Le 13 novembre 2025, les derniers moines trappistes quittaient l’abbaye Notre-Dame de Bellefontaine, mettant un terme à plus de deux siècles de présence ininterrompue dans ce monastère des Mauges. L’avenir du site restait alors incertain. Ce samedi 11 juillet, une nouvelle page s’ouvre avec l’installation officielle de douze moines de l’abbaye Sainte-Madeleine du Barroux, qui assurent la continuité d’une vie monastique vieille de près de mille ans.
Cette arrivée dépasse le simple remplacement d’une communauté par une autre. Elle marque le retour des bénédictins dans un monastère dont les origines remontent au début du XIIᵉ siècle. Bien avant l’installation des trappistes en 1816, Bellefontaine vivait déjà au rythme de la règle de saint Benoît. Si les familles monastiques se sont succédé au fil des siècles – bénédictins, cisterciens, feuillants puis trappistes –, c’est toujours cette même tradition spirituelle qui a façonné l’identité du lieu. Des ermites occupaient déjà ce vallon des Mauges autour de l’an 1010. Au Moyen Âge, Bellefontaine devient une abbaye importante. En 1305, Bertrand de Got, archevêque de Bordeaux, y apprend son élection au pontificat sous le nom de Clément V et offre au monastère une statue de la Vierge, toujours conservée dans l’église abbatiale.
Après les destructions de la Révolution française, la vie monastique renaît en 1816 grâce au père Urbain Guillet, qui y installe une communauté trappiste. Au fil du XIXᵉ siècle, celle-ci connaît un remarquable développement, fonde plusieurs monastères, notamment aux États-Unis dès 1880, et fait de Bellefontaine un lieu de retraite spirituelle apprécié de générations de fidèles.Le vieillissement progressif de la communauté conduit toutefois les trappistes à quitter définitivement les lieux en novembre 2025. Leur départ, vécu avec émotion dans toute la région, laisse un vide que beaucoup craignent de voir durablement s’installer.
La communauté appelée aujourd’hui à prendre le relais est celle de l’abbaye Sainte-Madeleine du Barroux. Fondée en 1978 par Dom Gérard Calvet, elle compte aujourd’hui environ soixante-cinq moines et figure parmi les communautés bénédictines françaises qui connaissent encore une réelle vitalité. Cette stabilité lui permet d’envoyer douze religieux en Anjou afin d’y établir une nouvelle fondation.
Pour Dom Louis-Marie, père abbé du Barroux, cette décision est avant tout le fruit d’un discernement spirituel. « Depuis le début, c’est de suivre les signes du ciel et les signes du Seigneur », confie-t-il. Il rappelle également la continuité entre les deux communautés : « Les trappistes sont des bénédictins. Nous, nous sommes aussi des bénédictins. »
Attachés à la liturgie traditionnelle célébrée selon les livres liturgiques de 1962, les moines du Barroux rappellent toutefois que leur vocation demeure avant tout la prière. « Nous sommes des hommes de prière et c’est notre office principal. Nous ne sommes pas des guerriers, nous ne sommes pas des hommes politiques, nous ne sommes pas des influenceurs. Nous vivons en clôture avec le rayonnement naturel d’une abbaye qui prie », explique encore Dom Louis-Marie.L’installation de cette nouvelle communauté dépasse le seul cadre de l’Anjou. Plus de trois siècles après le départ des bénédictins en 1642 et deux siècles après l’arrivée des trappistes, la tradition bénédictine retrouve sa place dans ce vallon où la prière monastique s’élève depuis près d’un millénaire. À l’heure où de nombreuses communautés religieuses peinent à assurer leur relève, Bellefontaine offre ainsi un signe d’espérance pour le monachisme français.
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