donc pas faire oublier plus de soixante années de rapprochement entre l’Église catholique et le judaïsme. Au contraire, elles rappellent combien un dialogue exigeant, fondé sur la confiance, demeure indispensable pour affronter les défis du temps présent.

*Le rabbin Noam Marans est directeur des Affaires interreligieuses de l’American Jewish Committee (AJC) et l’une des principales figures du dialogue entre le judaïsme et l’Église catholique. Ancien président de l’IJCIC, interlocuteur officiel du judaïsme mondial auprès du Vatican, il a participé à plusieurs audiences avec le pape François. Le pape Léon XIV lui a personnellement écrit dès le jour de son élection pour réaffirmer son engagement en faveur de Nostra Aetate et du dialogue entre catholiques et juifs.

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