Depuis 2000 ans

Une femme pour coprésider la messe ? La proposition d’un archevêque italien suscite surprise et incompréhension

Monseigneur Erio Castellucci ,l'archevêque-abbé de Modène-Nonantola et évêque de Carpi - DR
Monseigneur Erio Castellucci ,l'archevêque-abbé de Modène-Nonantola et évêque de Carpi - DR
Une proposition qui soulève de sérieuses interrogations doctrinales et pourrait appeler une clarification de Rome

Alors que le pape Léon XIV a rappelé à plusieurs reprises l’importance de la fidélité à la Tradition et de l’unité de l’Église, la déclaration d’un prélat italien provoque un vif étonnement bien au-delà de l’Italie. Dans un entretien accordé au média Notizie Carpi, Monseigneur Erio Castellucci, l’archevêque-abbé de Modène-Nonantola et évêque de Carpi, a imaginé une nouvelle manière de célébrer la messe. « Tant que les femmes ne pourront pas accéder au ministère ordonné, et donc pas non plus au diaconat, on pourrait imaginer une présidence partagée de l’Eucharistie : une femme présiderait la liturgie de la Parole et un prêtre présiderait la liturgie eucharistique. Ce serait une prophétie de la coprésidence », affirme-t-il. Le terme est inédit. À ce jour, ni les livres liturgiques, ni le Code de droit canonique, ni le Magistère de l’Église ne connaissent une quelconque « coprésidence » de la messe.

Certes, des fidèles laïcs, hommes ou femmes, peuvent être appelés à proclamer les lectures bibliques – à l’exception de l’Évangile –, assurer le chant ou exercer d’autres ministères institués. Mais la présidence de la célébration appartient exclusivement au prêtre ou à l’évêque, qui agit in persona Christi. La liturgie de la Parole et la liturgie eucharistique ne constituent pas deux célébrations distinctes pouvant être confiées à deux personnes différentes : elles forment un unique acte liturgique.

C’est précisément ce qui explique la surprise suscitée par cette proposition. En parlant de « coprésidence », Monseigneur Castellucci ne suggère pas simplement une participation accrue des femmes à la liturgie ; il emploie un vocabulaire qui touche directement à la compréhension même de la célébration eucharistique.

Cette déclaration intervient dans un contexte où certains responsables ecclésiaux continuent de plaider pour une évolution de la place des femmes dans l’Église. Pourtant, le Magistère a constamment rappelé les limites de cette réflexion. Dans sa lettre apostolique Ordinatio Sacerdotalis, saint Jean-Paul II enseignait que « l’Église n’a en aucune manière le pouvoir de conférer l’ordination sacerdotale à des femmes ». Plus récemment encore, les différentes commissions chargées d’étudier la question du diaconat féminin n’ont débouché sur aucune modification de la discipline de l’Église.

Dès lors, la proposition de l’archevêque italien interroge. Peut-on véritablement parler d’une « présidence partagée » de l’Eucharistie sans remettre en cause la nature même du sacerdoce ministériel et de la messe telle que l’Église l’a toujours comprise ? Pour l’heure, le Dicastère pour la Doctrine de la Foi et le Dicastère pour le Culte divin et la Discipline des Sacrements n’ont pas réagi publiquement à ces déclarations. Leur silence est observé avec attention, tant la question touche au cœur de la foi catholique.

Au-delà de la polémique, cette affaire illustre une nouvelle fois les tensions qui traversent aujourd’hui l’Église entre certaines propositions pastorales et l’enseignement constant du Magistère. Beaucoup attendent désormais qu’une clarification vienne rappeler si la « coprésidence » de la messe relève d’une simple opinion personnelle ou d’une hypothèse incompatible avec la doctrine et la liturgie catholiques. Cette version est plus incisive, tout en restant factuelle : elle souligne clairement que la notion de « coprésidence » est étrangère à la liturgie catholique et pose la question d’une éventuelle clarification des dicastères romains, sans attribuer d’intentions que Monseigneur Castellucci n’a pas exprimées.

Lire aussi

Recevez chaque jour notre newsletter !